Barre Édouard-Herriot : pour Michèle Picard et Idir Boumertit, « les locataires se sont prononcés, il faut désormais que les moyens suivent »

« Les résidents se sont prononcés clairement, et en toute connaissance de cause »
Michèle Picard, maire de Vénissieux

Il y a un an, des locataires de la « barre » Édouard-Herriot craignaient que leur immeuble ne soit démoli. Le 15 mars, vous demandez, en compagnie du directeur général d’Alliade Habitat, la réhabilitation de la « barre » Édouard-Herriot. Les deux options étaient possibles ?
Michèle Picard :  » Quand j’ai défendu le projet de rénovation urbaine à l’Anru, en janvier 2016, la réhabilitation de la résidence Édouard-Herriot était demandée pour 200 des 260 logements. Il manquait donc les soixante logements des allées 1 à 11, situées le long de la rue Édouard-Herriot. Mais la démolition de cette immeuble ne figurait pas non plus dans le projet, contrairement à ce que certains prétendent. Aucune décision définitive n’avait été prise concernant ce bâtiment.

Mais cet immeuble n’apparaissait pas sur un plan du Grand Projet de Ville, ce qui a inquiété des habitants, qui en ont conclu que leur barre était en sursis…
Michèle Picard : Sauf que ce plan ne montrait pas de décisions actées, mais des projets proposés par l’architecte. Ils concernaient notamment l’aménagement de la place du marché, et pas seulement l’immeuble en question et avançait d’autres suggestions que la Ville n’envisage pas de retenir. C’est son travail d’architecte de faire de la prospective, de proposer des solutions sur la base d’un projet global. Ensuite, les élus tranchent, et vont chercher des financements. Mais là, je le répète, la décision de démolir n’a jamais été prise, et elle ne figurait dans le projet présenté à l’Anru.

Comprenez-vous la réaction d’inquiétude des habitants, sur le moment ?
Michèle Picard : Bien sûr ! Quand son domicile et son environnement ne sont pas dégradés, c’est normal de vouloir rester chez soi. D’ailleurs, contrairement à ce que voudraient faire croire certains, la plupart des Vénissians souhaitent rester vivre dans leur commune. Mais l’on peut aussi vouloir profiter de l’opportunité d’une opération urbaine pour déménager. Pour en avoir le coeur net, connaître l’avis de tous locataires, pas seulement de ceux qui crient le plus fort, nous avons mandaté un cabinet d’expertise sociale pour rencontrer chaque ménage. Il a présenté deux hypothèses et leurs conséquences : un relogement avant démolition ou une réhabilitation in situ.

Comment cette enquête s’est-elle déroulée ?
Michèle Picard : Les habitants ont été vus en janvier, ils ont réservé un accueil très favorable aux enquêteurs, qui ont pris le temps d’écouter longuement chacun et d’apporter des réponses précises à toutes les demandes. Un avis par écrit a été recueilli : 93% des ménages ont été rencontrés à leur domicile, soit 55 entretiens. Au final, 38 ménages se sont dit favorables à une réhabilitation, soit 69% des foyers de la barre. Ils ont pris leur décision en toute connaissance de cause, en ayant compris et accepté toutes les contraintes possibles.

Quelles seront ces contraintes ?
Michèle Picard : Elles sont liées à la rénovation de la place du marché. Ce projet, avec ces équipements de qualité (halle couverte, crèche…) est l’une des priorités de la rénovation urbaine, et il sera mené à bien. Les habitants des allées 1-11 seront surtout concernés par le « redressement » de la rue Édouard-Herriot, qui sera rapprochée de leur immeuble, et qui entraînera la suppression de garages.

Vous avez également adressé un courrier à la Métropole. Qu’attendez-vous du Grand Lyon ?
La politique de la Ville relève de sa compétence. C’est le Grand Lyon qui a présenté à l’Anru le projet de rénovation urbaine métropolitaine, dont Vénissieux fait partie. Nous attendons donc que la Métropole soit aux côtés de la Ville et du bailleur et soutienne notre demande d’inscrire cet immeuble dans le programme de réhabilitation en cours sur le reste de la résidence.  »

« Les locataires ont été entendus, il faut maintenant que les moyens suivent »
Idir Boumertit, 4ème adjoint au maire, en charge notamment du Grand Projet de Ville.

Locataires, bailleurs et commune demandent la réhabilitation des allées 1-11. Quand pourrait-elle avoir lieu ?
Idir Boumertit :  » Les travaux de réhabilitation du reste de la résidence Édouard-Herriot commencent début avril, pour une durée d’environ 30 mois. Mais on ne va pas attendre que les travaux soient finis dans les 200 premiers logements pour demander le financement des 60 derniers ! Nous demandons donc que des crédits supplémentaires soient affectés au plus vite au programme de réhabilitation actuel, qui se déroulera par tranches successives.

Qui financera cette réhabilitation supplémentaire ?
Idir Boumertit : Nous demandons à l’Agence nationale pour le renouvellement urbain (Anru) d’inscrire des crédits supplémentaires dans les dossiers déposés au titre de la Convention de site pour 2018 – 2025. Le bailleur, Alliade Habitat, y participera également, comme il le fait déjà pour le reste de la résidence. Bien que le gouvernement actuel rogne considérablement sur les ressources des organismes HLM, Alliade s’est engagé à procéder à cette réhabilitation sans augmenter les loyers de ses locataires.

Qu’attendez-vous de la Métropole, dans ce dossier ?
Idir Boumertit : Qu’elle nous accompagne dans notre démarche auprès de l’Anru. Le vice-président du Grand Lyon en charge de l’urbanisme et de la politique de la ville, M. Le Faou, a d’ores et déjà déclaré qu’il « n’allait généralement pas contre l’avis des habitants et des élus locaux ». Nous avons donc bon espoir d’être soutenus dans notre démarche, d’autant que M. Le Faou est également membre du conseil d’administration de l’Anru.

Là où elle est située, la barre ne gène pas l’aménagement de la place du marché ?
Idir Boumertit : Non. La rue Édouard-Herriot sera bien redessinée, mais l’emplacement de l’immeuble n’entrave pas le projet d’ensemble de la rénovation urbaine. La barre « vit », les gens y sont bien, elle a bénéficié de rénovations récentes, ses habitants souhaitent majoritairement y rester malgré les nuisances qu’entraîneront forcément les travaux… Ils ont été entendus, maintenant il faut que les moyens suivent pour améliorer leur qualité de vie. « 

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