La vie comme un jeu

Anny Lax – Bientôt centenaire, elle poursuit son bonhomme de chemin, sans jamais se départir de son sourire. Adepte du bridge qu’elle pratique trois fois par semaine, Anny Lax a su conserver une vivacité d’esprit et un optimisme à toute épreuve.

« À l’époque où je suis née, on accouchait encore chez soi, raconte Anny Lax. Et lorsque je suis venue au monde, la sage-femme a dit à ma mère que je ne passerai pas la nuit. Mais le médecin n’était pas d’accord. « Une bonne purge, un bon bain, et demain il n’y paraîtra plus », qu’il a dit. » 97 ans plus tard, c’est une dame sémillante, soigneusement apprêtée et continuellement souriante qui nous reçoit dans son appartement du Moulin-à-Vent. Le médecin ne s’était pas trompé. Il faut dire que dans la famille, on a plutôt le cuir dur. « L’une de mes sœurs est décédée à 96 ans, ma mère à 93 et mon autre sœur — bien vivante — a eu 91 ans cette année « , observe la presque centenaire.

Aujourd’hui, Anny reste philosophe. « Il faut tout prendre comme ça vient, ne pas se faire de souci, assure-elle. Le soir je bois un petit verre de liqueur, du Porto ou autre chose. Je suis contente de tout. Et je n’ai jamais vraiment été malade. » Précisons aussi qu’elle ne cuisine jamais de plats préparés. Et qu’elle part en voyage sur toute la planète quatre fois par an, et ce depuis deux décennies. Les voyages forment la jeunesse, dit-on.

Anny — Bénas de son nom de jeune fille — est née cours Gambetta à Lyon le 28 mai 1922. Elle a 17 ans au début de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle vient de terminer ses études au lycée de la Martinière, diplôme de couturière en poche. « J’ai subi toute la guerre. Je n’ai pas eu vraiment de jeunesse car on manquait de liberté, se souvient-elle. Mais on n’a pas été malheureux. On a pu manger car j’avais un oncle de la campagne qui nous apportait ce qu’il fallait. Personne dans la famille n’en a réellement pâti. »

La voici donc dans la vie professionnelle. « Au début de la guerre, je cherchais une place mais tout le monde licenciait. Je me suis finalement installée chez mes parents comme couturière. Je réalisais des vêtements pour enfants, comme des petites robes à smock. Ça marchait bien. » Une activité qu’elle poursuivra 17 ans durant. En juillet 1944, la jeune femme se marie avec celui qui l’accompagnera pendant plus d’un demi-siècle. « Un petit mariage tout simple parce que c’était en pleine guerre. » De cette union naîtront deux enfants en 1944 et 1952. Depuis, quatre petits enfants et 5 arrière-petits-enfants — dont l’un est âgé de 21 ans — sont venus agrandir la famille.

En marche vers le siècle
En 1948, son mari fait l’acquisition d’un salon de coiffure. En plus de ses activités de couturière, Anny donne de son temps pour faire marcher le commerce. « Je devais me changer tous les jours et essayer tous les produits pour les vendre aux clientes. Elles voulaient toujours celui que j’avais : les colliers, les vernis à ongles et les rouges à lèvres », sourit-elle. En 1956, elle abandonne aiguilles et dés à coudre pour rejoindre son époux dans la parfumerie qu’il vient d’acheter. Ils devront stopper leur activité trente ans plus tard, lorsque la maladie s’emparera de lui. Mais le couple s’accroche à la vie. Une fois à la retraite, les voilà sur les routes, en car ou en voiture, à sillonner entre autres le Danemark, l’Autriche, l’Espagne, la Hollande…

« Mon mari ne m’a jamais dit je t’aime. Il disait « Je t’ai marié, ça veut tout dire », confie-t-elle. On s’entendait vraiment bien. Contrairement à moi, il était très timide, il n’aimait pas se montrer, s’habillait tout simplement. Il prenait tout en main, décidait de tout, organisait tout et cela me convenait. Moi, j’étais dépensière, j’aimais le monde. Tous les deux on adorait les jeux, les voyages, danser et faire l’amour. Peu à peu on s’est accordé : je l’ai un peu dégourdi et il m’a un peu calmée. »

Le 21 juin 1997, Anny reçoit un joli cadeau de sa part : une 306 Peugeot toutes options, qui lui est livrée à domicile. Mais il ne la verra que depuis la fenêtre. « Il est parti au matin faire ses rayons, et à 11 heures on m’a appelé pour me dire qu’il voulait rentrer à l’hôpital, qu’il fallait que je lui apporte ses médicaments. Ce sera mon premier trajet avec la voiture. » Il décédera un mois plus tard. « C’est pour cela que je veux garder ma voiture le plus longtemps possible. Mais je la trouve très belle, même si les gens me disent qu’elle est vieille. Je suis heureuse quand je la vois, ou quand je la conduis. »

C’est que, malgré son âge avancé, Anny prend encore le volant. Pour se rendre trois fois par semaine au Vénissieux bridge club (VBC), situé à 1,5 km de chez elle, par exemple. « Le bridge, c’est ma seconde famille, s’enflamme-t-elle. Quand je joue, je ne pense à rien, je ne sens rien et je ne vois pas passer le temps. Ma fille le dit bien : Quand Maman revient du bridge, c’est une autre femme. » Celle qui fût l’une des fondatrices du club en 1998 y possède même sa table réservée, la n° 3. « C’est notre star, observe la présidente du VBC, Sylvie Chabert. Elle est facile à vivre, d’une modestie à toute épreuve, elle a toujours le sourire et se plaint rarement. » Ce que ne reniera pas son médecin. « Mon docteur me dit que quand je viens le matin, ça lui donne du courage pour la journée », assure Anny dans un grand sourire.

Des projets, Anny en a encore quelques-uns. Dont un anniversaire qui s’approche tout doucement, celui de ses cent ans. « C’est une fierté. Je commence à y penser. Je ne sais pas comment ça se va se passer, alors je cogite. »

Note : Le bridge vous intéresse ? www.vbc-bridge.fr/

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