Ces enfants qui vont à l’école et dorment dehors

Dans l’agglomération, notamment à Vénissieux, les cas de mamans, seules avec enfants, dormant dans la rue se multimplient. Face à cette situation dramatique, des enseignants, des parents d’élèves et des associations se mobilisent. Comme ce matin encore à l’école Ernest-Renan.

Au groupe scolaire Ernest-Renan, c’est une maman et l’une de ses filles, scolarisée en CE1, qui se retrouvent sans solution d’hébergement viable. Sans la mobilisation des parents et des enseignants, qui organisent des actions pour financer des nuits d’hôtel, elles dormiraient dans la rue. A ce jour, la famille n’a toujours pas de nouvelles des services de la Veille sociale de la Métropole. « Suite à l’intervention de madame le Maire, il nous avait été annoncé que cette famille serait prise en charge entre le 15 et le 18 décembre. Or, au 20 décembre, nous n’avons toujours pas de nouvelles, ni de la Préfecture, ni de la Métropole », dénoncent les parents d’élèves. Qui précisent avoir accompagné la mère de famille mercredi dernier à la Maison du Rhône de Parilly. « Ils nous a été dit que l’assistante sociale qui s’occupait de la famille ne serait plus là et qu’il la recontacterait lorsqu’une autre sera saisie du dossier. Mais là aussi, toujours pas de nouvelle. »

Depuis la rentrée, plusieurs écoles de la Métropole accueillent ainsi des élèves dont les familles sont sans toit. Après avoir contacté et alerté les différents organismes de l’État censés les prendre en charge, les enseignants se retrouvent vite démunis. Leurs seuls soutiens sont des associations souvent débordées, compte tenu du nombre de familles dans la détresse.

À quelques jours d’intervalle, les écoles du Moulin-à-Vent et Ernest Renan y ont été confrontées. Le scénario est souvent le même. Ces mamans seules avec enfants étaient hébergées chez des amis ou de la famille, mais leurs situations deviennent vite intenables. Au bout de quelques semaines ou quelques mois, elles se retrouvent à la rue, sans aucun hébergement possible.

Dans les écoles, heureusement, la solidarité joue à fond. Très rapidement parents et enseignants se mobilisent, notamment en organisant des goûters solidaires pour récolter des fonds et ainsi financer des nuits d’hôtel. Une parent d’élève du groupe scolaire Renan a même proposé de prendre sous son toit les enfants, mais leur maman a refusé. « Ce que nous comprenons bien entendu, mais de savoir des petits à la rue est tout simplement inconcevable pour nous. Nous sommes scandalisés : alors que la sonnerie retentit, il est très difficile de savoir que des copains de classe de nos gamins vont dormir dehors. »

Le 115 débordé

Les directeurs d’école et les parents téléphonent à tour de rôle au 115. Mais faute d’un nombre suffisant de places, il est rare que ces démarches aboutissent. « De plus les conditions d’accueil ont changé, s’indigne ce papa. Il y a quelques années, on priorisait les enfants jusqu’à 11 ans et toutes les femmes enceintes. Maintenant, on nous dit que ce sont les moins de trois ans et les femmes enceintes de plus de six mois. Une famille avec des enfants dans la rue, c’est inadmissible quel que soit l’âge des enfants. Aujourd’hui grâce à nos collectes ils sont à l’hôtel, mais pour combien de temps ? Nous voulons une vraie solution. »
Cette année encore, le plan d’hébergement d’urgence s’avère insuffisant. Dix jours avant l’entrée en vigueur du plan froid, du 16 au 22 octobre, 2 326 personnes ont appelé le 115 sans obtenir de place. Dans la semaine du 6 au 12 novembre, ce sont 3 202 personnes qui n’ont pas eu de solution. Les besoins sont donc très supérieurs aux 1 200 places supplémentaires créées pour la période hivernale.

 

Les élus communistes et apparentés pour une conférence métropolitaine
« Familles à la rue, il faut une réponse publique en urgence », tel est l’intitulé du communiqué publié le 9 décembre par le groupe des élus communistes et apparentés de Vénissieux, principale composante de la majorité municipale.
Faisant le constat « de la multiplication des situations de familles sans toit, d’enfants qui n’ont pas de logement pour rentrer chez eux après l’école, de familles avec enfants en bas âge qu’on retrouve en début de nuit devant un centre social, une mairie… », ces élus proposent la mise en place d’un service d’astreinte sociale de la métropole. Il serait « disponible 24 h/24, capable d’activer tous les dispositifs existants, et de prendre les décisions d’urgence pour a minima ne jamais laisser aucun enfant dehors ». Pour ce faire, ils appellent à l’organisation, dans les plus brefs délais, d’une conférence métropolitaine réunissant l’ensemble des acteurs : État, Grand Lyon, bailleurs, associations et élus locaux.
« Pour l’instant, déplorent-ils, ce sont les associations, les services sociaux et les élus locaux qui gèrent l’urgence ». Et de citer l’exemple de Vénissieux : « La Ville assure une veille sociale avec ses moyens, les élus interviennent partout pour chercher des solutions […], mais tout le système d’hébergement d’urgence et de logement très social est engorgé. » Pour sortir de « cette situation indigne pour la France », ils demandent « des décisions rapides pour mettre en place un dispositif partagé et transparent ».
La réussite des centres d’accueil et d’orientation (CAO) des réfugiés, dont celui de Vénissieux situé à La Darnaise, démontre, ajoutent-ils, que « l’État peut organiser un accueil digne pour un coût maîtrisé ».

 

 

 

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