Mohamed, ambulancier au Charréard : “ pas seulement des pousse-brancards ”

Mohamed Akil, responsable d’Ariane Ambulances au Charréard, témoigne de l’importance de sa profession dans la période actuelle. « Nous faisons partie intégrante de la chaîne de soins ».

Les ambulanciers sont-ils un peu les oubliés durant cette crise ?
Cela va un peu mieux, certaines pharmacies essaient de nous aider, mais je vais répondre par l’affirmative. On le sait, les ambulanciers ne font pas partie des professions prioritaires pour accéder aux stocks de masques délivrés par les organismes habilités. On a rencontré d’énormes difficultés pour pouvoir nous équiper en masques et équipements de protection (combinaisons, gants, lunettes, charlottes, gel…). Je vais dire mieux, on a dû compter sur nos relations, nos amis. Une femme résidente du quartier a confectionné des masques avec visière, s’aidant d’une imprimante 3D, un infirmier et un peintre nous ont dépannés en nous offrant quelques masques et combinaisons. Mais trouvez-vous cela normal ?

Ce Covid-19 a-t-il bousculé vos habitudes et votre manière de travailler ?
On ne tourne plus qu’avec quatre employés (moitié moins que d’habitude), plus question de transporter des patients pour de la kiné, de l’orthopédie, des consultations… Mais globalement, on répond toujours et d’abord à notre mission première : la prise en charge du patient, pour son intérêt et celui de sa famille. Grâce à nos partenariats avec des structures médicales, on fait notre métier.
Nos ambulances n’ont pas encore été requises par le SAMU pour le Covid-19, nous sommes une entreprise quasi-familiale, mais si on nous “réquisitionnait”, pas de problème. On n’a donc pas mis en place un protocole de désinfection lourd comme l’exige la situation, néanmoins on est deux fois plus vigilant qu’auparavant. On désinfecte également nos véhicules, et on a même fait l’achat d’un caisson transparent (une sorte de tente de brancard) qu’on installe dans les ambulances, afin de confiner le patient pendant son transport et aussi pendant son transfert dans les services hospitaliers. Protection pour lui et nous, suspicion de coronavirus oblige.
Il nous arrive d’avoir des journées de large amplitude, parfois de 7 heures à plus de 20 heures. Il y a également notre local d’accueil que nous nettoyons de fond en comble.

Le regard sur les ambulanciers a-t-il changé ?
De voir quelqu’un avec un masque interpelle toujours. Certains montrent leurs inquiétudes, c’est sûr. D’autres nous font un signe de la main. Sincèrement, à Ariane Ambulances on ne recherche pas des formes de reconnaissance. Si on est ambulanciers, c’est qu’on aime cela, qu’on aime les gens, qu’on aime notre boulot. Certains nous considèrent peut-être comme de simples transporteurs. Mais nous ne sommes pas seulement des pousse-brancards, nous faisons partie intégrante de la chaîne des soins.

Va-t-on tirer des leçons de cette crise sanitaire ?
Il le faudrait. Au même titre que la sécurité intérieure ou extérieure et la justice, la santé devrait être l’une des fonctions régaliennes assurées par l’État. Ce dernier devrait y mettre les moyens, la santé n’a pas de prix… Il faut qu’il y ait une prise de conscience, que l’on se fasse entendre.

Une pensée sur “Mohamed, ambulancier au Charréard : “ pas seulement des pousse-brancards ”

  • 11 avril 2020 à 17 h 39 min
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    Bravo, à toute l’équipe d’Ariane et Phoenix 👍 et merci d’avoir le courage et l’initiative de prendre la parole pour une profession indispensable et combien mal connue et considérée. Cette période de crise peut-être nous aura permise de sortir de notre silence?
    Tout commence par une prise de conscience, alors commençons tout comme vous à oeuvrer pour notre corps de métier méritant.
    Nadia Mondial Ambulances

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