Lettres perdues rendues à la vie

Jusqu’au 6 juillet, l’espace Madeleine-Lambert reçoit la plasticienne Adrianna Wallis pour « Les lettres ordinaires (les liseurs) ». Une exposition/performance où il sera question de courriers perdus et de souffrances inavouées.

Après ses études à l’école des Beaux-Arts de Barcelone, Adrianna Wallis a habité pendant dix ans près de la Poste centrale, « un lieu impressionnant où les gens faisaient la queue pendant des heures ». La jeune artiste, qui vit aujourd’hui dans le Vercors, poursuit : « Les employés étaient tellement lents que, pour récupérer un colis, on pensait qu’ils étaient partis le chercher dans l’espace. » Elle avoue sa « forte fascination » pour la Poste et son « côté magique » : « On jette un papier dans une boîte aux lettres et il arrive à son destinataire. »

En 2012, Adrianna fabrique une enveloppe en porcelaine, la timbre et la poste à un ami. « En la jetant dans la boîte aux lettres, j’ai entendu l’enveloppe se fracasser. Quinze jours après, j’avais un coup de fil de l’ami : le facteur avait scotché l’enveloppe, mise sous plastique et acheminée. C’était une piste d’amorce. »

Quand Adrianna demande où vont les lettres perdues, on lui donne le nom de Libourne, une commune proche de Bordeaux. « C’est là où sont centralisées les lettres écrites au Père Noël, en provenance de 140 pays. » Adrianna entre en contact avec le directeur et obtient la permission de récupérer les missives perdues, « manuscrites, avec des histoires de famille, stockées dans la salle L.O., celle des lettres ordinaires ». L’exposition, la première de ce projet, précise-t-elle, donnera de l’attention et du respect à ces lettres.

Adrianna a décidé de faire lire ces textes à des « liseurs » au cours de performances qui s’échelonneront jusqu’à la clôture de la manifestation. Pour cela, une estrade arrondie avec des marches a été construite au fond de l’espace Madeleine-Lambert, sur laquelle s’installeront les lecteurs et leur auditoire. « 35 personnes sont déjà inscrites et on peut encore le faire. Elles vont lire des mots que personne n’a jamais lus, vont s’en imprégner comme si elles en étaient le destinataire. Ces lettres, c’est comme si l’on se retrouvait dans les coulisses de la vie. »

Séparations, déchirements familiaux, choses qu’on n’a jamais pu dire de vive voix, qu’on a écrites et adressées à de fausses adresses, tous ces courriers sont vraiment troublants. Adrianna a sélectionné une dizaine de ces enveloppes aux adresses imaginaires. La plus fréquente est curieusement adressée à un monsieur ou madame Faunom, place de la Famille, 75000 Bordeaux. Parfois, corrigée par les facteurs en 33000.

L’expo permettra aussi de découvrir une vidéo tournée à Libourne par Adrianna : les postiers lisent des lettres et y répondent, inscrivant leurs propres émotions dans ces phrases improvisées.

Pour s’inscrire comme « liseur », contacter l’espace arts plastiques : 04 72 50 89 10 – artsplastiques@ville-venissieux.fr

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