Continuité pédagogique : 85 tablettes mises à disposition de collégiens et lycéens

Distribution de tablettes numériques au collège Michelet par Mme Garnier, la principale, le 10 avril 2020. Photo © R. Bert – Expressions

La fracture numérique et la fracture sociale vont très souvent de pair. Depuis la fermeture des établissements scolaires, mi-mars, la Cité éducative a décidé de consacrer son budget à l’achat de tablettes numériques pour les prêter à des collégiens et lycéens dans l’incapacité de suivre les cours à distance. Ces outils ont été distribués ce matin à Vénissieux. Explications.

Jeudi 9 avril au matin, 85 tablettes numériques connectées ont été livrées à la principale du collège Jules-Michelet de Vénissieux. C’est cet établissement qui est chargé de leur répartition entre les collégiens et lycéens vénissians et saint-foniards identifiés par leurs établissements comme étant dépourvus des outils informatiques indispensables pour suivre les cours sur Internet. Achetées 14.500 euros sur les fonds de la Cité éducative Minguettes-Clochettes, elles ont été réparties ce 10 avril entre des élèves des collèges Jules-Michelet et Elsa-Triolet et des lycées Jacques-Brel, Marcel-Sembat et Hélène-Boucher. Ce prêt est établi pour la durée du confinement à domicile des élèves, après un accord des différents partenaires du dispositif, dont la commune de Vénissieux.

« Maintenir le lien avec l’école »
« Pour assurer la justice sociale et renforcer l’ambition scolaire pendant le confinement, la préfecture et l’inspection d’académie du Rhône, en accord avec les villes partenaires, se mobilisent pour qu’une partie des fonds alloués par l’État aux Cités éducatives soit consacrée à l’achat de tablettes numériques et de clés 4G », a expliqué la Préfecture du Rhône, le 8 avril 2020. « Ces équipements seront mis à disposition d’élèves des quartiers prioritaires qui en ont besoin dans le cadre de leur travail à domicile, poursuit le préfet. Cette action vise à lutter contre la fracture numérique, à maintenir le lien avec l’école et à faire vivre la promesse d’égalité et de fraternité au cœur de notre pacte républicain. »

Précarité numérique
Dans les quartiers populaires relevant du dispositif Politique de la Ville, l’impossibilité pour certains élèves d’avoir accès à une connexion Internet pour suivre des cours à distance risque de creuser les inégalités existantes. D’après une étude réalisée en 2014 pour l’association Emmaüs Connect, six millions de personnes en France cumuleraient précarité sociale et précarité numérique. Même experts en smartphones et réseaux sociaux, les 16-25 ans ne font pas exception. D’après la même étude, près de la moitié des jeunes inscrits dans une mission locale n’auraient pas d’adresse mail, un élément incontournable pour une recherche d’emploi ou de formation.

Un complément indispensable

Les 85 tablettes achetées par la Cité éducative s’ajoutent à celles déjà confiées par les établissements à leurs propres élèves. Référente de la Cité éducative Minguettes-Clochettes, Nathalie Garnier, principale du collège Jules-Michelet de Vénissieux, raconte comment s’est passé ce « dépannage » informatique à grande échelle : « Le vendredi 13 mars, nous avons appris que les écoles seraient fermées à partir du lundi suivant, mais que le lien avec la scolarité devrait être assuré par Internet. Nous sommes passés dans chaque classe et nous avons contacté les absents : nous avons recensé plus de 70 élèves n’ayant chez eux aucun moyen de suivre des cours à distance. Le mercredi suivant, nous avons confié à ces élèves la soixantaine de tablettes numériques offertes l’année dernière par la Métropole, après avoir obtenu l’accord de cette collectivité. Nous y avons ajouté deux ordinateurs portables et six autres tablettes achetées sur les fonds sociaux du collège. » Plusieurs autres établissements du secteur ont agit de même.

Une enveloppe qui tombe à pic
Mais dès les jours suivants, d’autres demandes sont apparues. De nombreuses familles ne possèdent qu’un seul ordinateur, pas forcément compatible avec les supports pédagogiques récents ou consacré au télétravail d’un parent… « Il fallait faire plus, explique Mme Garnier. Dès le début, j’ai pensé à l’enveloppe budgétaire attribuée au titre du dispositif Cité éducative. Mais ces 15 000 euros étaient destinés à financer des projets présentés par des écoles, des collèges, des lycées, des associations, pas à financer l’achat de tablettes… »

« J’ai donc consulté les différents partenaires du projet, les maires de Vénissieux et Saint-Fons, l’inspection académique, les services de l’État, qui ont accepté de consacrer la majeure partie de cette enveloppe à cette dépense imprévue, pour éviter une rupture pédagogique, poursuit Mme Garnier. Il a fallu convaincre l’administration qui n’aime pas que l’argent public n’aille pas dans la case prévue, mais la déléguée du préfet, Angeline Superville, a été d’une aide précieuse pour expliquer que « nécessité fait loi », comme dit le proverbe. »

Le feu vert du maire de Vénissieux
Michèle Picard, maire de Vénissieux, a été contactée le 20 mars. « J’ai évidemment donné mon accord pour que ces fonds viennent compléter ce qu’avaient fait la Métropole et la Région, les collectivités en charge des collèges et des lycées, confie Mme Picard. Aucun élève ne doit être laissé sans outil pédagogique dans cette période si particulière, surtout à l’approche du brevet et du bac. Comme des outils spécifiques existent déjà pour l’école Primaire et qu’il fallait faire des priorités, j’ai été d’accord pour concentrer les moyens dégagés sur le Secondaire, en particulier les classes de 3e, de 1re et de terminale. »

Du côté de la Métropole, on indique que « les collèges choisissent l’utilisation des tablettes fournies ces dernières années ». « Les besoins n’étant pas les mêmes partout, nous sommes en train de recenser les stocks pour en transférer là où c’est le plus nécessaire », précise un porte-parole du Grand Lyon.

Le baptême du feu des Cités éducatives
Créé par le gouvernement en mai 2019, à la suite du rapport Borloo sur les banlieues, le dispositif Cité éducative ambitionne d’être « l’élément central de la mobilisation nationale pour les quartiers, de la petite enfance jusqu’à l’insertion professionnelle », expliquait le gouvernement lors de son lancement en mai 2019. Il fédère tous les acteurs éducatifs (services de l’État, collectivités, associations…). Ce label s’accompagne d’un financement national de 100 millions d’euros sur trois ans, partagé entre les 80 territoires dont la candidature a été acceptée.

Défendu par les maires de Vénissieux, Michèle Picard, et de Saint-Fons, Nathalie Frier, le dossier du secteur Minguettes-Clochettes a été retenu en septembre 2019. Il n’y en a que trois autres dans le Rhône. Pour chaque Cité éducative, un collège est désigné comme chef de file et doit coordonner divers projets, en lien avec les écoles, les autres collèges, les lycées et tous les acteurs de l’enfance et de l’adolescence, dont les communes, la Métropole, la Région… Pour le secteur Saint-Fons/Vénissieux, ce rôle pivot a été confié au collège Jules-Michelet, situé aux Minguettes.


LA MÉTROPOLE LIVRE DES TABLETTES SUPPLÉMENTAIRES À ELSA-TRIOLET ET HONORÉ-DE-BALZAC

Ces dernières années, dans le cadre de son « Plan numérique », la Métropole de Lyon a mis 4.200 tablettes numériques à disposition des collégiens pour qu’ils se familiarisent avec l’outil numérique en classe. Dans le cadre du confinement, la Métropole a donné la possibilité aux principaux des collèges de prêter les tablettes dont ils disposaient déjà, aux enfants qui en seraient dépourvus. Cette distribution a été réalisée par les principaux, dans les premiers jours du confinement.

Face à des demandes supplémentaires de certains établissements, la Métropole a organisé ces deux dernières semaines le redéploiement des tablettes non distribuées vers les collèges demandeurs : 18 établissements ont ainsi été fournis en tablettes supplémentaires. À Vénissieux, seuls les collèges Elsa-Triolet et Honoré-de-Balzac ont demandé un supplément des tablettes, qui leur a été livré mi-avril, apprend-t-on auprès des services du Grand Lyon.

Une pensée sur “Continuité pédagogique : 85 tablettes mises à disposition de collégiens et lycéens

  • 10 avril 2020 à 16 h 51 min
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    Belle initiative qui mériterait d être reprise largement par tous les établissements et communes.
    Mais que font le département et la région ?

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