1989-2019 : 30 ans de conseil de quartier

 

Les conseils de quartier, c’est d’abord, chaque automne, le moment fort des assemblées générales. Mais c’est aussi, tout au long de l’année, le travail de fond mené dans les permanences. 30 ans après leur création, malgré leurs limites, les conseils de quartier n’ont jamais paru aussi indispensables.

AG et visites de territoires :
les prochains rendez-vous

• Parilly
Mardi 15 octobre à 18 heures, salle Jeanne-Labourbe (6, rue Jeanne-Labourbe).
Président : Jean-Louis Piedecausa

• Jules-Guesde
Mercredi 16 octobre à 18 heures, restaurant du groupe scolaire Jules-Guesde (55, rue Joannès-Vallet).
Président : Pierre Matéo

Visite de territoire pour ces deux quartiers samedi 12 octobre.
Rendez-vous à 9 heures place Grandclément (sortie du métro). Puis à 10 heures au 11, BD Marcel-Sembat. Objets de la visite : réhabilitation de l’ancienne route d’Heyrieux et visite du foyer Marcel-Sembat équipé d’une nouvelle chaudière Boostheat.

• Charréard/Max-Barel
Mardi 22 octobre à 18 heures, restaurant du groupe scolaire Charréard (10/12, rue Ethel-et-Julius-Rosenberg).
Président : Serge Truscello

• Pasteur/Monery
Mercredi 23 octobre à 18 heures, restaurant du groupe scolaire Pasteur (6, route de Corbas).
Présidente : Sophia Brikh

Visite de territoire pour ces deux quartiers samedi 19 octobre
Rendez-vous à 9 heures au 1, rue Max-Barel. Puis à 10 heures rue Bela-Bartok. Au programme : réhabilitation de l’école élémentaire Max-Barel, projet de maison de l’enfance, redressement de la rue Bela-Bartok et création d’un square.

Ce fut l’un des moments forts des assemblées générales l’an dernier. Brandissant un exemplaire du journal Expressions, un habitant de Léo-Lagrange avait interpellé le maire : « Les comptes rendus de conseils de quartier disent tous la même chose : problèmes de sécurité, de propreté, de deal, de vitesse excessive… Ça sert à quoi au final de parler si rien ne change ? »

« Cet habitant n’avait pas totalement tort, se souvient Michèle Picard. Oui, nous parlons souvent des mêmes soucis. Quand on est absorbé par le quotidien, on a du mal à se projeter sur autre chose. Cela montre que les problèmes sont lourds et qu’il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. Mais cela montre aussi à quel point les conseils de quartier sont utiles et précieux pour la vie démocratique. Justement parce qu’ils permettent aux gens d’alléger leur quotidien, de trouver des interlocuteurs, et parfois des réponses et des solutions, car nous ne restons pas inactifs. »

Si les conseils de quartier peuvent être décriés, on imagine mal en effet pouvoir s’en priver aujourd’hui. « Je pense même qu’ils sont plus nécessaires qu’il y a 30 ans, analyse l’ancien maire, André Gerin, à l’origine de leur création en 1989 – ce qui avait fait de Vénissieux une ville pionnière. Notre système de décision politique est de plus en plus technocratique, il s’éloigne des citoyens. On le voit bien avec la Métropole, cette grosse machine qui a de plus en plus de compétences par rapport aux communes. Dans ce contexte, il est vital que les gens gardent un espace de parole et d’action, même s’il est difficile de leur demander de s’investir quand ils ont l’impression que la machine tourne sans eux. »

« Ce qui me paraît essentiel, c’est la possibilité donnée aux habitants d’avoir un échange franc et direct avec les élus, un échange sans tabou, sans faux-semblant, souligne Abdelhak Fadly, un des trois adjoints aux conseils de quartier avec Amina Ahamada Madi et Hamdiatou Ndiaye. Les assemblées générales sont devenues un moment incontournable dans la vie politique locale. Les habitants se les sont définitivement appropriées. Je regrette en revanche qu’il n’y ait pas davantage de participation tout au long de l’année lors des permanences. C’est d’autant plus regrettable que la Ville fournit de vrais moyens. Pour chaque territoire (un territoire regroupe deux conseils de quartier, ndlr) un cadre municipal tient le rôle de correspondant. Les démarches et les projets sont bien suivis. »

« Les assemblées et les permanences ne mobilisent pas les mêmes personnes, observe Hamdiatou Ndiaye. Dans les permanences, les délégués de quartier sont entourés d’habitants qui aiment s’investir sur le long terme, mener un projet jusqu’au bout. Dans le conseil que je préside au Moulin-à-Vent, nous avons ainsi mené un travail collectif important pour la requalification de la place Ennemond-Romand. »

Pour Amina Ahamada Madi, qu’il s’agisse des assemblées ou des permanences, les conseils « jouent un rôle essentiel ». « Au Centre, le conseil que je préside, la participation est forte, certaines permanences ressemblent à de petites AG ! Le problème de fond à mon sens – et c’est très frustrant – c’est que la résolution de nombreuses questions ne dépend pas directement de la commune mais d’autres partenaires, notamment la Métropole. On envoie des courriers, on fait pression, on fait ce qu’il faut, mais parfois on reste impuissant. Et le risque, c’est les gens se lassent au bout d’un certain temps. »

Si les assemblées générales restent précieuses pour l’expression directe des habitants, les trois adjoints sont d’accord pour dire que les conseils de quartier gagneraient à conduire davantage de réflexions thématiques et de projets. « Moi aussi j’aimerais qu’on aille plus loin, que l’on dépasse le côté exutoire et résolution de problèmes personnels, observe le maire. Je sais que c’est difficile car le quotidien pèse lourd, mais ce n’est pas impossible. Un travail considérable est fait dans les permanences. Et les Vénissians ont déjà montré qu’ils savaient élever le débat. Souvenez-vous quand nous avons organisé des réunions thématiques sur le PLU-H, un sujet pourtant ardu et technique ! Des centaines de personnes y ont participé, les débats ont été de grande qualité. Les habitants sont capables de dépasser les intérêts particuliers et de prendre en compte l’intérêt général. »


Les permanences, cœur vivant des conseils

Chaque mois, chacun des 13 conseils de quartiers vénissians réunit sa permanence. Un rendez-vous entre voisins, sans effets de manche, concret oblige.

Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, le premier mardi de chaque mois, à 18 heures, une vingtaine de personnes investit le foyer Paul-Langevin et se lance dans un rituel bien rodé : installation des tables et des chaises, désignation d’un(e) président(e) de séance, puis tour de table « pour savoir ce qui nous amène ce soir ». La permanence du Centre peut commencer.

Il y a les habitués, une bonne dizaine à chaque fois, dont des délégués élus. Parmi ceux-là, Charles, qui fait son premier mandat. « Un jour au boulot un gars m’a dit « la politique c’est chiant ». Je lui ai répondu, « on a qu’à la faire nous-mêmes. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon ». Je me suis présenté. Normal, je suis maçon ! »

Et puis il y a les petits nouveaux et les intermittents. Dans la première catégorie, Patrick, « recruté » à la cérémonie d’accueil des nouveaux habitants, venu du chemin de Feyzin pour évoquer les moustiques et les voitures garées sur les trottoirs. Dans la seconde catégorie, on trouve Lydie. « Ici, on s’écoute et on agit, au lieu de grogner dans son coin. » Et Marlène, qui habite aussi rue Victor-Hugo, qui vient pour la seconde fois seulement, « pour écouter » dit-elle. En fait, elle fera beaucoup plus que ça. Et Jeanine, qui a « toujours quelque chose à dire ». Et Robert, un ancien de la rue Émile-Zola, venu parler des tracas causés par la construction d’un immeuble. Patricia, de la rue du Château, présente sa spécialité : « J’emmerde tout le monde jusqu’à ce que j’obtienne satisfaction ».

Ce soir d’octobre, ils sont 18, un petit cru. Charles reprend le compte rendu de la dernière réunion, et les questions adressées à la mairie. « Où en est-on du projet d’installation de bornes pour véhicules électriques ? » « Dans le quartier, il y en aura avenue Marcel-Houël d’ici la fin de l’année », répond Marion, la « correspondante de territoire », qui fait le lien avec les services de la Ville. « Quid de la propreté de la place Sublet après les marchés, qui laisse à désirer ? » : « Un contrôle du nettoyage par le prestataire sera fait par la Métropole ». Patricia poursuit sur le sujet, elle trouve que les placiers devraient être plus fermes avec les forains, par exemple ceux qui mettent leurs palettes sur les massifs de fleurs. « Et interdire aux poissonniers de vider leurs caisses de glace dessus, parce qu’après, les bégonias ne sentent pas la rose ! » Henri, dont l’expérience d’ancien élu est souvent sollicitée, indique que le conseil pourrait consulter le règlement des marchés et faire remonter ses observations à la mairie.

À un moment, Dominique se fâche à propos d’un courrier du conseil qui n’a pas été suivi d’effet. « Si on s’engage, on doit le faire, sinon on ne le dit pas. » « On est un peu les emmerdeurs de service, admet en aparté la déléguée. Ce n’est pas facile, il faut dire les choses franchement, mais sans trop froisser les décideurs. La démocratie participative, les élus en veulent à condition que ça ne piétine pas trop leurs plates-bandes et d’y aller mollo sur les questions qui fâchent. C’est vrai qu’il y a des enjeux que nous ne maîtrisons pas, mais ce n’est pas une raison, la parole est libre. Et puis, c’est une tradition dans cette ville : on a habitué les gens à dire ce qu’ils pensent ! »

Les comptes rendus des permanences sont consultables en ligne sur le site Internet de la ville de Vénissieux


Anne Chevrel, maître de conférences associée à Sciences Po Rennes, consultante en participation citoyenne.

« Les conseils marchent quand ils sont portés politiquement »

« À la différence de Vénissieux, peu de communes concernées ont vu l’intérêt démocratique de la démarche. Quand la loi de 2002 s’est appliquée, de nombreuses collectivités s’y sont mises avec plus ou moins de sincérité ou d’envie, se contentant souvent de rebaptiser « conseils de quartier » leurs comités des fêtes de quartier, composés essentiellement de « dos argentés » : des hommes, blancs et retraités. Mis en œuvre sans définition claire de leur rôle ni missions supplémentaires ou capacité de se saisir eux-mêmes d’un sujet, ils ont vite été jugés sans intérêt. Les conseils de quartier marchent quand ils sont portés politiquement, avec des principes d’indépendance, brassent des sujets plus ambitieux que les crottes de chien, sont renouvelés, et que leurs avis sont pris en compte par la municipalité. Malgré cela, les dispositifs de concertation citoyenne peuvent amener à un entre-soi, un essoufflement et à de la frustration. L’une des solutions est d’y associer ponctuellement des dispositifs portant sur une problématique précise (l’aménagement d’une place par exemple) et un temps limité. Ils peuvent être constitués de groupe de citoyens tirés au sort (ce qui permet d’aller chercher les « invisibles ») et de groupes constitués (associations, commerçants, riverains…). Dans tous les cas, l’enjeu est de concilier le temps long du politique et le temps court de l’habitant impatient. »

Un projet exemplaire

La requalification de la place Ennemond-Romand est l’exemple même d’un projet élaboré en collaboration avec un conseil de quartier. Les travaux, menés par la Métropole avec un budget de 2,5 millions d’euros, seront achevés en 2021. Le conseil de quartier — qui planche sur le sujet depuis 2012 — a notamment obtenu du maître d’œuvre une grande aire de jeu pour les enfants, la préservation de l’espace réservé aux boulistes, la sauvegarde ou la replantation des platanes, des emplacements pour les vide-greniers sur la voie publique, la création d’une voie piétonne pour traverser la place en diagonale et la construction d’un skatepark. « Ce projet est une belle réussite, car il a été construit pour et avec les habitants », observe Hamdiatou Ndiaye, président du Conseil de quartier.


Paroles de présidents

Marie Christine Burricand, Conseil de quartier Anatole-France Paul-Langevin.
« Les conseils de quartier permettent de faire le lien entre les habitants et les services concernés par les problèmes qu’ils rencontrent. Et ce, qu’il s’agisse des services de la Ville, de la Métropole ou des bailleurs. Les délais de réponse peuvent varier mais globalement, les habitants ont toujours une réponse – satisfaisante ou non – à leur question. La difficulté, c’est que certaines questions semblent simples à l’habitant alors que la réalité est toute autre. Pour obtenir un simple banc public, il a fallu plusieurs mois d’échanges de courrier ! Parfois, certains problèmes résolus reviennent, et il faut tout reprendre à zéro. Le maître-mot, c’est persévérance. »

Nacer Khamla, Conseil de quartier Jean-Moulin/Henri-Wallon.
« C’est un outil qui marche bien, à condition que les gens se l’approprient pour faire avancer les choses. Dans nos réunions, on voit notamment des gens d’un certain âge, qui habitent le quartier depuis un certain temps. Ils évoquent principalement des problèmes liés à la voirie, à la propreté, aux trafics, à l’insécurité. Ils viennent dans l’idée de régler les problèmes, de signaler et de s’informer. La démarche est constructive, citoyenne, même si parfois on rencontre des gens qui sont systématiquement contre tout. La difficulté, parfois, c’est d’expliquer aux gens que la Ville n’a pas la compétence sur tout, par exemple dans les zones privées ou en matière de voirie. »

Jean Louis Piedecausa, Conseil de quartier Parilly
« Au début, les réunions étaient un peu tendues, puis les gens se sont aperçus que leurs demandes étaient prises en compte. Cette année, nous avons recensé 66 questions, et obtenu 66 réponses ! Notre rôle est aussi de monter des projets participatifs pour améliorer le quotidien des habitants. Il y a un an, nous avons ainsi réussi à casser la vitesse et améliorer le stationnement dans plusieurs rues. Concernant l’arrivée d’Ikea, nous avons fait rallonger les séparations de voie autour de la place Grandclément et augmenter les temps des feux rouges. Le conseil de quartier est un outil indispensable et efficace, or les gens ne l’utilisent pas assez […] On n’est pas là pour vendre du rêve, mais pour faire avancer les choses. »

 

Conseil de quartier centre-ville, le 27 février 1991
Conseil de quartier centre-ville, le 27 février 1991


> Dossier réalisé par Gilles Lulla, Alain Seveyrat et François Toulat-Brisson

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