La pratique du vélo sur une pente ascendante

Si Lyon est encore loin de rivaliser avec Copenhague ou Strasbourg, l’agglomération est un des territoires où la pratique du vélo progresse le plus rapidement ces dernières années. Y compris à Vénissieux.

Le test est instructif. Sur votre moteur de recherche préféré, entrez le mot »cycliste » puis lancez la recherche images : apparaît tout un peloton de coureurs casqués, moulés dans des maillots et cuissards colorés. Entrez maintenant fietser (« cycliste » en hollandais) : surgissent alors des femmes et des hommes de tout âge, évoluant en tenue de ville dans un milieu urbain.

Au pays de la Grande Boucle, le vélo est encore perçu comme un sport et un loisir, pas comme un mode de déplacement. À partir des années cinquante, quand les prolos ont commencé à délaisser leur biclou pour sauter dans une auto, le vélo a quasiment disparu de nos rues. Ce n’est que depuis le début des années 2000 qu’il revient progressivement en grâce. Certaines villes comme Bordeaux, Grenoble ou Strasbourg, ont pris de l’avance dans cette remontée, se rapprochant des champions européens que sont Copenhague et Amsterdam. Mais globalement en France, selon une étude de l’Insee publiée en 2017, seuls 2 % des actifs vont travailler à vélo, contre 26 % aux Pays-Bas et 10 % en Allemagne.

À Lyon, ce taux était de 6 % intra-muros, et de 2 % pour l’ensemble de l’agglomération. La capitale rhodanienne part de loin mais rattrape son retard. Le lancement de Vélo’v en 2005, l’aménagement des berges du Rhône, l’approbation du Plan modes doux en 2009 puis du Plan d’actions pour les mobilités actives (PAMA) en 2016, toutes ces initiatives ont payé. Le trafic cycliste a quadruplé entre 2005 et 2017. En 2018, 25 millions de passages vélos ont été recensés par les 67 capteurs installés dans l’agglo. Le nombre de km de pistes cyclables a été multiplié par cinq en vingt ans pour atteindre près de 1000 km. Et pour la 3e année consécutive, la Métropole se classe dans le top 5 mondial des territoires où la pratique de la petite reine augmente le plus. La croissance annuelle du trafic oscille désormais entre 10 et 15 %.

41,6 km de voies cyclables à Vénissieux

Ces progrès sont surtout visibles dans la ville centre. En périphérie, où la part modale de l’automobile dans les transports continue à dominer outrageusement, c’est nettement moins évident. Mais là aussi, à y regarder de plus près, il ressort que la pratique du vélo gagne du terrain. Fin 2018, Vénissieux comptait 41,6 km de voies cyclables, contre 26,7 km en 2012. Les employés municipaux ont parcouru 29 000 km sur des vélos à assistance électrique en 2018, contre 2 220 en 2011. Les pratiquants quotidiens que nous avons rencontrés témoignent d’un vrai changement de paradigme. La Métropole et la municipalité soutiennent la promotion des nouvelles mobilités, notamment par la subvention du pack autonomie vélo (lire plus bas). Et les quelques capteurs installés sur la commune, même s’ils souffrent de la comparaison avec ceux de la Presqu’île, traduisent une hausse de l’usage de la bicyclette.

Route de vienne : +19,4 % en un an

« On distingue deux types de pratique à Vénissieux, explique Nolwenn Juhel, géomaticienne à la Direction voirie-mobilité urbaine de la Métropole de Lyon : il y a les mouvements pendulaires entre Lyon et Vénissieux pour les trajets domicile-travail. Et puis le week-end, du côté de Parilly, c’est plus l’aspect loisir. »
Ainsi le capteur de la route de Vienne a enregistré 118 953 passages en 2019 contre 99 657 en 2018, soit une hausse de 19,4 %. Boulevard Pinel, l’augmentation sur la même période est de 18,4 %. Et boulevard Joliot-Curie, avec 111 983 passages, la progression est de 7,8 %. On est certes encore très loin des 4 161 vélos/jour relevés sur le Pont Lafayette, mais la dynamique est enclenchée.

Pour renforcer cette tendance et rejoindre les standards nord européens, il n’est pas inutile de rappeler les avantages de bon sens que présente le vélo : simple d’utilisation, économique, écologique, rapide, accessible à tous et bon pour la santé. Et souligner qu’en agglomération 40 % des déplacements effectués en voiture se font sur des distances de moins de 3 km ! Ce qui en dit long sur notre marge de progression.

Mais selon les inconditionnels de la bicyclette, plus que les messages de sensibilisation ou de culpabilisation, ce sont d’abord les aménagements, donc les investissements publics – dans des pistes cyclables séparées améliorant la sécurité, des garages plus nombreux et plus sûrs contre les vols – qui doivent encore progresser si l’on veut entraîner une véritable « vélorution ».


 

PACK AUTONOMIE VÉLO : LA « VÉLONOMIE » POUR TOUS

Pour favoriser les déplacements des personnes à faibles ressources, le Grand Lyon et Vénissieux soutiennent un programme d’acquisition et d’apprentissage du vélo.

Dans le cadre du Pack autonomie, l’association Janus France propose des cours de mécanique et du matériel d’occasion, ainsi que de leçons d’apprentissage pour ceux qui n’ont jamais fait de vélo.

« En ville, le vélo, c’est pour les bourges ». Une idée reçue ? De fait, pour l’heure, la grande majorité des cyclistes urbains sont diplômés, membres de catégories socioprofessionnelles aisées et habitent en centre-ville. En quelques décennies, l’image et l’usage de la bicyclette (hors pratique sportive) sont passés de la bécane à prolo au Vélo’v à bobo. Pourtant, par son efficacité et son faible coût à l’achat et à l’usage, le vélo est un mode de déplacement pertinent pour les trajets quotidiens.

Décidée à réduire la pollution sur son territoire, la Métropole de Lyon reconnaît que « les actions de sensibilisation pour la pratique du vélo atteignent plus difficilement le public des personnes à faibles ressources ». Outre que l’implantation de stations Vélo’v en première couronne est récente et limitée, de nombreux freins entravent cette pratique dans les quartiers populaires.

Pour Rodrigue Yao Ogoubi, le principal obstacle est l’absence de locaux sécurisés dans les immeubles collectifs. « On en a vite marre d’être obligé de remonter son vélo par l’ascenseur et de le stocker dans son appartement », observe le fondateur et porte-parole de Janus France, une association créée à Vénissieux en 2013 pour faire la promotion des déplacements à vélo. Autres écueils, le prix (toujours trop élevé si le vélo doit finir par rouiller sur le balcon) et la peur de se lancer dans la circulation, où les pièges à cyclistes sont nombreux (aménagements accidentogènes, rails du tram, comportements…).

Pour lever quelques-uns de ces obstacles, le Grand Lyon vient de lancer un Pack autonomie vélo, destiné à « accompagner les publics éloignés du vélo vers une pratique autonome et sécurisée ». Essentiellement mis en œuvre par Janus France, le programme bénéficie d’une subvention métropolitaine de 45 000 euros, à laquelle s’ajoute celle de 4 000 euros que Vénissieux a votée lors du conseil municipal du 3 février dernier, à raison de 40 euros par bénéficiaire vénissian. « Ce dispositif rejoint l’une de nos priorités : lier impérativement la dimension sociale au développement humain et durable », expliquait le maire lors du conseil.

Moyennant une participation de 25 euros, les bénéficiaires du pack (identifiés par les centres sociaux ou le CCAS) choisissent un vélo d’occasion dans le stock de Janus, apprennent à le réparer avec un technicien de l’association et suivent un apprentissage avant de prendre la route en toute autonomie. Le programme a débuté à Saint-Fons en septembre, où il compte 24 inscrits. L’extension à Vénissieux, Oullins, Pierre-Bénite et Bron doit permettre de toucher 300 personnes d’ici fin 2020. Le succès du dispositif l’ouvrirait à d’autres villes ou quartiers du Grand Lyon. Les premiers mois à Saint-Fons ont permis un premier retour d’expérience, qui montre que la durée du dispositif (trois semaines par bénéficiaire) est trop brève pour des « grands débutants », selon M. Ogoubi.

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