À Renault Trucks, des ouvriers « cassés mais pas reclassés » ?

Selon la CGT, le constructeur ne se conforme pas à ses obligations de reclassement de ses salariés en situation de handicap, alors que la recherche de productivité entraîne justement de plus en plus de problèmes de santé.

« La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est le reportage de Télématin diffusé le 13 novembre, où Renault Trucks se présente comme exemplaire sur l’emploi des travailleurs handicapés, se vante d’être « handi-accueillante ». C’est vraiment se moquer du monde » s’indigne Frédéric Panetié, secrétaire du syndicat CGT de Renault Trucks.

« Inapte » et indésirable

Le même jour, et à l’heure de la diffusion du reportage, Carlos De Abreu recevait sa lettre de licenciement pour « inaptitude à tous les postes » de l’entreprise. Embauché par le constructeur en 1994, cet agent technique d’atelier à l’usine ponts et essieux de Saint-Priest a été victime d’un infarctus en 2014 et de plusieurs troubles musculo-squelettiques (TMS) à l’épaule droite et aux deux poignets, nécessitant des opérations. « À mon retour de congé-maladie, le médecin du travail m’a déclaré inapte à certaines tâches. Je ne devais plus travailler avec les bras en l’air ni soulever d’objets lourds. De plus, mon poste n’existait plus, réparti entre deux collègues. La DRH a envoyé un mail à des managers pour leur demander s’ils pouvant m’intégrer à leurs équipes, mais personne n’a voulu de moi ». Trois jours à peine après l’envoi du mail, il est reçu en entretien préalable au licenciement.

« Reclassement bâclé »

Ali Hamada, délégué du personnel, estime que la recherche a été bâclée. « On n’est pas dans une PME de 10 personnes, mais dans un groupe de 7.500 salariés. Il est vraiment impossible de trouver un poste adapté, administratif ou de technicien réception gare, un poste qu’il avait occupé par le passé ? » « J’ai l’impression d’être un citron qu’on a pressé et qu’on jette à la poubelle », confie M. De Abreu, qui va saisir les Prud’hommes. Pour Bruno Perrodin, délégué CGT au comité d’entreprise de Vénissieux, Renault Trucks « se débarrasse de salariés devenus inaptes à certains postes de travail sans chercher réellement à les reclasser en interne ».

Course à la productivité

La raison pointée par le syndicat, c’est le « lean management », une course effrénée aux gains de productivité (objectif : 5% par an) qui impose aux opérateurs un rythme de travail intensif pendant 7h59. Une méthode qui « marche » : entre 2012 et 2017, les effectifs de l’usine ponts et essieux sont passés de 420 à 250, et la productivité à bondi de 30%, sans recourir à la robotisation. « Autrefois, les ouvriers étaient usés à 50 ans, maintenant ils sont fracassés à 30 ans, note Frédéric Panetié. D’où le recours massif aux intérimaires, corvéables et jetables ». Faire chuter la productivité, propulse dans la catégorie « muda », terme hérité des méthodes Toyota, qui signifie « gâchis » en Japonais.

Ciblés en priorité ?

Selon la CGT, lors des trois plans sociaux qui se sont succédé depuis 2013, les ouvriers en situation de handicap ont été dix fois plus touchés que les autres salariés. « En 2017, 23 salariés de Renault Trucks ont été licenciés pour inaptitude, note Bruno Perrodin. Et la direction de Ponts et Essieux vient de nous prévenir qu’elle ne trouvait pas de solution de reclassement pour 6 autres. Alors vraiment, faire les beaux à la télé après avoir jeté des gens cassés par le travail, c’est plus qu’indécent, c’est scandaleux ».

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