Seuil #2 : vendredi 12 octobre, l’entrée nord de la ville à vélo

En résidence artistique à Vénissieux, la plasticienne Claire Georgina Daudin poursuit son investigation des seuils vénissians. Cette fois, avec Rodrigue Yao Ogoubi, président de l’association Janus-France, basée à Vénissieux, qui encourage la pratique du vélo.

Nous enfourchons nos vélos et partons vers le Nord, l’entrée de la ville. Le boulevard s’avance, rectiligne, s’étire vers l’horizon. La piste cyclable borde une large route ; le tram nous accompagne ; autour de nous, s’étend le vaste panorama ouvert des anciens champs, où poussent à présent des tas de terre retournée et des poteaux de béton préfigurant les futures installations commerciales. Nous filons tout droit, dans la douce lumière déclinante de cette fin de journée. Et là, le pont surgit face à nous, barrant notre chemin : nous nous engouffrons sous son ventre ; obscurité, fracas du trafic : le périph est au-dessus de nous. Nous débouchons vers la lumière, j’aperçois les herbes sauvages qui poussent en prairie sur le talus et qui inclinent mollement leur gracieuses tiges — mais soudain une voie courbe arrive vers nous : une voiture débarque à toute vitesse et menace le fragile engin sans protection qui est le mien. La laisser passer, s’élancer à mon tour, vite, franchir cette artère. Je me mets en sécurité un peu plus loin, reprends le temps et mes repères, observant la situation derrière moi. C’est le Trèfle, ce formidable outil de régulation des circulations Est-Ouest et Nord-Sud, moyen de transition entre le flux rapide du périph et le boulevard assurant l’arrivée ou le départ de Vénissieux. Les véhicules décrivent un cercle pour quitter l’axe aérien et rejoindre la terre, la ville. Durant ce bref moment de circonvolution, ils doivent adopter une toute autre allure, qui signifie une toute autre position : celle qui s’adapte à un trajet de centre-ville, en partage avec les autres usagers, les transports en communs, les individus ouverts au ciel comme les piétons ou les cyclistes. Il faut le franchir pour poursuivre sa route vers le centre de la métropole — deux simples cédez-le-passage, à peine un ralentissement sur le circuit. Pourtant, il appuie de tout son poids sur l’espace.

Le corps ici se frotte à un paysage démesuré. La portion qui relie l’axe rapide et la zone urbaine est si restreinte qu’on est presque en contact avec le trafic du périph. Tous se croisent, s’échangent ; les moyens de pratiquer cet espace se cumulent, dans un bouquet de propositions qui ne colle pas encore avec l’envergure de l’équipement.
 J’ai repris mon souffle appuyée à un panneau gigantesque indiquant les directions, dont chaque lettre était plus grande que ma main ouverte.

Texte et photo de Claire Georgina Daudin

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