Métiers de la propreté : des opportunités à saisir

Ce sont des métiers plus techniques qu’il n’y paraît mais qui souffrent d’une image dégradée. Ils offrent pourtant de véritables possibilités d’évolution et permettent de trouver rapidement un emploi. Tour d’horizon du secteur de la propreté et de ses métiers “en tension”.

En chiffres

> Un secteur dynamique

– Plus de 500 000 emplois
– 51 477 entreprises, dont 2 200 en Rhône-Alpes, à 80 % des TPE (moins de 10 salariés)
– 14,7 millions de chiffre
d’affaires en 2019
– Près de 90 000 emplois créés en dix ans

> Formation

et qualification
– Plus de 5 600 jeunes
en formation en 2019
– Plus de 3 000 contrats
de professionnalisation
– Plus de 23 000 certificats de qualification professionnelle (CQP) depuis 2006

> Nature des contrats
de travail
– 2 salariés sur 3 sont des femmes
– 4 salariés sur 5 sont en CDI
– 3 salariés sur 5 travaillent
à temps partiel
– 1 employé sur 3 travaille dans plusieurs entreprises
– 9 employés sur 10 sont agents de nettoyage

> Marché

– En 2017, le nettoyage de bureaux représente 40 % du chiffre d’affaires. Suivent les immeubles (19 %), les commerces et l’hôtellerie (12 %) et l’industrie (11 %).Sources : “Le monde de la propreté” et INSEE.

On les appelle pudiquement les “métiers en tension”. En langage courant, des secteurs dans lesquels les entreprises font face à des difficultés de recrutement. Ce qui freine les candidats ? Des salaires peu élevés, des conditions de travail difficiles, des horaires décalés ou un recours important au temps partiel. Autant de freins réels… ou fantasmés.

La propreté recrute
Au hit-parade des métiers les plus recherchés en 2019, on trouve, selon Pôle emploi, les agents d’entretien de locaux, juste avant les serveurs de cafés-restaurants et les employés de la restauration. C’est, d’après une étude de la DIRECCTE (*), le premier secteur en besoin de recrutement pour les cinq prochaines années. Il regroupe en Rhône-Alpes 2 200 établissements de toutes tailles, de la TPE au grand groupe national. Au cours des douze derniers mois, 213 postes de nettoyeurs de locaux ont été proposés à l’agence locale de Pôle emploi.
À Vénissieux, deux centres de formation préparent à ces métiers. Au lycée public Hélène-Boucher (lire page 13), dans le quartier du Charréard, on forme cette année 120 élèves du CAP au BTS. À l’autre extrémité de la ville, dans le parc d’affaires du Moulin-à-Vent, le Centre de formation des apprentis (CFA) de l’Institut national de l’hygiène et du nettoyage industriel (INHNI) regroupe à ce jour 160 élèves, qui se répartissent dans des formations allant du CAP au Master.

Ascenseur social
“Ces métiers ne sont pas valorisés et souffrent de l’image du ménage. Les gens considèrent que passer la serpillière, c’est dégradant. Nous avons donc des offres mais nous faisons face à une pénurie de jeunes, convient Blandine Nosjean, déléguée régionale Rhône-Alpes-Auvergne-Limousin de la Fédération des entreprises de propreté (FEP). Les gens ne voient pas le côté technique et la possibilité d’évoluer. Pourtant, au sein des grands groupes, si vous êtes un bon élément et que vous montez en compétence, il est possible d’accéder à des postes supérieurs, contrairement à ce que l’on constate dans d’autres métiers qui plaisent davantage aux jeunes comme la coiffure ou l’esthétique.”

Ce que confirme Bruno Sontag, responsable pédagogique du CFA. “La marge de progression est intéressante. L’ascenseur social marche encore dans notre secteur, et beaucoup de chefs d’agence sont issus du terrain. Après un poste de chef d’équipe, vous pouvez tout à fait devenir responsable de secteur avec un portefeuille clients.” Reste toutefois à trouver la bonne opportunité pour monter dans la pyramide. “Le gros de notre personnel (90 %, ndlr) est agent de propreté. On est une branche d’insertion professionnelle pour des gens sans qualification ou de premier niveau de qualification”, rappelle Blandine Nosjean.

Horaires décalés et temps partiel
Autre avantage, assure la branche, les savoirs sont transférables. “Dans ces métiers, vous allez acquérir des compétences applicables dans d’autres secteurs liés au service, comme la réactivité, l’autonomie ou la relation avec les clients”, souligne Blandine Nosjean. “Dans une formation à Bac + 5, on vous apporte des compétences managériales, commerciales et en stratégie d’entreprise, complète Bruno Sontag. C’est vraiment un secteur riche pour des jeunes qui ont envie de bouger, où l’on peut se retrouver chef d’agence ou directeur régional en ayant commencé sur le terrain.” Quant aux qualités requises, elles restent basiques. “Le plus important, c’est le savoir-être. Il faut des qualités humaines pour gérer la relation avec le client et être capable de travailler avec des agents de service parfois âgés”, observe-t-il.

Reste que si 80 % des salariés bénéficient d’horaires fixes, plus de 75 % des contrats sont à temps partiel selon les chiffres fournis par la FEP… Ce qui pousse un tiers des salariés à cumuler plusieurs emplois. Et si le travail de nuit demeure marginal (91 % des salariés du secteur n’y sont jamais soumis), le recours aux horaires décalés est “une réalité dans la branche”, euphémise la FEP. Travailler dans la propreté, c’est aussi apprendre à s’organiser.

(*) DIRECCTE : Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.


“La branche innove en permanence !”

3 questions à Clément Allen enseignant. Ancien apprenti du CFA de Vénissieux, il y enseigne désormais les techniques de propreté et d’hygiène.

Que viennent chercher vos élèves ?
Les étudiants viennent avant tout apprendre toutes les techniques du métier. Ils ont signé un contrat d’apprentissage qui leur permet d’être salariés tout en gardant leur statut d’étudiants. La plupart du temps, si leur collaboration avec l’entreprise est concluante, ils sont recrutés. Et quoi qu’il arrive, ils auront acquis des compétences qui leur permettront d’évoluer en fonction des formations, soit sur des postes techniques (lavage mécanisé, lavage de vitres, entretien courant, bio-nettoyage ou même stérilisation), soit sur des postes à responsabilités (manager de proximité, commercial, gestion de la qualité, de la sécurité ou de l’environnement dans les entreprises, etc.).

Comment l’image qu’ils se font de leur profession évolue-t-elle ?
Au fil de la formation, on se rend compte que leur image du secteur évolue, mais en bien ! Ils en comprennent mieux les rouages et l’organisation. Vu de l’extérieur, on ne se doute pas du nombre de postes et des possibilités d’évolution.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ?
La qualité commune à tous les postes, c’est la confiance. Ensuite, il faut être autonome et organisé. Ce n’est pas un métier facile : les clients sont exigeants et la branche innove en permanence avec de nouvelles techniques et de nouveaux protocoles, notamment dans l’agroalimentaire. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces métiers !


Lycée professionnel Hélène-Boucher, du CAP au BTS

Plus de 120 élèves apprennent les métiers de la propreté, de l’hygiène, de l’environnement et de la stérilisation au lycée professionnel Hélène-Boucher.

Au rez-de-chaussée du lycée professionnel Hélène-Boucher, Anita, Mounir, Filipé, Younes et Emma écoutent les consignes de Thierry Bonnefoy, leur enseignant de biotechnologie. Nous sommes en salle de travaux pratiques avec des jeunes de seconde bac pro HPS (hygiène, propreté, stérilisation). Au programme de ce mardi matin, le maniement de la monobrosse, machine idéale pour nettoyer les surfaces dures et les revêtements en textile. Tour à tour, les adolescents vont apprendre les gestes qu’ils auront à faire tant en travaux pratiques qu’en stage. Les consignes de sécurité font bien entendu partie intégrante de la formation. “Il est important d’enseigner les bons gestes pour éviter que nos élèves ne se blessent ou développent dans leur future carrière maux de dos et autres pathologies professionnelles”, précise le professeur.

Anita et Mounir ne souhaitaient pas forcément être orientés après la classe de 3e dans cette section HPS. Mais après bientôt deux mois au lycée, Mounir y trouve finalement des sujets de satisfaction : “Je m’y suis bien fait. Il y a des cours intéressants. D’énormes débouchés avec possibilité d’accéder à des responsabilités. Souvent les gens pensent que notre métier se résume à faire du ménage. Ils ne se doutent pas de son aspect technique.”

Les entreprises de propreté recrutent. Elles sont plus de 29 000 en France pour assurer l’entretien, la rénovation ou encore la désinfection des bureaux, grandes surfaces, hôpitaux, usines, aéroports et bien d’autres lieux. “C’est pourquoi de nombreux débouchés s’offrent à nos jeunes, indique Rémy Alix, chef de travaux au lycée. C’est un secteur en souffrance au niveau du recrutement aussi bien pour la main-d’œuvre de base que pour des postes à responsabilité. Malheureusement, ces formations souffrent d’une mauvaise image de marque. Pourtant, on peut accéder rapidement à des responsabilités. Il suffit de faire ses preuves. Les salariés intéressés par leur travail et ayant des qualités d’encadrement peuvent vite devenir chef d’équipe. Ils sont alors chargés d’encadrer plusieurs agents de propreté, d’organiser leur travail, de veiller à la maintenance du matériel et d’assurer le lien avec le client. Nos bacs pros par exemple peuvent prétendre à un poste de chef d’équipe. Les plus motivés peuvent poursuivre en BTS métiers des services à l’environnement (MSE).”

Michèle Feuillet


À Vénissieux, une offre de formation pléthorique

Au lycée professionnel Hélène-Boucher
– Un CAP agent propreté et d’hygiène comprenant au total 24 élèves, ainsi qu’une petite section en apprentissage de cinq élèves.
– Un bac pro en trois ans hygiène, propreté et stérilisation (HPS) : 70 élèves.
– Une section en apprentissage propreté et environnement urbain de deux élèves.
– Un BTS métier des services à l’environnement (MSE) : 48 étudiants.
En juin dernier, ce BTS a eu les meilleurs résultats au niveau national : 90 % de réussite contre 65 % en moyenne.

Plus d’informations sur helene-boucher.ent.auvergnerhonealpes.fr ou au 04 72 90 03 40

À l’Institut national de l’hygiène et du nettoyage industriel (INHNI)
– Un bac pro hygiène, propreté et stérilisation (HPS).
– Un BTS métiers des services à l’environnement (MSE).
– Un TCNII responsable de service hygiène et propreté.
– Un TCNI manager du développement du multiservices, en partenariat avec l’IDRAC.
– De nombreuses offres en formation continue.

Plus d’informations sur : www.inhni.com ou au 04 72 78 34 56.


Paroles d’étudiants

Hymen, Tracy et Lucas viennent de débuter une formation en trois ans pour obtenir un bac professionnel hygiène, propreté et stérilisation
au CFA de Vénissieux.
Hymen, 20 ans
Je voulais faire de la stérilisation car j’ai toujours voulu travailler en milieu hospitalier auprès des patients, pour qu’ils se sentent bien dans leur environnement. J’avais déjà un CAP en restauration et un autre en hôtellerie et une expérience d’agent des services hospitaliers (ASH). Mais j’ai aussi travaillé dans l’unité Alzheimer d’une maison de retraite, auprès de sourds et malentendants et chez des particuliers.”
Lucas, 16 ans
“Mes parents sont déjà dans le nettoyage avec leur entreprise, et j’ai fait plusieurs chantiers avec eux. Si l’on a de la volonté et que l’on est le plus propre et le plus minutieux possible, on peut s’en sortir rapidement. Après, pour être chef d’équipe, il faut de l’autorité et de la pédagogie. Pour ma part, j’ai encore des progrès à faire de ce côté-là !”
Tracy, 27 ans
“Ancienne militaire, j’ai notamment occupé plusieurs postes d’ASH, et j’ai pris l’habitude du contact avec les patients. C’est un métier difficile au début : ça lance un peu et ça fait parfois mal au pied ! Mais on s’habitue si on observe les bonnes postures et le protocole en gardant le dos droit et les genoux pliés. Avec des patients très faibles ou en fin de vie, on n’a pas le droit à l’erreur. Il faut être minutieux et rigoureux.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *