Slimane Bounia : juste un désir de cinéma

 

 

Que ce soit pour le théâtre ou pour le cinéma, qui occupent pleinement sa vie professionnelle, Slimane Bounia a toujours foncé. Originaire de Meyzieu, il a rapidement fréquenté Vénissieux. « Je suis issu d’un milieu ouvrier et j’ai très tôt côtoyé le Secours populaire français. Lequel a monté à Lyon une reprise de la comédie musicale Les Misérables, mise en scène à Paris par Robert Hossein. Ça devait être en 1983, j’avais dix ans. Le SPF voulait faire une tournée avec ce spectacle dans le milieu social. Ils recherchaient un Gavroche et j’ai été pris. Une des premières représentations a été donnée à la Maison du peuple de Vénissieux, en décembre, à l’occasion des Pères Noël verts. La salle était pleine et au moment de la mort de Gavroche, ce fut l’apothéose, avec tout le monde debout. Ensuite, nous avons fait une tournée en bus dans les mairies communistes de l’époque, comme La Seyne-sur-Mer. »

Les années quatre-vingt marquent les débuts de la danse hip-hop, appelée encore break dance, et Slimane s’y met. « J’en faisais avec des copains à Saint-Priest, et je fréquentais les danseurs de Traction Avant. Avec une petite compagnie, nous dansions à la fête de l’Huma, payés à coups de glaces et de chantilly. C’était super ! »

Au lycée Lumière, Slimane suit les cours de la section cinéma. « Je n’avais alors pas d’argent et n’étais jamais entré dans une salle de cinéma. J’avais pris cette section parce que le théâtre était au lycée Saint-Just, qui était trop loin. Un prof, M. Tardy, avait équipé le lycée Lumière en caméras, qu’on pouvait utiliser pour nous le week-end. Il a été vachement actif sur la démocratisation des outils de cinéma. On tournait des courts, des clips, des documentaires. J’ai ainsi fait des sujets sur la banlieue à Vénissieux et Saint-Priest. L’audiovisuel m’a aidé à obtenir mon bac. J’avais réalisé le portrait de deux frères en documentaire et j’ai eu 20 sur 20. Un autre de mes professeurs, M. Jacquot, nous montrait des extraits de films en classe. Après le cours, il nous laissait les VHS à disposition et on les regardait dans un cagibi. C’est ainsi que j’ai connu Welles, Tarkovski… À l’Institut Lumière, j’ai découvert le cinéma muet. Dans mes rêves les plus fous, je désirais devenir réalisateur mais je n’osais pas y penser. »

Malgré tout, le bac en poche en 1992, Slimane veut s’en donner les moyens. Il se présente aux grandes écoles, l’Insas à Bruxelles, la Fémis à Paris, mais rate les concours d’admission. Il bifurque en Histoire de l’art, obtient le DEUG puis s’inscrit en gestion des projets culturels où il finit avec une maîtrise. « J’avais de super profs qui me parlaient d’Adorno, de Bourdieu… Ils faisaient fonctionner mon petit vélo. »

Depuis l’époque du lycée, sans un sou, avec des copains et de petites caméras, Slimane réalise des courts-métrages. « Mon premier, Il y a des cris de jeunes, je l’ai tourné dans le quartier Démocratie vidé de ses habitants mais pas encore détruit, avec une caméra U-matic et un coup de main du service audiovisuel de Vénissieux. C’était une fiction, déjà une comédie musicale. Il n’y a pas de hasard : ma première pièce et mon premier film se sont faits à Vénissieux. »

Des Bandits laitiers à Traction Avant
Également actif au théâtre, il crée avec Stéphane Lhuillier Les Bandits laitiers en 1995. « Nous avons joué Nina, c’est autre chose de Michel Vinaver au Théâtre de Vénissieux, dont Gisèle Godard était alors la directrice. »

En 2001, il obtient pour la première fois un financement pour un court, Sur un banc à Tarifa. Il s’occupe de vidéo au Théâtre du Grabuge, une compagnie avec laquelle il travaille toujours, et participe à la création du spectacle Ohé à Avignon, avec les Vénissians de Traction Avant… en tant que chanteur. Avec eux, Slimane réalise des courts-métrages pour Filactions, d’autres films aussi, tel Mozart sur la tour Nord. « J’ai rencontré Jérémy Chevret, producteur à Plus de Prod, et je me suis mis à écrire Celui qui brûle. Pour la première fois, je voulais jouer le jeu des institutions avec, dans l’idée, le développement d’un long-métrage suite à ce court. Lequel serait ma carte de visite. »

L’écriture prend trois ans à Slimane et son coscénariste, Sylvain Bolle-Reddat. « Après beaucoup de déconvenues, nous avons finalement tout décroché : pour la première fois, une chaîne de télé, France 2, me faisait un pré-achat, je pouvais être financé par Rhône-Alpes Cinéma et obtenir une aide du CNC. J’avais un pied dans la professionnalisation. C’est ainsi que j’ai pu contacter Sabrina Ouazani, qui a accepté de jouer dans mon film. »

Celui qui brûle
Tourné en Kabylie, Celui qui brûle est sélectionné par les festivals internationaux (États-Unis, Brésil, Maroc, Ukraine, Inde, etc.), obtient des prix à Montréal et Tizi-Ouzou. À présent, Slimane et Sylvain travaillent sur la version longue du sujet, une version « éloignée du court, qui ne se déploiera plus en Algérie mais en banlieue lyonnaise », et pour laquelle Slimane espère la participation de Sabrina Ouazani, toujours emballée par le projet. Le tournage se ferait en 2021, peut-être à Vénissieux.

Sur le tournage de Celui qui brûle, en Kabylie

Toujours avec Traction Avant, Slimane a également été partie prenante du Courage des oiseaux, présenté au Théâtre de Vénissieux l’an dernier, et s’engage dans le nouveau projet de la compagnie, C kwa ki t’1digne ?, dont nous avons déjà parlé et dont on pourra voir les premiers éléments filmés au cinéma Gérard-Philipe ce 21 février.

Volubile sur ses envies, ses passions, son passé et ses projets, Slimane s’arrête quand on lui demande ce qui le motive, réfléchit un moment et répond : « Juste une envie de cinéma. »

21 février, 18h30, cinéma Gérard-Philipe : C kwa ki t’1digne ?, portraits vidéo de Slimane Bounia.

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