Les musulmans vénissians s’apprêtent à vivre un ramadan inédit

Le mois du Ramadan qui devrait débuter ce jeudi 23 ou vendredi 24 va être inédit. Cette année, il se retrouve à l’épreuve du confinement, et la communauté va devoir s’adapter à cette situation nouvelle. Comment les musulmans vénissians se préparent-ils ?

Du côté des commerçants, le flou et les incertitudes sont palpables. Certains ne vont pas bousculer leurs habitudes. Ainsi le Point Chaud de l’avenue Jules-Guesde ne va pas adapter ses horaires actuels à ceux du mois de jeûne, respect des mesures et confinement oblige. Ouvert de 8 heures à 14 heures, il proposera baguettes, sandwichs et restauration rapide, uniquement de la vente à emporter bien évidemment. Il n’était de toute façon pas question de s’installer dans sa salle et sa véranda pour consommer et boire.

Les commerçants s’interrogent

Commerçants des MarronniersAux Marronniers, rue Gabriel-Péri, le gérant de Mell Shop, une supérette ouverte depuis un mois et demi, va faire du 7 jours sur 7, avec des horaires assez larges pour proposer de l’alimentation générale (fruits, légumes, épicerie fine), mais également un espace boucherie aux promos “spécial Ramadan”. Attenant à Mell Shop, La Marronnière (boulangerie, pâtisserie, pizzas et sandwichs) tenue depuis 2016 par Yacine, va comme chaque année tenter de s’adapter à ce mois du jeûne. Il proposera ses incontournables gourmandises orientales à emporter. “Va-t-on travailler davantage malgré ce confinement ? Oui, si les personnes habituées à aller se servir à La Guillotière font l’impasse sur ce déplacement et profitent des commerces de proximité. Dans ce cas, je pourrais peut-être compenser la perte du snacking du midi. Difficile d’anticiper, surtout que cette année plus de gens confectionneront eux-mêmes pains, galettes et pâtisseries.”

Du côté de la rue Gambetta, Rachid tient sa boucherie depuis 2004. Lui aussi s’interroge sur les effets du confinement sur ce mois sacré. “Situation nouvelle et exceptionnelle. Ce que je constate déjà depuis trois semaines, c’est que je n’ai plus ma clientèle de personnes âgées. Elles ne sortent plus et n’envoient pas les habituels ados pour faire leurs courses, eux aussi étant retenus par ce confinement. Par contre, bon nombre de clients viennent faire leurs achats pour une quinzaine de jours, ils me prennent pour 80 à 100 euros, en grillades, escalopes, viande hachée… En somme, un client en remplace quatre. Je n’ai donc pas de pertes. Le début du jeûne va-t-il confirmer cette tendance, le confinement va-t-il bousculer des habitudes ? On vit un moment inédit, ce ramadan le sera aussi.”

Et les plus démunis ?

Plusieurs associations vénissianes se mobilisaient généralement durant ce mois du ramadan afin de mettre en pratique le partage et la solidarité. La crise sanitaire va bousculer ce type d’opérations. Ainsi, Afsia et Nadia de l’association Nehla ne peuvent plus assurer les maraudes sur Lyon qu’elles organisaient depuis 2012. Nadia détaille. “Outre ces aides en direction des sans-abri et personnes en difficulté dans la rue, nos bénévoles apportaient des colis à des Vénissians que l’on sait dans le besoin, des familles discrètes qui ne demandent rien. Grâce à notre réseau, au bouche-à-oreille, on sait à qui apporter colis et produits de première nécessité, en toute discrétion. Hélas, pour respecter le confinement que l’on suit à la lettre, on a mis en veille notre association.”

Ramadan : richesse spirituelle et sociale à exploiter

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Les mosquées ont fermé leurs portes quelques jours avant l’annonce officielle du confinement par le chef de l’État. Le Conseil des mosquées du Rhône (CMR) et le Conseil théologique des imams du Rhône (CTIR) avaient lancé, dès le 10 mars, un appel à l’ensemble des mosquées de leur département “à assumer leur responsabilité de protéger les fidèles des risques de contamination par le coronavirus qui se propage de jour en jour dans toute la France”.
Les responsables musulmans des différentes mosquées de Vénissieux (Al Forkane, Eyup Sultan) ont demandé aux fidèles d’accomplir leurs prières journalières chez eux. “Seule attitude responsable et conforme aux principes et valeurs de notre religion dans ce contexte d’épidémie”, avait annoncé le Conseil français du culte musulman (CFCM). Pas de prière nocturne à la mosquée (tarawih), pas de rassemblements pour le grand repas du soir (iftar) et pas même de réunion entre amis jusque tard dans la nuit. Amar Chebel, bien impliqué dans la mosquée El Tawba, rue Pierre-Dupont aux Minguettes, confirme que cette situation doit être gérée avec sérénité. “La santé est primordiale, les prières peuvent être faites à la maison. Certaines mosquées pourraient utiliser le web pour aider les fidèles. Moi, je sais que je peux par exemple m’aider de Radio Salam qui va diffuser les prières durant ce mois et le hadith du jour (NDLR, recueil des actes et paroles de Mahomet).”

Le ramadan, « déjà un confinement en soi »

Comme le fait remarquer Hocine, musulman pratiquant, ancien responsable associatif à Vénissieux, “le ramadan est déjà un confinement en soi, un retour sur soi. Pour que le jeûne soit “accepté”, ou “validé” par Dieu, il est indispensable qu’il soit pratiqué avec sérieux et dévotion, et non de manière mécanique. C’est l’occasion de faire un effort de sincérité dans l’examen de sa conduite, de manifester son altruisme, et sa générosité envers ses proches. Respecter ce confinement est une attitude responsable et conforme aux principes et aux valeurs de notre religion. Comme l’ont fait les chrétiens pendant Pâques, la fête la plus importante du christianisme qui commémore la résurrection de Jésus. On est tous concernés par cette crise sanitaire.”

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