Valérie Decelle, directrice de La Solidage : « Il faut aussi penser à prévenir les dépressions »

Depuis le 12 mars, les 82 résidents de l’Ehpad La Solidage n’ont reçu aucune visite. Mais depuis quelques jours l’établissement a fait le choix de rouvrir progressivement ses portes : un kiné et un pédicure vont faire leur retour, avec toutes les précautions nécessaires à la situation.

Photo d’archives Raphaël Bert

Après plus de cinq semaines de confinement, quelle est la situation à La Solidage ?
A ce jour, tout va bien. Le Covid-19 n’a pas atteint nos patients ni notre équipe de professionnels. Mais nous sommes très conscients que tout peut basculer. Avec l’équipe, nous vivons un peu au jour le jour. Depuis deux semaines, tous les résidents vivent dans leur chambre, y prennent leurs repas. Les signes de fièvre sont très isolés. Nous sommes très attentifs à eux. Notre organisation est stabilisée et nos professionnels très mobilisés. Tous font un travail remarquable.

Comment les résidents vivent-ils cette situation exceptionnelle ?
Avec le prolongement du confinement, nous devons faire en sorte que nos patients ne dépriment pas. C’est pourquoi, nous allons remettre en place quelques animations. Avec de grandes précautions bien entendu. Ils ne seront pas réunis dans une salle mais sur le pas de leur porte et les professionnels sont dans le couloir. On tente de reprendre un quotidien un peu plus normal en calculant toujours le ratio bénéfice/risque pour eux. L’autre jour, nous avons fêté les 101 ans d’une de nos personnes âgées. Un gâteau lui a été porté dans sa chambre. Par ailleurs, comme la météo est clémente, nous avons décidé de sortir dans le jardin, une par une, les personnes qui le souhaitent.

Et pour les patients atteints d’Alzheimer ?
Ils ne peuvent pas être confinés, c’est impossible. Certains aiment déambuler. D’autres n’ont pas les capacité cognitives suffisantes pour comprendre vraiment que nous sommes en période d’épidémie de coronavirus. Nous sommes comme d’habitude très très attentifs à eux.

Faites-vous appel de nouveau à du personnel paramédical ?
Toutes les visites ont été arrêtées début mars à l’exception de celles des médecins. Nous avons décidé de demander à un kiné de revenir. Sa présence est indispensable, en effet nous voyons chez certains de nos résidents une dégradation de la marche par exemple. Les effets négatifs du confinement commencent à se faire sentir en matière de mobilité. On va s’assurer que le kiné n’est évidemment pas malade et qu’il respecte à fond les gestes barrières. Un pédicure devrait revenir également, essentiellement pour nos patients diabétiques. Là aussi, c’est indispensable. Progressivement on recommence donc à faire appel à des professionnels en prenant d’infinies précautions.

Et le personnel, dans quel état d’esprit est-il aujourd’hui ?
Bien que stressés, les agents font un travail formidable. Les gestes barrières sont très stricts. Les lavages de mains encore plus nombreux. Tous portent des masques et ont du gel hydroalcoolique à leur disposition. Nous avons réorganisé leur travail. Nous faisons tout pour que le Coronavirus n’entre pas. Il y a une augmentation du temps de travail de l’équipe hôtelière. Leur travail mériterait bien sûr une prime, mais il faudrait avoir le budget. J’ai également observé qu’il y avait moins d’absentéisme.

Vous parvenez à maintenir le contact avec les familles ?
J’ai mis en place une newsletter pour informer les proches régulièrement. On y joint des photos de leurs aînés. Les familles peuvent téléphoner, on est toujours là pour donner des nouvelles. Nous savons très bien que cette situation est très difficile pour nos résidents et leurs familles. Avant même le début du confinement, la Communauté professionnelle de santé territoriale (CPTS) nous avait alloué une tablette qui permet à nos personnes âgées de communiquer avec leurs proches. Depuis, nous avons élargi cette nouvelle manière de communiquer.

 

Une pensée sur “Valérie Decelle, directrice de La Solidage : « Il faut aussi penser à prévenir les dépressions »

  • 17 avril 2020 à 13 h 16 min
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    On croit rêver ! Cette directrice fait travailler son personnel sans aucun moyen : pas assez de masques, de surblouse ou même tout simplement pas assez de personnel !
    Les résidents sont laissé aux mains de soignantes sans moyens mais dévouées.
    Aujourd’hui le coronavirus SARS COVID 2 – 19 est bien installé dans l’établissement, des gens risquent de mourir pour une seule raison : une gestion financière et à la petite semaine !

    Donnez des moyens à votre personnel, et vous pourrez ensuite vous interroger sur la dépression des résidents ! Pour déprimer faut être vivant ….

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