Navya, 100 navettes et sans complexe

Pour son quatrième anniversaire, Navya a présenté sa 100e navette, sortie le 5 juin de son usine de Vénissieux. Le pionnier mondial du véhicule 100 % autonome voit grand et veut se donner les moyens de ses ambitions.

Créée en 2014 par Christophe Sapet, Navya a été la première société au monde à mettre en service et à vendre des véhicules 100 % autonomes, sans conducteur à bord ou à distance. L’entreprise conçoit et fabrique elle-même une gamme de deux véhicules. Première-née, la navette Autonom Shuttle, lancée en septembre 2015. Au 31 mars dernier, Navya en avait vendu 67 dans 16 pays, notamment aux États-Unis, en France (à Lyon, ce sont les Navly qui circulent à Confluence), en Allemagne, en Suisse, au Japon et en Australie et le carnet de commandes se remplit chaque mois.

Le second véhicule est le spectaculaire « robot-taxi » Autonom Cab, présenté en novembre 2017 à Paris. Les premiers essais routiers en conditions réelles vont démarrer à l’automne avec 15 prototypes, répartis entre Lyon, Perth en Australie et Las Vegas. Là aussi, il s’agira d’une première mondiale : le premier taxi sans conducteur lancé dans le trafic urbain, dont la course suivra le trajet choisi par le client via une appli sur smartphone. À Lyon, dans un premier temps, ces taxis du futur relieront Perrache au quartier Confluence, insérés dans la circulation et communiquant avec les feux tricolores !

L’Autonom Cab, le taxi-robot de Navya, bientôt expérimenté à Lyon.

Écrire l’histoire de l’automobile

Navya a fêté son quatrième anniversaire, le 5 juin, en invitant la presse spécialisée sur son site de production à Vénissieux. L’occasion de découvrir la 100e Autonom Shuttle produite, et ses petites soeurs en cours d’assemblage ! Née à Brignais, l’entreprise avait quitté en juillet 2017 des locaux devenus trop exigus, succès oblige, pour le parc d’activités de l’Arsenal, plus modulable et mieux desservi. Le siège social est resté à Villeurbanne et ses équipes de recherche et développement à Paris, mais c’est rue André-Sentuc que se trouvent les 90 salariés des équipes de design et de production (dont une dizaine de Vénissians). « Nous avions aussi la volonté d’être au cœur d’un territoire où s’est écrit et continue de s’écrire l’histoire de l’automobile, avec Berliet puis Renault Trucks, confiait Christophe Sapet lors de la conférence de presse, un territoire qui accueille d’autres pionniers de l’industrie de l’avenir, tel que BoostHEAT. »

400 véhicules par an en 2019

L’installation à Vénissieux dans un bâtiment de 4 000 m2 a permis à Navya de changer d’échelle. « Venir à Vénissieux nous a fait franchir un cap, et nous permet d’anticiper les suivants, explique Liyès Haddad, le jeune directeur des opérations industrielles, passé par Iveco à Annonay. Nous sortons actuellement trois véhicules par semaine, mais nous passerons à un par jour d’ici la fin de l’année, puis à 400 par an fin 2019 ! » L’extension du site de Vénissieux est déjà envisagée, mais pour l’heure la hausse de la production à court terme sera rendue possible par la création d’une deuxième équipe de 25 monteurs.

Liyès Haddad, directeur des opérations industrielles de Navya, est responsable de l’usine de Vénissieux

C’est dans un immense espace lumineux, propre, calme et très sécurisé que les ouvriers assemblent chaque véhicule, en sept étapes. Les composants proviennent quasiment tous de fabricants français, et même régionaux, le reste est importé d’Allemagne (motorisation) ou des États-Unis (capteurs). Aucune soudure, aucune peinture, ici, mais des câblages complexes dans un véhicule à très haute technicité, bardé d’informatique embarquée et de « lidars » (radars lasers), et équipé d’un système de localisation précis à l’échelle du centimètre !

S’appuyant sur l’évolution des mentalités, de la réglementation et de la connectivité du mobilier urbain, Christophe Sapet veut maintenir l’avance actuelle de Navya dans le secteur, et consolider ses 40 % de parts de marché. Avec un parc mondial estimé à 34 000 navettes et 2 millions de robot-taxis en 2025, les perspectives de développement sont immenses.

Prochaine étape, la Bourse de Paris

Détenu à un peu plus de 50 % par le fonds Robolution, Navya compte aussi à son capital des partenaires comme Valeo et Keolis (15 % chacun), ainsi que Gravitation (Charles Beigbeder) et Cap Decisif Management (Région Ile-de-France), pour près de 5 % chacun. Navya a annoncé le 6 juin avoir lancé les démarches auprès de l’Autorité des marchés financiers en vue d’une introduction sur le marché Euronext à Paris. « Nous voulons lever des fonds pour renforcer nos investissements dans la recherche et le développement ainsi que dans le marketing » explique la direction de Navya, qui estime qu’une introduction en Bourse permettrait de renforcer la visibilité de la société à l’international, notamment aux États-Unis et en Chine.

Selon les prévisions, 2 millions de taxis-robots circuleront dans le monde en 2025. Navya veut conserver ses 40% de part de marché actuels.

Photos © Raphaël Bert – Expressions

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