Accès aux droits sociaux : contre le non-recours, une première nationale au Moulin-à-Vent

Ce n’est pas le moindre des paradoxes : alors que la précarité augmente, de nombreuses personnes ne font pas valoir leurs droits sociaux. Au Moulin-à-Vent, une expérience est menée pour lutter contre ce phénomène dit de non-recours.
Michèle Poulenard et Robert Mlakar, de l’association Passerelle, ont la responsabilité de repérer les personnes en situation de précarité, les écouter, les accompagner et les orienter.

Tandis que les responsables de l’association Passerelle reçoivent la presse pour présenter le dispositif Territoire zéro non-recours (TZNR), une dame dans la soixantaine entre dans le hall d’accueil du centre social du Moulin-à-Vent. Les traits tirés, l’air soucieux, elle hésite, puis ose demander si quelqu’un pourrait l’assister dans des démarches informatiques. Un rendez-vous lui est proposé pour le lendemain. Quelques minutes plus tard, sur le parvis, on la retrouve en larmes, effondrée : « Si je pleure, confie-t-elle, c’est parce que je dois m’adresser à des étrangers, alors que j’ai deux filles à l’université qui pourraient m’aider. Mais elles me disent qu’elles n’ont pas le temps. »

Pour Robert Mlakar, directeur général de Passerelle, cette dame est une parfaite illustration du non-recours : « Elle cumule deux des principaux freins identifiés : un manque de maîtrise de l’outil numérique et un soutien insuffisant dû à l’éclatement familial ». Les autres freins sont la méconnaissance des droits sociaux, la complexité des démarches, la crainte d’être stigmatisé. Il y a également le refus pudique d’aller demander une aide, que l’on observe souvent chez les seniors. Ou encore la peur de tout ce qui est estampillé « social », en particulier chez les femmes seules avec enfant qui redoutent de voir leur statut de mère remis en cause.

Allers vers les personnes en précarité

Tous ces freins mis bout à bout forment un phénomène d’une ampleur insoupçonnée. Selon diverses études, on estime que 50 % des personnes pouvant prétendre au Revenu de solidarité active (RSA) n’en font pas la demande, que 30 % des personnes éligibles à la couverture santé complète sans frais (CMU-C) n’y recourent pas, que 31 % des familles avec un ou deux enfants à charge reçues au Secours catholique ne touchent pas d’allocations familiales…

Face à cette réalité, le Centsept, un laboratoire d’innovation sociale basé à Lyon, a décidé d’expérimenter un Territoire zéro non-recours (TZNR). L’ambition est de « proposer des solutions opérationnelles pour aller vers les personnes en précarité, leur faire connaître leurs droits et mieux les orienter ». Cette mission de contact avec les habitants est confiée à l’association Passerelle, par le biais d’un ambassadeur des droits. Tandis que le volet coordination avec les acteurs sociaux et institutions est assuré par le Pimms médiation Lyon-Métropole.
Les objectifs et le cadre posés, restait à définir un territoire. « Vénissieux s’est rapidement positionnée, la Ville a bien senti le besoin et l’utilité d’un tel dispositif« , indique Michèle Poulenard, co-directrice de l’association Passerelle, qui enfile le costume d’ambassadrice des droits à raison de deux permanences hebdomadaires, le mercredi et le jeudi.

Le Moulin-à-Vent : un candidat « idéal »

Le choix du Moulin-à-Vent est moins surprenant qu’il n’y paraît. Certes, ce n’est pas le quartier le plus défavorisé de Vénissieux. Mais le taux de pauvreté y est quand même de 18 %, et le taux de chômage de 20 %. C’est surtout le secteur de la commune où le recours aux aides facultatives du Centre communal d’action sociale (CCAS) est le plus faible : 9 % contre 44 % aux Minguettes. Cette particularité en faisait un candidat « idéal ».

Le TZNR est officiellement en place depuis le 13 octobre dernier pour une durée d’un an. L’association Passerelle a soigneusement préparé le terrain en distribuant des flyers dans les commerces, les écoles, chez les médecins, les infirmiers, les aides à domicile, les gardiens d’immeubles. Un maillage serré du quartier pour « repérer les invisibles » et les inciter à pousser la porte du centre social. « La personne arrive avec une demande précise, mais quand on tire le fil, toute la pelote vient en général, explique Michèle Poulenard. Cela permet de faire un bilan complet de sa situation. La personne repart donc en sachant à quelles aides elle peut prétendre, à qui s’adresser et quels documents préparer ». L’ambassadrice des droits peut proposer un accompagnement plus poussé. « Si besoin, je prends la main sur internet car je suis habilitée aidant-connect. On peut aussi ouvrir un coffre-fort numérique pour conserver des copies de documents administratifs, enregistrer des événements avec un système de rappel par SMS, conserver des contacts et des notes utiles. »

Cette expérience de Territoire zéro non-recours est observée avec grand intérêt par plusieurs localités françaises qui pourraient emboîter le pas à Vénissieux. Un laboratoire de recherche universitaire suit également l’expérimentation. « Nous ne sommes pas les seuls à mener un tel projet, précise Michèle Poulenard, mais nulle part ailleurs le dispositif n’est aussi avancé. À la fin de l’expérience, dans un an, nous avons l’ambition de créer et de diffuser un kit de déploiement. »


Accueil individuel sans rendez-vous tous les mercredis de 13h30 à 19 heures,
sur rendez-vous
les jeudis de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 19 heures.
Centre social du Moulin-à-Vent – 49, rue du Professeur Roux.

Michèle, ambassadrice des droits : 07 81 80 24 47
Bonjour@passerelle-aides-fr

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