Budget 2019 : entre réalités et priorités

Le budget 2019 est le premier élaboré sous les nouvelles contraintes fixées par l’État, qui encadrent sévèrement la progression des dépenses de fonctionnement. Il a été approuvé lundi soir par le conseil municipal.

1,46 %. Pas un centième de plus. Après négociation, c’est la limite imposée par l’État à la progression annuelle des dépenses de fonctionnement de la Ville de Vénissieux. Sans tenir compte de l’inflation ! Quiconque gère un budget, petit ou gros, mesurera la difficulté. Surtout que cette nouvelle contrainte dite de « contractualisation » — les communes n’avaient en réalité guère le choix, sous peine malus — s’ajoute à plusieurs années d’austérité pour les caisses des collectivités locales.
Le budget 2019 était le principal rapport à l’ordre du jour du conseil municipal, lundi 4 février. « Si nous n’avions pas signé ce contrat avec l’État, a rappelé Michèle Picard, les sanctions se seraient élevées à 1,5 million d’euros sur la période 2019-2021. Un scénario catastrophe pour les services que les Vénissians attendent de nous, et pour nos capacités d’investissement également. C’est ce principe de réalité que le budget 2019 intègre. »

Un principe qui se traduit par une poursuite des efforts de gestion engagés depuis quelques années. Les frais de fonctionnement de la Ville hors salaires sont contenus. Les subventions aux associations, après deux années de baisse, restent stables également. Le poids des charges financières recule de près de 19 % (- 300 000 euros), en lien avec la trajectoire de désendettement de la commune. Et les charges de personnels, de loin le premier poste budgétaire, ne progressent « que » de 1,46 %. Résultat : des dépenses de fonctionnement évaluées à 92 290 700 euros, soit 0,6 % de plus que l’an dernier.

Le niveau d’investissement prévu, même s’il marque un recul (-7,4 %), reste à un niveau élevé : près de 20 millions d’euros. Parmi les principales enveloppes, citons la reconfiguration de la Maison des services publics de Vénissy (1,6 million d’euros).

Niveau d’imposition : 19e sur 59 dans l’agglo

Côté recettes, la Ville a prévu une progression de 1,5 % pour un montant global de 102 541 161 euros. Et ce malgré des taux d’imposition inchangés depuis 2016. Comment la Ville peut-elle gagner davantage alors que ses impôts locaux sont gelés ? Bayrem Braïki, l’adjoint aux finances, s’est employé à l’expliquer avec force graphiques : si les contributions directes vont rapporter 33,7 millions d’euros en 2019, soit presque un tiers des recettes, cela s’explique d’abord par une revalorisation annuelle (+2,2 %) des valeurs locatives fixées par l’État. « On présente souvent Vénissieux comme une ville où l’on paye beaucoup d’impôts, ajoutait M. Braïki. Mais c’est faux. Si l’on tient compte à la fois du niveau des taxes et de celui des valeurs locatives, on obtient une cotisation moyenne de taxe d’habitation de 636 euros contre 724 euros pour l’ensemble des villes de l’agglomération. Cela nous met à la 19e place sur 59 dans l’ordre croissant. »
L’autre grosse source de recettes, à savoir les dotations et subventions versées par l’État, est en hausse de 1,7 % pour s’établir à quelque 29,5 millions d’euros. Mais c’est uniquement la Dotation de solidarité urbaine (DSU) qui progresse (+ 5 %). Or la DSU est attribuée sur des critères sociaux : son augmentation montre que la population est confrontée à des difficultés économiques grandissantes. Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Michèle Picard n’a du reste pas caché que l’avenir pourrait conduire à des choix plus douloureux. « Malgré l’obtention d’un taux de progression des dépenses de 1,46 %, le sens des réalités nous appelle à poursuivre nos efforts. Car l’urgence sociale est telle que nous savons déjà que ce pourcentage sera insuffisant à partir de 2020. »

Ils ont dit…

Le budget 2019 a été adopté à la majorité. L’opposition a voté contre, à l’exception de trois élus qui se sont abstenus : Saliha Mertani (Modem), Nacer Djaidja et Hidaya Said (société civile).

Pierre-Alain Millet, groupe communiste (majorité)
« Ce budget est un budget d’action contre l’injustice fiscale et sociale et nous en sommes fiers, d’autant que nous tenons cet objectif avec une rigueur qui en fait un budget exemplaire du point de vue financier. Nous continuons à réduire la dette par habitant, tout en maintenant l’investissement au niveau de notre plan de mandat. »

Damien Monchau, groupe Rassemblement national (opposition)

« Une gestion responsable impliquerait de tout mettre en œuvre pour attirer à Vénissieux les ménages de la classe moyenne, par définition en capacité de payer l’impôt. Ce qui bien sûr vous obligerait à lutter contre le communautarisme et l’insécurité qui sévissent dans notre ville. Ce dont je vous pense incapable. »

Christophe Girard, groupe « Pour la victoire du bon sens » (opposition)

« Le budget que vous nous présentez ce soir confirme votre incapacité à vous remettre en cause et à tenir compte, dans un esprit démocratique, des avis des uns et des autres. Notre groupe votera contre car nous sommes globalement contre votre gestion, mais n’allez pas dire que nous votons contre tel ou tel événement. »

Maurice Iacovella, groupe « UDI Vénissieux Autrement » (opposition)

« Nous saluons de nouveau votre décision de geler les taux de fiscalité locale. Toutefois, les investissements pour 2019 seraient en recul de l’ordre de 7,5 %. Ces retards seront tôt ou tard préjudiciables au développement de notre ville. Il y a trop d’incohérences et de lacunes dans ce budget, nous voterons contre. »

Lotfi Ben Khelifa, groupe socialiste « Ensemble pour Vénissieux » (opposition)
« Que retenir de ce budget primitif ? C’est un investissement en chute libre, un budget de fonctionnement qui augmente et des dotations qui ne baissent pas. Les élus municipaux de la majorité se sont abstenus lors du vote du budget de la Métropole. Nos élus sauront, eux, prendre leurs responsabilités. Nous voterons contre ce budget. »

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