Disparition : Roger Bourdeleau, un homme de combats

Roger Bourdeleau nous a quittés le 23 septembre, à l’âge de 95 ans. « Roger » pour les proches dont nous faisions partie. « Bourdeleau » pour tous ceux, nombreux, qui gardaient le souvenir du grand syndicaliste et élu qu’il fut. Expressions lui avait consacré un long portrait en 2015. Que nous reprenons partiellement ci-dessous.

Roger Bourdeleau est né en 1924 à Lyon, dans un milieu populaire de la Croix-Rousse. Le certificat d’études obtenu, pas question de trop prolonger l’école : il faut gagner sa croûte. Roger fera l’apprentissage de tôlier-formeur. Le jeune homme devient donc métallo aux « chantiers du Beaujolais » ; «… un monde tout à fait nouveau pour moi. Un monde de bruit, de machines, de poussière, dans lequel s’agitent des hommes. »

L’apprenti est trop jeune pour être mobilisé en septembre 1939. Le CAP en 1942, le perfectionnement, les cours du soir… la vie continue dans l’ambiance lourde de Vichy. Puis c’est le traumatisme de l’occupation allemande ; autant que la faim, la rage et la révolte le tenaillent. « Je ne comprenais pas tout. Mais quand mon frère aîné est parti au STO en Autriche, quand j’ai vu tous ces jeunes qui partaient en Allemagne, j’ai décidé d’agir. En janvier 1944, j’ai contacté un groupe de résistants par l’intermédiaire d’un copain et j’ai intégré un réseau, jusqu’à la Libération. Puis je me suis engagé dans l’armée jusqu’à la fin de la guerre. » Le « prolo » devient soldat, et participe aux combats en Maurienne et en Tarentaise.

Meneur d’hommes chez Berliet

À Villefranche en 1945, Roger reprend le travail à l’usine et devient P2 ; il rencontre Mireille qu’il épouse en 1947. Sur les conseils d’un ami, Roger entre chez Berliet Vénissieux en 1950. « Dans ma boîte, je votais déjà pour la CGT ; mais c’est chez Berliet que j’ai trouvé le chemin du militantisme. L’exploitation, tu la sens ! Alors j’ai adhéré à la CGT en 1951. » Roger travaille sur la ligne GLR, ces poids lourds qui feront le renom du constructeur après-guerre. Son atelier, le fameux « BC3 », est un foyer actif de l’agitation syndicale et politique de l’usine. Quand en 1953 on cherche un nouveau secrétaire pour le syndicat CGT Berliet, c’est à Roger qu’on propose la responsabilité. Au début des années soixante, on tente de le muter dans un placard : la boîte se soulève d’un seul coup !

Les grandes grèves se succèdent en 1965, 1967, avec les lock-out et les manifestations de milliers d’ouvriers. C’est une époque de conquêtes syndicales. « Ce que je n’ai jamais oublié, c’est la solidarité, la fraternité, l’amitié qui unissaient tous les travailleurs de chaque atelier ! Parce qu’on souffrait ensemble… » Pourtant, Roger quitte Berliet en 1967. « On m’a demandé de prendre la direction de l’union locale CGT. Moi, je n’avais pas été davantage formé pour être secrétaire de l’UL que pour être secrétaire du syndicat ! » Mais l’école du dirigeant syndical, c’est le terrain des luttes. Et sur ce terrain-là, Roger Bourdeleau avait fait ses preuves. Neuf mois après son arrivée à la tête de l’union locale éclatent les événements de Mai 68.

Quatre mandats d’élu

Politiquement, Roger avait rejoint le PCF dès 1952. « Je suis devenu conseiller municipal par hasard : à quelques jours de déposer la liste aux municipales de 1965, une candidate s’est désistée. J’ai accepté de la remplacer… et j’ai été élu pendant quatre mandats ! ». Au début de son premier mandat, Roger travaille toujours aux pièces chez Berliet. Puis à partir des années soixante-dix, il devient pendant plus de dix ans un des adjoints de Marcel Houël, le maire de Vénissieux. « J’ai aimé travailler près de lui. C’était un dirigeant à la forte personnalité. Nous avions une bonne équipe d’élus. »

En 1972, Marcel Houël décide la création d’un centre municipal d’information et de documentation. Il demande à Roger Bourdeleau d’en accepter la direction. Après discussion, Roger quitte le secrétariat de l’UL CGT pour prendre ses fonctions à la tête du nouveau service. Un nouveau journal, Vénissieux Information, remplace le bulletin municipal que les élus rédigeaient eux-mêmes depuis 1964.

Les années soixante/soixante-dix à Vénissieux, c’est surtout la construction des Minguettes. Roger a emménagé en 1964 boulevard Ambroise-Croizat. Sous ses fenêtres passent des norias de poids lourds qui montent vers le plateau, chargés d’éléments préfabriqués pour la construction des tours. La ZUP va accaparer toutes les énergies. Il faut se battre pour les équipements, les commerces, les écoles…
Le second dossier d’importance, c’est le métro. Le projet originel était de faire sortir le métro de son tunnel à Parilly, pour le faire circuler en aérien avenue Jules-Guesde jusqu’à la gare de Vénissieux. Il faudra une longue bataille du conseil municipal et des Vénissians pour obtenir le transport en souterrain jusqu’au bout.
« Ces dossiers nous ont mobilisés pendant des années. Mes quatre mandats municipaux ont été une expérience extraordinaire ! Les rencontres avec les gens… c’est formidable. Après ma retraite, en 1984, j’ai laissé mon mandat d’adjoint à André Gerin, un gars de chez Berliet lui aussi. Et en 1985, même si nous nous y attendions, la mort de Marcel Houël a été un choc. » Pendant quatre années encore, Roger Bourdeleau restera élu municipal sous la direction du nouveau maire, André Gerin.

Cet article, signé Gilles Geley, est paru dans son intégralité le 6 mai 2015 (page 12 du n° 580 d’Expressions). Il est consultable dans la rubrique « accès aux archives » de notre site internet : www.expressions-venissieux.fr

Toute l’équipe d’Expressions adresse ses condoléances attristées à la famille de Roger, en particulier à sa fille, Sylvie, par ailleurs membre du Conseil d’administration de la régie qui édite le journal. Roger passait souvent nous voir et nous montrait ce qu’il écrivait : ses souvenirs empreints de beaucoup d’émotion, de courts romans aussi, auxquels il s’était attelé avec malice et intelligence. Ses obsèques se tiendront mardi 1er octobre à 14h30 au crématorium de Bron.

2 pensées sur “Disparition : Roger Bourdeleau, un homme de combats

  • 25 septembre 2019 à 6 h 39 min
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    Roger restera l’image du militant sincère, toujours bienveillant, critiquant à juste titre mais pondéré dans ses propos et sans jugement des personnes. Ce qui compte pour lui c’est l’idéal qu’il a toujours défendu tant dans son action syndicale que d’élu et de militant communiste. Il prenait le temps de discuter, notamment sur le marché du centre. Ses interventions dans le Progrès étaient attendues son humour et sa perspicacité plaisait. Il a écrit jusqu’à ses derniers jours relatant ses souvenirs, ses engagements. IL restera un exemple pour les vénissians, son sourire et ses paroles rassurantes étaient signe d’une grande fraternité qui manque de nos jours. Le marché du centre sera moins plaisant ce matin et les autres jours, Roger nous manquera infiniment.

  • 24 septembre 2019 à 9 h 25 min
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    toutes mes condoléances à sa famille

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