Les professionnels des Ehpad au bout du rouleau

Cela fait des mois voire des années que les professionnels des Ehpad sonnent l’alarme. Manifestations, débrayages étaient organisés aujourd’hui partout en France. À Vénissieux, la mobilisation a été très suivie.

Les salariés des Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) étaient en grève ce mardi 30 janvier, répondant à l’appel de sept syndicats (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFTC, CFE-CGC et Sud). Un mouvement soutenu par l’association des directeurs d’établissements et les familles de résidents. Une mobilisation inédite des quelque 6 900 Ehpad qui hébergent en France près de 728 000 personnes. Voilà des années que les professionnels de ce secteur alertent sur la dégradation des conditions de travail et d’accueil dans ces établissements. Le taux d’encadrement pour les Ehpad français est de 0,57 soignant par résident, alors que le plan solidarité grand âge 2007-2012 préconisait 0,65 soignant, et jusqu’à “un pour un” pour les personnes en très grande dépendance. On est encore aujourd’hui très loin du compte.

“C’est inadmissible”

À Vénissieux, la mobilisation a été très suivie. Certains personnels de La Solidage ou de la Maison du Tulipier ont pu participer à la manifestation organisée en fin de matinée devant l’Agence régionale de santé (ARS) et la préfecture.  Un rassemblement a également eu lieu dans l’après-midi devant la Maison du Tulipier, qui a reçu le soutien de plusieurs élus, dont Saliha Prudhomme-Latour, adjointe au maire en charge des Politiques sociales et des personnes âgées.

D’autres agents, réquisitionnés, s’étaient déclarés grévistes tout en travaillant. “Il est inadmissible de ne pas prendre en compte la souffrance au quotidien que subissent les professionnels, et par là même les personnes âgées et les familles”, commente Sylvia, aide-soignante gréviste (CGT) de La Solidage. Un constat approuvé par la lingère, Delphine, qui occupe seule ce poste pour 82 patients. Depuis 20 ans qu’elles travaillent à La Solidage, leurs conditions de travail se sont réellement dégradées : “Aujourd’hui, nous sommes sept aides-soignantes et deux infirmiers. Concernant les dix lits de l’unité Cantou accueillant des personnes désorientées, une aide-soignante et une auxiliaire de vie y travaillent.” Les chiffres parlent d’eux-mêmes. “Quatre agents de service hospitaliers (ASH) ont en charge 72 lits. Le matin, elles doivent s’occuper de 18 chambres. La nuit, il n’y a pas d’infirmière, seules deux personnes veillent sur les résidents : une aide-soignante et une auxiliaire de vie. “

Des résidents de plus en plus âgés et de moins en moins autonomes

Et d’ajouter : “Nous descendons dans la rue pour dénoncer le manque de personnels et demander de meilleures rémunérations. On travaille le dimanche et les jours fériés et on gagne un peu plus que le SMIC. Les résidents arrivent de plus en plus âgés et de moins en moins autonomes : ils sont souvent atteints de handicap de plus en plus lourds. Le matin, nous devons faire douze toilettes. On doit lever, habiller, mettre en fauteuil le plus vite possible. On n’a pas le temps de discuter. On fait tout en courant, tout est calculé, nous n’avons pas une minute à nous. Le temps est vraiment compté. La direction fait le maximum et est consciente des difficultés, mais ils n’ont pas les moyens financiers de nous aider. Ils doivent gérer avec le budget qu’on leur alloue.”

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a décidé un renforcement de 100 millions d’euros des moyens alloués aux Ehpad pour améliorer le taux d’encadrement, la qualité des accompagnements et les conditions de travail des personnels. Une enveloppe supplémentaire de 50 millions a été annoncée le 25 janvier. Pas suffisant pour enrayer la mobilisation. Car les besoins sont sans commune mesure. “Les chiffres sont connus, rappelle Romain Gizolme, le président de l’association des directeurs au service des personnes âgées : il faudrait entre 3 et 7 milliards d’euros. Ce qui est annoncé est un pansement sur une jambe de bois !”

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