Lancement du festival Essenti’[elles] : Mémona Hintermann captive son public

 

Michèle Picard donnait le coup d’envoi du festival Essenti’[elles] le 7 mars au soir au cinéma Gérard-Philipe. Avec pour invitée d’honneur Mémona Hintermann-Afféjee, ancien grand reporter à France 3, ayant couvert de nombreux conflits, aujourd’hui membre du CSA.

« Il n’y a pas de guerre propre, nous le savons, toute guerre est par définition sale, d’autant plus que les populations civiles, en sont aujourd’hui les premières victimes partout dans le monde, rappelait Michèle Picard pour introduire la soirée. Quand un conflit éclate, les violences faites aux femmes deviennent exacerbées. Viols, tortures, prostitutions, exil, les femmes deviennent un enjeu stratégique pour humilier l’ennemi. En temps de guerre on estime que les personnes déplacées sont dans plus de 75 % des cas des femmes et des enfants. (…) En 2018, il reste encore beaucoup à faire pour arriver à une égalité hommes-femme. Le travail que nous accomplissons à Vénissieux pour l’égalité et contre les violences faites aux femmes s’inscrit dans la durée. »

Selon Mémona Hintermann, pour atteindre cette égalité, il est indispensable de vivre ensemble « Il n’y a pas les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Nous avons besoin de nos pères, de nos frères, de nos amis. On ne s’en sortira pas sans eux. »

 

 

Ce grand reporter qui a sillonné pendant des années les zones de conflit dans le monde entier a passionné son auditoire. « Quand on m’a invitée à Vénissieux,  j’ai tout de suite accepté. Figurez vous que je connais cette ville depuis que je suis enfant ! Je suis née à La Réunion, et je voyais tous les jours des camions Berliet ! Plus tard, j’ai découvert que Vénissieux était une ville populaire où les gens ont envie de se battre, de résister. »

C‘est pourquoi elle ne voulait en aucun cas « louper » ce rendez-vous, a-t-elle souligné, « même si un mercredi jour de séance plénière au CSA c’est compliqué. Je fais partie de celles qui honorent leurs engagements ».

La soirée organisée avec l’aide de la médiathèque a permis de revoir des reportages de Memona Hintermann, archivés par l’INA. Ils nous ont ramenés à Belgrade en 1994, puis en Irak, en Libye, en Israël. À chaque fois, son aisance devant la caméra, sans papier, et sa connaissance pointue de ce qui se déroule en direct sont impressionnantes. À la question “Cela a été difficile de devenir grand reporter ?”, la réponse est claire : « Non parce qu’à l’époque il y avait peu de femmes candidates à ce poste ».

Raconter la guerre en tant que journaliste est néanmoins excessivement difficile, a-t-elle ajouté. « La manipulation existe : il faut rester vigilante, comparer les sources, choisir l’image, le son… Ceux qui vous regardent pensent que vous êtes le porte-parole de votre propre pays. »  Exemple en 2003 en Irak : « Les Américains ne voulaient pas nous protéger parce que notre Chirac avait pris position contre la guerre. »

Le terrain permettant une vision plus claire des conflits, la journaliste ne comprend toujours pas que « les capitales européennes n’aient pas senti l’hostilité des populations (dans le Golfe, en Irak, en Afghanistan…) envers les troupes américaines. L’urgence de l’époque explique le chaos dans lequel le monde se trouve aujourd’hui. »

Au cours de sa carrière, Mémona a découvert des relations authentiques : « Si vous allez vers les autres, tout se passe bien. Je ne suis pas attirée par les riches. Je me sens plus à l’aise avec les gens qui ont la vie un peu bousculée. Apprivoiser, c’est créer du lien. On s’installait toujours chez les habitants , j’avais toujours une théière avec moi. Nous avons été accueillies par des habitants dont les villes étaient bombardées : les femmes étaient toujours prêtes à nous donner le peu qu’elles avaient à manger. »

Elle a toujours voulu considérer les autres avec égard : ” Si nous ne sommes pas sûrs d’être considérés à égalité de l’autre, ça ne marche pas. J’ai toujours respecté et adopté les traditions vestimentaires de certains pays — s‘il fallait porter le voile, je le faisais. Il est important que l’éducation aux médias se fasse, à plus forte raison aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Je me souviens d’une rencontre avec Georges Charpak, prix Nobel de physique, qui avait créé le dispositif « La main à la pâte ». Il disait : “Quand on apprend à poser une question, on met en déroute les gourous”. Apprenez à vous poser des questions, à comparer ce qu’on vous dit. Il est important de lire aussi, l’image ne peut pas tout dire. Faites votre jugement vous-mêmes tout simplement. »

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