Le Drich’ : éclaboussures d’art

Parlons d’abord de cet atelier, situé dans le quartier du Centre : un ancien garage que se partagent deux amis, tous deux peintres. D’un côté, des images religieuses, des représentations de la Vierge. De l’autre, des grandes surfaces abstraites, très colorées, qui sont signées Le Drich’. Séparant les deux, un cercueil ouvert. Tous deux, expliquent-ils, ont travaillé dans les pompes funèbres.

Le Drich’ a de qui tenir : Adrien Clère (son vrai nom) a toujours vu peindre sa mère. Laquelle travaille à la mairie de Vénissieux. “J’étais plongé malgré moi dans un monde de peintures. Au collège, j’ai découvert réellement ce que c’était.” Adrien se met à peindre les manches de fourchettes dont il tord les dents afin de les faire tenir debout. Le résultat est assez bluffant ! “C’était comme des aliens, s’amuse-t-il aujourd’hui. C’est avec elles que j’ai commencé à comprendre les questions de peinture, de texture, de séchage. Ensuite, j’ai varié les supports, essayant tour à tour des panneaux, des miroirs, des lames de scie…”

L’an dernier, il se décide enfin à montrer son travail et obtient des critiques positives. “Le monde artistique n’est pas mon milieu et c’est difficile d’y entrer sans réseau.”
Il obtient finalement une place parmi les artistes de la galerie virtuelle Day2Day. Participe à différentes expos — dont une à La Grande-Motte —, en cherche d’autres. Autodidacte avoué, il a néanmoins suivi des cours de pratique artistique puisqu’il a obtenu à Volvic un CAP de tailleur de pierre, puis s’est inscrit en arts appliqués. Grand voyageur, c’est à l’étranger qu’il découvre d’autres formes. Ainsi en est-il des arts traditionnels du Népal, pays qu’il a exploré avec passion. Une façon de “trouver l’inspiration loin”. Puis, après une pause : “Impossible de rester ici !” Et déjà, dans sa tête, un désir est né pour une autre destination.

“Dans la famille, on aime les couleurs, note-t-il. Dans mon travail, l’abstrait a pris le dessus. Le figuratif n’est pas pour moi. Quand je démarre une peinture, je n’aime pas réfléchir à l’avance. Mon cerveau a beau être en ébullition, c’est comme si il était sur “off”. Je retranscris mes émotions sur la toile. D’abord un premier jet, puis je m’adapte, je joue avec les vides, les pleins et les matières : l’acrylique, la résine, la bombe de peinture, etc. Je suis constamment à la recherche de nouvelles techniques. Je laisse une part au hasard et procède par phases expérimentales. J’aime aussi beaucoup les éclaboussures. Je ne travaille jamais avec des pinceaux. Je préfère les mains et toutes sortes d’outils. Mon travail n’est pas traditionnel, j’aime ce qui sort du moule. Dans notre société, on ne se lâche pas assez !”

Et ce pseudo de Le Drich’, alors, d’où vient-il ? “Une amie m’a baptisé Drichou, puis tout le monde s’est mis à m’appeler Drich’. J’ai gardé ce surnom !”

Le sens de l’humeur

Quand il n’écrit pas des textes de rap (une autre de ses passions), Adrien peint. “En ce moment, j’ai attaqué un triptyque. J’aime beaucoup ce qui est fait à la Demeure du Chaos. C’est un peu dans le même esprit. Je retravaille aussi pas mal mes anciennes toiles, les recouvre parfois de vernis phosphorescent. Je me sers également de mon environnement urbain : on reconnaît des plaques de rue, des numéros, des morceaux de métal ramenés de Cuba, d’autres de Tenerife.”

Ses toiles dépendent de l’humeur dans laquelle il les crée. Celles qui sont chargées reflètent un état d’esprit sombre. “Quand je suis joyeux, mes tableaux sont plus légers, épurés, j’ai l’esprit plus libre.”

Adrien a beau donner à ses œuvres des titres explicites — “Luna de Masca”, “6, rue du Sacrifice”, “Embryon”, “Fusion” 1, 2 et 3, “Abyme des pensées”, “Synapse”, “223, rue du Chaos”, “Pluie acide”… —, il n’aime pas imposer une image à celui qui regarde son travail. “Je voudrais que le spectateur se laisse aller.”

www.day2daygallery.fr

26 octobre, expo personnelle à l’Espace Paul-Ricard (20, place Louis-Pradel, Lyon 1er) à partir de 18 heures. Vernissage à 19 heures.

Du 27 octobre au 3 novembre, expo collective à l’Espace Berthelot (14, avenue Berthelot, Lyon 7e). Vernissage le 27 octobre, entre 18 et 21 heures.

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