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« Continuez à pousser des portes ! »

Djil Ben Mabrouk est adjoint à l’emploi et au développement économique et commercial. Particulièrement sensible au sujet de la discrimination, il prône une démarche positive pour endiguer le fléau.

Djil Ben Mabrouk est adjoint à l’emploi et au développement économique et commercial. Particulièrement sensible au sujet de la discrimination, il prône une démarche positive pour endiguer le fléau.

M. Ben Mabrouk, comment réagissez-vous à la discrimination des jeunes dans les quartiers populaires ?
C’est un sujet très inquiétant, car ces jeunes doivent être des exemples pour les autres. Lorsqu’ils sont en échec, c’est un mauvais signal que l’on envoie aux moins diplômés, et même à ceux qui sortent du champ de la République. C’est un peu comme s’ils disaient aux autres « tu vois, j’ai fait l’effort et ça ne paie pas ». Je pense aussi aux parents qui ont consenti à d’importants efforts financiers pour aider leurs enfants à entrer et à évoluer dans la vie active.

Selon vous, quelles sont les causes de ce fléau ?
Il y a la discrimination liée au territoire, la peur de l’origine… Les recruteurs se disent – à tort – que les jeunes des quartiers populaires n’ont ni les codes de la société, ni la culture de la vie en entreprise… Ils souffrent aussi d’un manque de réseau, car on en a moins qu’ailleurs dans les quartiers. Et l’on sait bien que plus le niveau hiérarchique est élevé, plus la cooptation remplace les petites annonces. Prenez l’exemple des stages : c’est bien le réseau qui permet aux jeunes de trouver la bonne place le plus rapidement possible.

C’est donc un cercle vicieux ?
Oui. À force, les jeunes finissent par perdre de l’assurance, et on leur fait moins confiance. Lorsqu’ils ont l’occasion de passer un entretien, ils ont tellement subi d’échecs qu’ils s’infligent une pression inutile. Et ils n’en passent pas tous les jours ! J’ai vu de jeunes diplômés candidater à des postes bien inférieurs à ce à quoi ils pouvaient prétendre. C’est une forme d’autocensure, qui les mène à des situations de sous-emploi. Certains, une fois embauchés, sont bloqués dans leur ascension professionnelle par un véritable plafond de verre… C’est un véritable gâchis, car ce sont forcément des gens hypermotivés.

Que leur dîtes-vous ?
De ne pas se décourager, de continuer à pousser des portes, et de ne pas hésiter à demander de l’aide. Au niveau de la Ville, nous allons notamment réfléchir à des simulations d’entretien avec les entreprises de la Charte de coopération Ville-entreprises (N.D.L.R. : plus de 100 signataires). Il existe aussi des structures qui accompagnent les jeunes diplômés : le cabinet de recrutement Mozaïk RH ou la charte Entreprises et quartiers par exemple.

Que pensez-vous du CV anonyme ?
J’y ai longtemps été favorable, mais je considère qu’il a montré ses limites. Et si l’on doit en arriver là, c’est l’échec de la République. Pour progresser sur le sujet, nous devons porter la bonne parole en nous appuyant sur des parcours de réussite. Mais c’est un travail de longue haleine.

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