Pour les Journées du Patrimoine, Vénissieux met les petits plats dans les grands

En amont des travaux effectués au Puisoz, des fouilles archéologiques ont mis au jour des milliers d’objets de la vie quotidienne provenant d’un dépotoir utilisé entre 1850 et 1927. En parallèle avec plusieurs animations ludiques, certains sont exposés à partir du 15 septembre à la médiathèque Lucie-Aubrac, dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine.

La fouille menée au Puisoz en 2015, sur une emprise de 7371 m2, a permis de mettre au jour 30 000 tessons de poteries, porcelaines, faïences fines et grès et plus de 3000 fragments d’objets en verre.

Tout commence par un projet de l’aménageur Lionheart sur le site du Puisoz et les prochaines constructions des magasins Ikea et Leroy Merlin. Un diagnostic est alors effectué en amont, en 2014, sur une parcelle de 20 hectares, à la demande du Service régional de l’archéologie. “Il a permis, explique Stéphane Brouillaud, de mettre en évidence un fossé monumental de 20 m de large qui a été suivi sur plus de 300 m, le long du boulevard périphérique. Les collègues sont tombés sur un énorme dépotoir empli de vaisselle contemporaine.”

Avec le céramologue Alban Horry, ce spécialiste du verre — tous deux travaillent à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) —, a donc mené en 2015 la fouille sur une emprise de 7371 m2, qui a permis de mettre au jour 30 000 tessons de poteries, porcelaines, faïences fines et grès et plus de 3000 fragments d’objets en verre. À la suite du diagnostic, une fouille est prescrite qui, remarque Stéphane Brouillaud, “a été la première en Auvergne-Rhône-Alpes à s’occuper de mobiliers provenant d’une époque contemporaine.”

L’archéologie contemporaine, précise Christel Fraisse, chargée du développement culturel et de la communication à l’Inrap, tire sa source des vestiges de la Grande Guerre fouillés dans le nord de la France. Et, quelques mois après la fouille du Puisoz, des trouvailles similaires à Marseille et Dijon font que la période contemporaine est progressivement prise en compte par les archéologues.

“Au Puisoz, reprend Stéphane Brouillaud, nous sommes en présence du fossé défensif du second système de fortifications de Lyon. Il est baptisé du nom du général français qui l’a créé, Séré de Rivières, au lendemain de la guerre de 1870-71, à la demande du président Thiers, persuadé que les Prussiens allaient attaquer à nouveau la France. Les forts militaires sont à moitié enterrés (Bron, Feyzin, Vancia, Bruissin…), détachés de l’enceinte, et un rempart en béton de 6 m de haut est bordé d’un grand fossé. Le système n’a jamais servi et, au début du XXe siècle, une polémique survient. Vénissieux se plaint d’être coupée par ce rempart. Le projet d’un boulevard périphérique naît alors pour désenclaver les villes et améliorer les flux commerciaux. Laurent Bonnevay, le président du Conseil général, et Édouard Herriot, le maire de Lyon, ont l’idée de raser l’enceinte pour y installer ce boulevard sur son tracé. Il faudra plusieurs décennies pour que le projet aboutisse.”

Quoi qu’il en soit, le fossé doit être comblé et il est utilisé comme dépotoir de 1927 à 1930, début de la construction du périphérique qui sera interrompue par la Seconde Guerre mondiale. “On trouve donc dans ce fossé du mobilier des années 1850 à 1927. La particularité est qu’il n’y a quasiment que de la poterie, du verre, un peu de vaisselle émaillée et beaucoup de coquilles d’huîtres. Aucune matière organique, pas de bois et presque pas de terre.”

Les débuts du tri sélectif

Stéphane se plonge alors dans les archives et retrouve l’arrêté du préfet Poubelle de 1886. “Quel étonnement de tomber sur l’article 6 ! Les Parisiens ne devaient plus jeter de fragments de poterie, de verre et d’huîtres dans les mêmes poubelles ! À partir de 1900, Herriot, qui est proche des hygiénistes lyonnais, s’inspire du même texte et les dépotoirs sont triés !”

L’archéologue se passionne pour tout ce qu’il exhume au Puisoz. “Je suis Lyonnais et j’ai découvert une histoire lyonnaise que j’ignorais : celle du parfum est complètement oubliée. Celle de la soixantaine de brasseries qui existaient alors l’est aussi. Nous avons retrouvé de nombreuses bouteilles marquées aux noms des brasseurs, beaucoup à consonance alsacienne. Ils avaient fui l’annexion de 1871 et étaient venus à Lyon.”

Stéphane détaille ici un pyrogène, “typique de cette époque”, là une opaline, “très à la mode”, des verres bigarrés dus au grand maître verrier de l’Art nouveau François Théodore Legras, des ouralines, “verres uranifères pouvant devenir phosphorescents et qui ont cessé d’être produits après les découvertes de Becquerel et des Curie” ou des pots de crème Simon, fabriquée par un pharmacien lyonnais. S’y ajoutent de nombreux pots de moutarde en faïence fine, pots de confiture marqués Félix Potin, un dessous-de-plat, lui aussi en faïence, représentant le château de Pau, des pichets en grès de la brasserie Georges ainsi que de nombreuses bouteilles du même restaurateur.

“J’ai découvert aussi sur des bouteilles de bière un hexagramme, une étoile à six branches, qui était l’étoile des brasseurs. Un signe prophylactique qui remonte au XVe siècle. Ou des bouteilles de Coca Mariani, une boisson créée en Corse par Joseph Mariani faite de vin de Bordeaux dans lequel macéraient des feuilles de coca. Les Américains ont racheté la marque.”

Ces objets du quotidien ont un caractère émouvant. “Ils sont très humanisants pour le public et nous parlent de nos grands-parents ou arrière-grands-parents.”
Et, puisque la gastronomie est le thème des prochaines Journées européennes du Patrimoine, la médiathèque Lucie-Aubrac a demandé aux archéologues de réunir plusieurs objets qui seront montrés et commentés le 15 septembre, de 14h30 à 17h30, par Alban Horry et Stéphane Brouillaud.

Exposition “1700 m3 d’histoire à Vénissieux – Quand l’archéologie dévoile la gastronomie lyonnaise des Années folles” du 15 septembre au 20 octobre à la médiathèque Lucie-Aubrac.
Le 15 septembre, entre 14h30 et 17h30, visite guidée avec Alban Horry et Stéphane Brouillaud, et nombreux ateliers en lien avec l’archéologie.
Renseignements : 04 72 21 45 54.

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