Chloroquine : « Inutile de paniquer ! »

Lentement, la pression monte. Aux guichets des pharmacies vénissianes, les demandes de chloroquine se font chaque jour un peu plus pressantes. Inquiets de l’évolution la pandémie, certains clients — symptomatiques au Covid-19 ou non — tentent de se procurer la fameuse molécule pour se protéger. Tour d’horizon des questions qui se posent.

Qu’est-ce que la chloroquine ?
Mise en avant par l’infectiologue et professeur de microbiologie marseillais Didier Raoult qui la présente comme un remède efficace contre la maladie, la chloroquine est principalement utilisée aujourd’hui dans le traitement du paludisme. Elles est aussi prescrite contre la polyarthrite rhumatoïde, une maladie inflammatoire chronique des articulations, et le lupus érythémateux, une maladie auto-immune rare qui débute par des manifestations cutanées et évolue en affectant la peau, les reins, les articulations, les poumons et le système nerveux. Selon le Pr Raoult, elle serait efficace contre le Covid-19 si on l’associe avec l’Azithromycine, un antibiotique pulmonaire.

Ce traitement est-il efficace ?
Peut-être. Difficile de l’affirmer en l’état actuel des connaissances. Le Pr Raoult met en avant deux études récemment réalisées par ses équipes. La première a porté sur 24 malades, dont les trois quarts auraient été guéris au bout de six jours. La seconde, qui date de quelques jours, a concerné 80 patients : 65 d’entre eux ont présenté « une évolution favorable », 12  ont été mis sous oxygène, 3 sont passés en soins intensifs et un une personne de 86 ans est décédée. Des chiffres comparables à ceux relevés par une étude chinoise… pour des patients non traités à la Chloroquine.

Les études du Pr Raoult sont-elles fiables ?
Non, selon une partie de la communauté scientifique. Notamment parce qu’elles ne comportent pas de « groupe contrôle ». Il s’agit d’un groupe de personnes à qui l’on n’a pas administré le médicament, mais qui croit l’avoir reçu. L’objectif est de pouvoir comparer leur état à celui du groupe traité en évaluant entre autres l’effet placebo. Dans le cas des études du Pr Raoult, on ne sait donc pas avec précision si les guérisons et améliorations sont dues au médicament ou à d’autres facteurs (effet placebo, prise en charge hospitalière, etc.).

La chloroquine est-elle dangereuse ?
La chloroquine est aussi connue pour ses effets secondaires parfois dangereux, voire mortels : troubles du rythme cardiaque notamment. En lisant la liste des contre-indications sur la notice du médicament, on apprend aussi qu’elle est incompatible avec certains antidépresseurs, anxiolytiques, antipsychotiques ou remèdes contre les vomissements, les infections bactériennes ou le paludisme.

Un médecin de ville peut-il prescrire la chloroquine ?
L’usage du médicament pour soigner le Covid-19 a été autorisé par l’État uniquement dans les hôpitaux et uniquement pour les formes sévères de la maladie. Aucun médecin de ville ne peut le prescrire. Il est donc normalement impossible à un particulier de se le procurer dans le cadre d’une automédication.

Les personnes déjà soignées à la chloroquine doivent-elles craindre une pénurie ?
Selon plusieurs médecins vénissians, les stocks de chloroquine de leurs fournisseurs sont suffisants à ce jour pour alimenter les patients déjà traités pour le paludisme ou d’autres pathologies hors Covid-19. Inutile donc de se précipiter.

D’autres pistes que celles du Pr Raoult sont-elles à l’étude ?
Oui. Un essai clinique européen lancé à Lyon, le projet Discovery, est destiné à évaluer quatre traitements expérimentaux. Coordonné par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il inclura au moins 800 patients français atteints de formes sévères du Covid-19.
En ce moment, des chercheurs de Shanghaï tentent de soigner des malades en leur administrant du plasma de patients guéris, riche en anticorps contre le germe.
On cherche aussi un vaccin. Financée par des états et des fondations, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a lancé en février un appel urgent de 2 milliards de dollars pour soutenir le développement d’un vaccin contre le Coronavirus. À ce jour, 430 millions de dollars ont été levés et huit projets lancés.
Plusieurs chercheurs australiens évoquent aussi la piste du vaccin contre la tuberculose, le BCG.
La liste n’est pas exhaustive, et la situation évolue de jour en jour…

 Que pensent les pharmaciens de cette polémique ?
« Avec les réseaux sociaux, certains clients ont l’air d’être plus informés que nous, résume, agacé, Arnaud Vallon d’Auvergne, responsable de la Grande pharmacie du centre commercial Carrefour. Les gens sont inquiets, alors ils se raccrochent aux branches. Mais il faut garder son esprit critique, ne pas paniquer. Et bien se dire que des personnes compétentes mettent tout en œuvre pour trouver un traitement. »

 

Une pensée sur “Chloroquine : « Inutile de paniquer ! »

  • 31 mars 2020 à 22 h 03 min
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    Toujours bien documenté ces articles d’expressions et d’une lecture facile et agréable
    Merci de ces infos bien d’actualité

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