Hélène-Boucher au Théâtre de Vénissieux : banlieusards et fiers de l’être

Par : Jean-Charles Lemeunier

La salle du Théâtre de Vénissieux est acquise, certes, ce 29 mars, puisque ce sont des parents d’élèves qui la remplissent et leurs enfants, scolarisés en 1re Hôtellerie au lycée Hélène-Boucher, qui sont sur scène. Néanmoins, les longs applaudissements qui suivent la représentation sont amplement mérités.

Pour la deuxième année consécutive, les lycéens suivent un projet avec le Théâtre de Vénissieux et deux comédiens de la compagnie La Douce, Marianne Pommier et Carl Miclet. Un projet soutenu par la Région, la DRAC, le Rectorat et la Ville. Sous l’œil attentif de leurs enseignants, Catherine Pointreau et Nicolas Guerrero — qui, à la fin du spectacle eurent droit à de véritables déclarations d’amour de la part de leurs élèves —, les jeunes se sont donnés à fond.

 

“Au mois de décembre, explique Émilienne Jolly (qui, au théâtre, est responsable des relations avec les publics et de l’action culturelle), les élèves ont rencontré les deux comédiens pour faire une première séance de pratique théâtrale et fixer ensemble les thématiques des textes travaillés ensuite durant le stage de trois jours organisé les 27, 28 et 29 mars au Théâtre de Vénissieux, au cours duquel ils ont pu répéter sur la scène. À partir du spectacle “À vif” de Kery James, présenté au théâtre le 2 février, et de la question posée aux élèves , “Qu’est-ce qui vous révolte ?”, les comédiens ont sélectionné des extraits de textes divers tels “J’accuse” de Zola, “Banlieusards” de Kery James, “Éloge de la dialectique” de Brecht, etc.”

Proviseur nouvellement arrivé au lycée Hélène-Boucher, Kamal Youssefi a tenu à rappeler “l’importance de la culture” pour les élèves. “Il est essentiel de faire du théâtre dans un lycée professionnel. Et l’importance de ce projet réside encore plus dans la cohésion de cette classe et l’évolution des élèves.”

Sur scène, les jeunes ont alterné les phrases choc (“Les vaincus d’aujourd’hui seront demain les vainqueurs”, “On n’est pas condamnés à l’échec”, “Banlieusards et fiers de l’être”, “Lève-toi pour tes droits”) et l’humour, comme ces reprises de la chanson de France Gall, Sacré Charlemagne, et d’un sketch de Coluche ou encore cette comparaison entre les Noirs, qui le restent de la naissance à la mort, et les Blancs qui, tout au long de leur vie, passent du rose au blanc, du rouge au jaune ou au vert, suivant qu’ils prennent le soleil ou sont malades, et qui traitent les autres de “gens de couleur”. Les élèves parlent encore du racisme, du sexisme, du féminisme et de la révolte devant l’injustice avec le pamphlet de Zola.

Après des remerciements tout à la fois destinés aux comédiens, au théâtre et à leurs profs pour “ces moments magiques, magnifiques”, les élèves ont conclu : “On avoue qu’on n’est pas d’excellents élèves, qu’on vous pousse souvent à bout mais, comme vous l’avez vu, quand on veut on peut !”

On ne saurait mieux dire !