Aigle Azur : au moins 200 Vénissians sur le carreau

Au moins 200 Vénissians ont été bloqués en Algérie par l’annulation des vols Aigle Azur, le 6 septembre, sans compter les clients qui avaient acheté un billet de cette compagnie pour partir en automne. Les espoirs de remboursement sont quasi nuls.

Placée en redressement judiciaire, la compagnie aérienne Aigle Azur a suspendu toutes ses liaisons le vendredi 6 septembre au soir. « Si vous effectuez un vol retour après le 6 septembre 2019, et ce quel que soit l’aéroport de départ, ce vol est annulé. Vous serez contraint d’acquérir un autre billet retour », explique le site Internet de la compagnie. Le 9 septembre, le secrétaire d’Etat aux transports comptabilisait 13.000 personnes bloquées sans vol retour, dont 11.000 en Algérie.

Zéro place avant le 30 septembre

« Depuis, il y a eu quelques retours, par d’autres compagnies ou par bateau, mais c’est une toute petite minorité », explique-t-on à l’agence de voyages de Vénissy, avenue Jean-Cagne. Le responsable d’agence estime que « près de 200 » de ses clients font partie des voyageurs coincés en Algérie. « Plusieurs compagnies ont augmenté leurs rotations, comme Air France, Air Algérie, Transavia ou Vueling, mais ça ne suffit pas à ramener tout le monde et c’est plus cher », observe Sarah, agent de voyage. À notre demande, elle fait une recherche de billet Alger-Lyon : « aucune place disponible avant le 30 septembre, sauf en Business Class, à 500 euros par personne »

« Un vrai piège ! »

Patiente mais impuissante, Sarah passe ses journées à recevoir des clients mécontents. Tel ce retraité, venu aux nouvelles. « Pour avoir des billets moins chers, mon fils et sa famille devaient revenir le 9 septembre. Déjà, mon petit-fils aurait fait sa rentrée une semaine après les autres. Là, il va entrer à l’école avec plus d’un mois de retard ! Même si c’est en Maternelle, ça ne fait pas très sérieux. Le pire, c’est pour le père, qui devait reprendre le travail le 16 mais qui va rentrer Dieu sait quand. C’est un vrai piège, cette affaire ! »

Coincés… en France

Les clients coincés à l’étranger ne sont pas le seul souci des voyagistes, il faut aussi gérer ceux qui sont bloqués… en France ! Les vols pour partir avec Aigle Azur cet automne sont annulés, eux aussi. Sarah donne l’exemple de ce couple avec deux enfants et un bébé. « L’aller était prévu pour le 18 octobre et le retour le 3 novembre, pour 1.057 euros. S’ils veulent vraiment partir aux mêmes dates, il reste des places avec Air Algérie, mais ça leur coûtera 1.580 euros supplémentaires ».

Rentrés à temps

À l’agence Djemila Voyages, rue Gambetta, la situation est plus calme : seulement 3 réclamations. « Comme nous étions fermés en août, nous n’avons pas vendu de billets pour septembre, et tous nos clients partis cet été sont rentrés avant le 7 septembre, Dieu merci ! » Même sérénité Chez AMB Travel, rue Paul-Bert. « Nous sommes spécialisés dans les séjours et les pèlerinages, explique Karima, nous vendons très peu de vols secs. Nous n’avons eu qu’un seul client qui avait pris un billet sur Aigle Azur pour septembre. Il a été remboursé intégralement car nous avons fait les démarches avant que la compagnie ne soit clouée au sol ».

Peu d’espoir de remboursement…

Une exception. En effet, « la situation financière de la société ne permet pas de garantir un dédommagement », indique le site d’Aigle Azur. Qui invite ses clients à « déclarer leur créance auprès des mandataires judiciaires ». Concrètement, il s’agit de remplir un formulaire en ligne pour signaler les sommes perdues. Avec peu d’espoir de les récupérer un jour : en cas de liquidation judiciaire, les clients sont les derniers sur la liste des indemnisés par l’administrateur judiciaire. Les créanciers privilégiés sont les salariés de l’entreprise, les organismes sociaux et fiscaux, pas les voyageurs. « À ma connaissance, aucun usager n’a jamais été indemnisé grâce à une procédure de signalement de créance », déplore Anne-Sophie Trcera, juriste à la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), citée par le magazine 60 millions de consommateurs.

… sauf en cas de voyage « à forfait »

Certains voyageurs sont mieux protégés. Il s’agit de ceux qui ont acheté un voyage « à forfait » dans une agence de voyages (physique ou en ligne), c’est-à-dire un contrat combinant le vol avec au moins un autre service, comme des nuits d’hôtel ou une location de véhicule. Dans ce cas, les chances de revoir son argent sont quasiment garanties, car l’interlocuteur est l’agence de voyages : « En cas de faillite d’une compagnie aérienne, nous sommes dans l’obligation de trouver une prestation de remplacement ou d’opérer un remboursement », explique Salima, de Carrefour Voyages. Justement spécialisée dans les voyages organisés, l’agence vénissiane n’a eu qu’un seul client sur le carreau. « Pas de chance, il est de ma famille ! », sourit Salima.

Un fond de garantie

« Ce n’est pas la première fois que ce genre d’incident arrive, constate Sophia, sa collègue de Carrefour Voyages. Peu de temps avant Aigle Azur, Wow Air et Germania ont fait faillite, et à chaque fois leurs passagers sont laissés quasiment sans recours. C’est pour ça que certains acteurs du secteur proposent qu’un fond de garantie soit créé pour indemniser les acheteurs de billets secs ». En attendant, on souhaite bonne chance et beaucoup de patience aux Vénissians qui ont expérimenté les deux significations du mot « vol »

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