« Jeu d’ombres », tome II : une bédé en cinémascope

Paru ce 18 janvier, « Ni ange ni maudit », le deuxième tome de la bande dessinée « Jeu d’ombres » (Glénat), scénarisée par Loulou Dedola et dessinée par Merwan, reprend l’histoire où on l’avait laissée avec « Gazi ! » Nous sommes dans la banlieue lyonnaise, entre Saint-Fons, Vénissieux et Vaulx-en-Velin, et le héros est Cengiz, un jeune Turc kémaliste. C’est-à-dire, comme il l’explique lui-même à l’antenne de TLM, « un laïc, pour l’égalité homme-femme, pour la République garante de justice et d’égalité ». Le jeune homme va être confronté au retour de son frère Sayar, délinquant évadé et passé pour mort, aux enjeux politiques locaux, à un gang, et à une double histoire d’amour compliquée.

« Jeu d’ombres » est surtout une plongée dans la vie des quartiers, avec ses communautés multiples, ses tensions dues autant à la délinquance qu’à la présence policière et aux impératifs religieux pas forcément partagés par tous. Tensions également politiques illustrées par des manœuvres souterraines, des coups de force — entre autres sur un marché, que l’on reconnaît pour être celui de la place Durel, à Saint-Fons.

Si « Gazi ! », un qualificatif que les Turcs réservent à leurs héros, mettait surtout en avant Cengiz, ce jeune qui croit à la paix sociale et à l’égalité, « Ni ange ni maudit » remet sur le devant de la scène Sayar et ancre le récit beaucoup plus dans la violence.

Rencontrés lors de la sortie du premier tome, Loulou Dedola — qui est également le leader du groupe Raze City Plage, né dans le quartier Démocratie à Vénissieux et qui a aujourd’hui trouvé refuge à Vaulx-en-Velin après une halte à Saint-Fons — et Merwan reconnaissaient l’influence de Sergio Leone dans ce western urbain. Avec « Ni ange ni maudit », Merwan utilise énormément les cases étirées, comme si l’on assistait à la projection d’un film en cinémascope ou en 70 mm. Et pas seulement pour montrer des paysages mais aussi des gros plans, ce que Leone proposait également. Si ce style graphique était déjà bien présent dans le premier tome, le dessinateur le généralise dans le second, allant jusqu’à composer des pages entières de huit bandes étroites. Et, comme dans les films de Leone, les protagonistes ont leur part d’ombre et de lumière. Et ne sont, bel hommage au western de Fritz Lang, ni anges ni maudits.

« Jeu d’ombres 2 : Ni ange ni démon » de Dedola et Merwan, éditions Glénat

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