Traction Avant : la pause s’impose

Aujourd’hui, ce sera le bleu du ciel surmontant le bleu de la mer et une chanson, Corona, corona, corona tu tiendras pas l’coup sur l’air de l’Elisa de Gainsbourg. Depuis le début du confinement, Marc Bernard, le directeur de la compagnie vénissiane Traction Avant, poste sur son Facebook un horizon du jour (une photo de grand air qu’il fait bon respirer) et une chanson humoristique. Certes, avec moins de moyens que la bluffante reprise de la Bohemian Rhapsody de Queen, Coronavirus Rhapsody (https://www.francetvinfo.fr/culture/musique/queen/coronavirus-rhapsody-l-incroyable-reprise-de-bohemian-rhapsody-de-queen-qui-fait-un-carton-sur-internet_3892807.html) mais quand même. Sur la page de Marc, il y a eu aussi Le Monde entier est un virus sur l’air des Cactus de Dutronc et Sous les sunlights des tropiques de Gilbert Montagné devenu Confinés à domicile. On aurait tort d’oublier le spectacle musical écrit par Marc et Tom Nardone, Trombinoschool, sur une classe où chaque élève avait droit à sa petite chanson.

Les pensées de Marc Bernard ne s’arrêtent pas à quelques rimes bien troussées. Toujours sur son Facebook, il écrit : « Stoppés dans notre élan fou, cette pause imposée doit interroger notre humanité, notre rapport à l’autre. » Un beau texte que l’on retrouve également sur le site de la compagnie : http://tractionavantcie.org

Joint par téléphone, il développe la situation de sa compagnie théâtrale : « Notre agenda du mois de mars était bien rempli. Nous devions jouer Ma maison sur le dos à Meyzieu et Écully. Les deux dates ont été annulées. Nous devions ensuite partir à Toulouse. Annulé. Et, en mai, nous devions entrer en résidence à Bourg-en-Bresse pour La Vie nouvelle d’Eugène True. Tout est suspendu et on espère pouvoir reporter. »

Un autre projet, mené avec le centre social de Parilly, le CLAE Clos-Verger et d’autres partenaires est lui aussi en suspens. « Nous devions créer un spectacle autour du Grand Parilly. Tout est en stand-by. »

Le secteur de la culture étant très touché par le confinement, Marc insiste sur « l’absence de cachets » pour les intermittents du spectacle. « Pour eux, explique-t-il, le ministère de la Culture a suspendu le temps. Il n’y aura pas de décompte des jours qui passent. Les heures reprendront à partir du moment où le compteur se remettra en route. Un fonds d’aide a également été mis en place pour les intermittents. »

Lui-même continue à se rendre utile, même si ce n’est pas toujours aisé. « Il est difficile, reprend-il, de faire de la diffusion ou de la prospection. Je reste en contact avec des collègues et des structures par mails. On essaie de se remonter le moral. Élisabeth Granjon m’a ainsi annoncé qu’elle allait essayer de mettre en place des ateliers d’écriture virtuels. Tout le monde veut se trouver une utilité. »

Contacté par le centre associatif Boris-Vian, Marc a proposé des idées de lecture. « Boris-Vian a créé une nouvelle page Facebook Solidaires même confiné-esNDA : on peut y avoir également accès via son site internet : cabv.com. Je m’enregistre en vidéo et je raconte une histoire, tirée d’un album, qui est diffusée le lundi, le mercredi et le vendredi à 9h30. Je donne les indications d’où le conte vient pour continuer à faire vivre le livre. Il suffit de s’inscrire et le rendez-vous se fait sur Messenger. Ainsi, j’ai raconté Va-t-en, grand monstre vert aux tout-petits et je leur ai ensuite proposé de créer leurs propres monstres. »

Revenons au site de Traction Avant. Marc écrit : « Pour ne pas être engloutis, étouffés, faisons respirer nos utopies, aérons nos méninges, oxygénons nos vies de rêves : créons pour l’instant dans nos têtes le nouveau monde de demain qui, faute de tous se perdre, doit, à tous les indices de la bourse, à tous les CAC 40, à toutes les plus-values, à toutes les pleines croissances, à tous les calculs, à tous les prix : CHANGER ! »

Le travail de Traction Avant avec les jeunes. Ici, Le Courage des oiseaux.

En attendant, il avoue son  « impression d’impuissance », sa « culpabilité d’être confiné sans servir à grand chose », déplorant « l’arrêt brutal » des projets artistiques. « On avait envie de créer un spectacle pour les tout-petits. Peut-être que cette pause permettra de réfléchir. En lisant mes petites histoires pour le CABV, je peux avoir des retours sur la réaction des gens et obtenir une palette d’émotions. Avec C kwa ki t’1digne ?, le projet qui était en cours, nous travaillions avec les jeunes sur la colère. Peut-être que lorsque tout sera fini et qu’on reprendra nos activités, on pourra y ajouter les émotions. »

Alors Marc s’occupe, écoute les infos, suit les plates-formes, applaudit pour le personnel hospitalier le soir à 20 heures, lit, peint des aquarelles et réfléchit. Il s’est également imposé des temps de méditation et de yoga. « Les journées passent assez vite. Pourtant, le mois de mars est interminable. » Il a l’impression que nos sociétés « arrivent au bout de quelque chose ». Et lâche : « Quand le confinement va s’arrêter, on sera comme après une guerre. Il n’y aura eu ni collabos ni résistants mais, quand même, des camps qui se dessinent. »

« Ancrés sur des sables mouvants depuis trop longtemps », a-t-il aussi écrit dans son édito sur le site de Traction Avant. Et si la société, comme l’espèrent les artistes depuis tant d’années, se mettait enfin à bouger et avancer dans le bon sens ? Après le confinement ?

Les falaises de Moher, en Irlande (Photo Marc Bernard).

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