Jardin de l’Envol, retour à la terre

La garden-party de l’Élysée, le 14 juillet, c’est has been, début juillet, the place to be et the date to save, comme dirait Jupiter, c’est le pique-nique annuel du jardin de l’Envol, à Vénissieux.

Rendez-vous de la permaculture populaire, du potager participatif et du binage citoyen, la 13ème édition du pique-nique du jardin de l’Envol à Vénissieux tombait le 11 juillet. Ses maraîchers amateurs recevaient leurs partenaires institutionnels et associatifs dans cet étonnant refuge de 3.000 m2, au flanc sud des Minguettes, consacré à l’insertion par le jardinage.

Dès l’entrée par la rue de la Démocratie, le sentier d’accès longe, d’un côté, un talus abritant des terriers d’abeilles sauvages et, de l’autre, un figuier magnifique surplombant une espèce de friche bosselée. Aie, grossière erreur de citadin inculte, il s’agit en fait d’un espace consacré à la permaculture en butte, le Mandala.

Une friche ? Non, le Mandala de Patricia !

Autour d’un olivier central, six mottes en demi-lune accueillent des plantations étagées selon leur nature. Patricia, jardinière ici depuis 2004, explique le principe de cette drôle de plantation. « Au pied de chaque butte, on met les légumes-racines, tels qu’oignons, navets, betteraves, que l’on récolte en les déterrant. Au deuxième niveau, les légumes-feuilles, choux, salade… Et au sommet, les légumes-fruits, à tiges, genre tomates, piments, poivrons, blettes, aubergines, dont on n’arrache pas les racines en fin de saison, car elles participent au compost de la butte, elle-même constituée de terre, de bois décomposé, de paille ». On découvre aussi que les légumes sont disposées en fonction de la meilleure exposition au soleil : au sud les plantes-fruits (poivrons, tomates…), au nord les salades, céleris-branche, blettes…

Plus loin, le potager paraît plus classique, avec ses serres, ses rangées tirées au cordeau, ses ruches, ses arbres fruitiers et son poulailler tout juste retapé (par des étudiants de Bioforce). L’Envol, « jardin collectif d’insertion sociale » accueille une vingtaine de Vénissians, heureux et fiers de faire pousser ensemble leurs légumes et leurs projets de vie. Chaque année, plus de 600 personnes y sont accueillies, associations, écoliers et habitants, et des partenariats féconds s’y nouent, notamment avec l’Institut Médico-Éducatif, les groupes scolaires, le SESSAD (service d’éducation spéciale et de soins à domicile), l’ADAPEI…

Jardin nourricier avant tout, l’Envol produit chaque année près de deux tonnes de fruits et légumes, une récolte mise en commun et partagée chaque vendredi de la belle saison. Ses membres sont des personnes isolées, qui vivent chez elles ou en foyer, et que cette activité aide à se reconstruire autour d’un projet collectif, trois matinées par semaine. « Chacun amène ses compétences, explique Silvie Minot, animatrice du lieu. On décide de tout ensemble, du plan de culture à la récolte, en passant par les semis, l’entretien, l’arrosage… Je rends hommage aux élus de Vénissieux, qui ont pensé qu’un jardin partagé au cœur de la ville pouvait être un bon support d’animation et d’insertion sociale et qui soutiennent cette action vaille que vaille ». On ne peut pas en dire autant de la Région Auvergne Rhône-Alpes, dont le président communique beaucoup sur l’agriculture de proximité, mais à coupé les vivres à l’association Le Passe-Jardin, qui gère le jardin de l’Envol.

À l’inverse, la Ville de Vénissieux consacre près de 40.000 euros par an pour le fonctionnement du jardin. « Un choix politique fort dans un contexte de plus en plus difficile pour les collectivités », rappelle le maire de Vénissieux, Michèle Picard. « Outil d’éducation à l’environnement et à la nutrition grâce aux pratiques éco-responsables, le jardin de l’Envol est avant tout un espace de partage où les passions et les savoirs se transmettent, un lieu unique d’échanges et de soutien où se côtoient toutes les générations, en même temps qu’un espace d’insertion, de citoyenneté et de renforcement du lien social. Pour toutes ces raisons, le jardin de l’Envol est un acteur pivot du territoire ».

Les discours, ça donne faim. Ça tombe bien, la production du jardin, en salade ou cuisinée, était là pour satisfaire l’appétit des convives. Comme dirait Engels, la preuve du lien social, c’est qu’on le mange !

Jardin de l’envol

Une pensée sur “Jardin de l’Envol, retour à la terre

  • 13 juillet 2018 à 8 h 25 min
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    Très belle initiative qui préserve des espaces de nature cultivés dans la ville à proximité des immeubles, avec le réchauffement climatique les espaces verts sont nécessaires pour maintenir un peu de fraîcheur et d’oxygène entre béton et circulation, tout en créant du lien social entre les habitants. Les jardins partagés vont se multiplier dans les villes où l’on étouffe! les urbanistes développent des toits et murs végétalisés, une nouvelle manière de concevoir les villes avec des espaces natures entre les immeubles (voir le travail de l’architecte Luc Schuiten qui projette la ville à 100 ans -dont le quartier de la Part Dieu-) le jardin de l’Envol montre que vivre mieux en ville est possible.

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