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Napoléon Sublet, l’empereur républicain

Tout le monde connait Léon-Sublet, sa place, son église, son marché. Mais Napoléon Sublet, de son vrai nom, a aussi été un grand maire.

Portrait collection Maurice Corbel

Il y a un peu de Vénissieux dans la statue de la Liberté. Le 21 mai 1879, alors qu’il a été élu maire depuis seulement trois semaines, Napoléon Sublet décide de verser 25 francs à l’Alliance Franco-Américaine, « pour l’érection du monument la Liberté dans la rade de New-York ». Le geste est fort, et dit tout du crédo du personnage : la IIIe République étant encore toute jeunette – elle n’a été instaurée que neuf ans auparavant, après la chute de l’empereur Napoléon III –, Napoléon Sublet se veut un champion du régime républicain gouvernant désormais notre pays. Pourtant, le pari n’était pas gagné car il ne remporta son élection que d’extrême justesse : le 4 mai 1879, le conseil municipal ne lui accorda en effet que 13 voix, contre 10 pour son adversaire, le maire sortant Jean-François Garapon. La majorité nécessaire étant à 12 voix, le sort de l’élection s’est joué à seulement deux bulletins…

Reprochait-on à Sublet son origine lyonnaise ? Il était en effet né dans le quartier des Terreaux, le 3 juin 1838, d’un père quincailler lui aussi né à Lyon mais ayant des racines vénissianes. Un père qui, dans les années 1850-1860, décida de revenir vivre dans le village de ses aïeux, en emmenant Napoléon avec lui. Lui reprochait-on son éducation, ou son niveau social ? Car contrairement à bon nombre de maires l’ayant précédé, Napoléon Sublet n’était pas un agriculteur, puisqu’il exerçait le métier d’ingénieur-mécanicien, et bénéficiait de surcroît d’une certaine aisance. La preuve ? Le 23 juillet 1881, il acheta tout un domaine situé à Frontonas, en Isère, avec ses terres, ses prés, ses bois, une ferme et même une « maison bourgeoise », pour lequel il dépensa 30.000 francs, une fortune à l’époque.

Avant même la promulgation des fameuses lois de Jules Ferry, il rendit le 10 mai 1881 les écoles communales gratuites

Mais les réserves des Vénissians ne durèrent pas longtemps, puisqu’aux élections municipales suivantes, en janvier 1881, Sublet rallia la quasi-totalité des suffrages, en obtenant les voix de 21 conseillers sur 23, soit très loin de son médiocre score du printemps 1879. Il faut dire que Napoléon s’était dépensé sans compter. D’emblée, en véritable hussard de la République, il avait misé sur les deux piliers de la France : la mairie et l’école. Côté mairie, il décida d’en bâtir une nouvelle, immense, magnifique, dont la première pierre fut posée le 1er juillet 1880. Elle servit d’hôtel de ville pendant près d’un siècle et se dresse toujours sur la place Sublet, où elle accueille le Musée de la Résistance et de la Déportation. Le chantier fut tout aussi imposant côté école. En 1879 et 1880, il supprima l’école congréganiste du village (un établissement religieux), créa au Bourg une école laïque de filles pour la remplacer, ainsi qu’une école de garçons à Saint-Fons, alors quartier de Vénissieux, « considérant qu’il est urgent de faciliter par tous les moyens possibles, le développement de l’instruction ».

Surtout, avant même la promulgation des fameuses lois de Jules Ferry, il rendit le 10 mai 1881 les écoles communales gratuites pour tous les enfants, afin de « donner les résultats les plus favorables au point de vue du progrès de l’enseignement primaire et de la fréquentation des classes ». Cette politique scolaire se poursuivit tout au long de ses nombreux mandats, et se traduisit par la construction de nouveaux établissements dans tous les quartiers de Vénissieux, au point que le budget communal alloué à l’instruction passa de 5 718 francs en 1880, à 10 850 francs dès 1882. Grâce à lui, tous les petits Vénissians purent ainsi aller à l’école.

L’action de Napoléon Sublet alla aussi bien au-delà des institutions. Vivant en pleine révolution industrielle, il se soucia de moderniser sa commune. En 1882, il ouvrit ainsi les portes de la ville à l’éclairage au gaz et à l’eau courante, « une amélioration de première nécessité », qui changea radicalement la vie quotidienne de nos concitoyens d’hier. Suivirent l’amélioration des chemins, l’agrandissement de la place du Bourg – notre place Sublet, qui se monumentalisa – un bureau de télégraphe, un « deuxième bureau de tabac » pour Saint-Fons… qui ravit les ouvriers fumeurs ! Le maire jeta encore toutes ses forces dans l’obtention d’une ligne de tramways pour desservir le Moulin-à-Vent, Saint-Fons et le Bourg au départ de Bellecour : réclamée en 1885, elle fut obtenue en 1888 et transporta très vite dans les 100 000 voyageurs par an.

Son grand échec : la perte de Saint-Fons

Il est cependant un sujet sur lequel « l’empereur de Vénissieux » se cassa les dents, la séparation de Saint-Fons. Voulu par les industriels du couloir de la chimie, ce divorce des communes créa un vif conflit entre les élus et habitants partisans de la sécession et ceux qui y étaient opposés, dont le maire le premier. La bataille alla jusque devant la Chambre des députés, Napoléon Sublet demandant qu’au moins Vénissieux ne soit pas amputée des « Mas de la Charrière et des Clochettes » et surtout du « Mas des Minguettes, qui est en quelque sorte sa fortune parce que les terrains sont complantés en vigne ». Il obtint gain de cause sur ce point, mais perdit Saint-Fons en 1888. Au moins se consola-t-il en se voyant décerner la médaille du Mérite Agricole, en récompense de ses efforts pour avoir créé le Comice du canton (une grande foire de l’agriculture), et pour ses travaux de greffage des vignes, qui semblent avoir été l’un de ses passe-temps. Sa vie privée, l’homme la partagea aussi entre ses beaux-parents âgés, son épouse Valentine Sublet, une domestique suisse et une septuagénaire sans le sou, qu’il avait recueillie dans sa maison de la rue de la Roche. C’est dans cet univers qu’il s’éteignit, alors qu’il était encore maire, le 19 mai 1895.

Sources : Archives de Lyon, 2 E 333. Archives du Rhône, 3 E 37389, 4 E 5388 et 12256, 6 M 69 et 335. Archives de Vénissieux, délibérations municipales, 1879-1895.

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