Le long périple d’Abdelnasir et Jouda

RŽfugiŽs Soudanais dans leur chambre. Jouda de Khartoum (en vert) et Abdel-Nasir du Darfour. Venus de la "jungle" de Calais ˆ la rŽsidence intergenerationnelle "la Roseraie" Centre d'accueil et d'orientation (CAO) animŽ par l'ONG Forum RŽfugiŽs

Après des mois passés dans la “jungle” de Calais, le soulagement se lit sur le visage des quarante réfugiés hébergés depuis le 27 octobre à la résidence intergénérationnelle de La Roseraie. Placés à la demande de la préfecture de région, ces réfugiés devraient y rester jusqu’à la mi-novembre. Il s’agit essentiellement d’hommes, pour la plupart originaires du Soudan, à l’exception de quelques Afghans et d’un Érythréen.

Abdelnasir, 24 ans, arrive du Darfour. Jouda, 25 ans, habitait Khartoum où il était mécanicien. Tous deux ont quitté le Soudan au cours du premier trimestre 2015. En juillet 2016, ils arrivent en France. “À l’époque nous ne nous connaissions pas, précisent-ils. C’est à Calais que nous sommes devenus de vrais amis.” Pour atteindre la France, leur périple, identique, fut extrêmement long. “Du Soudan, nous sommes passés en Libye en voiture. Un voyage de 15 jours. Puis ce fut la traversée de la Libye vers l’Italie : trois jours sur une embarcation de fortune avec 104 personnes, dont des familles et de très jeunes enfants. Nous avons débarqué à Tarente, une ville portuaire au sud de l’Italie. Ensuite avec le train, mais surtout à pied, nous sommes allés jusqu’à Milan, Turin, puis Vintimille.” Une fois en France, Abdelnasir va à Paris, puis à Nantes et enfin Calais, où il rencontre Jouda. “Dans la jungle c’était très difficile. Nous y sommes restés plusieurs mois.”

Aujourd’hui, les deux hommes veulent s’installer en France. Ils ont fait leur demande d’asile. Ils occupent comme ils peuvent leurs journées. Depuis leur arrivée, ils sont en pleine démarche administrative. Ils ont été reçus individuellement par un membre de Forum réfugiés et un représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), avec le concours d’un interprète. L’occasion de faire le point sur la situation de chacun, que ce soit en matière de demande d’asile ou de santé. L’apprentissage du français par des bénévoles devrait également très rapidement se mettre en place. Quand on leur parle de leurs familles, restées loin, leur regard change. “C’est très très dur pour nous. Nous ne pouvons pas les joindre : nous n’avons aucune nouvelle.” Et quand on leur demande s’ils n’ont pas trop froid, ils répondent par la négative. “À Calais, il faisait beaucoup plus froid. On est bien ici.”

Demandes d’asile en cours
Pour les héberger à deux par chambre, les réfugiés ont été installés sur un étage complet de la résidence. Une équipe de salariés de Forum réfugiés est présente sur le site de 8 h 30 à 17 h 30. Diane et Alice, chargées d’accompagnement au sein de l’association, précisent : “Pour l’instant, nous en sommes encore à la procédure. On leur délivre une information. Ceux qui demandent l’asile ont rendez-vous fin novembre à la préfecture.”

Certains présentent des problèmes de santé. “Le demandeur d’asile, rappelle Alice, n’arrive jamais en forme. Certains ont été torturés, d’autres emprisonnés… Le parcours migratoire les a abîmés. Ils sont en souffrance. Des dossiers CMU sont en cours.” Financièrement, ceux qui sont réfugiés politiques peuvent obtenir l’Allocation pour demandeurs d’asile (ADA), qui s’élève à 6,80 euros par jour. Elle est versée pendant la période d’instruction de la demande d’asile ou jusqu’au transfert effectif vers un autre état responsable de l’examen de la demande. Car l’asile peut relever d’un autre état européen en application du règlement dit de “Dublin”.

Abdelnasir, Jouda et les autres quitteront la résidence vénissiane le 16 novembre, date à laquelle ils s’installeront dans un CAO (centre d’accueil et d’orientation) de l’association Forum réfugiés à Villeurbanne, dans les locaux de l’ancien IUFM. Une autre association, Habitat et Humanisme, prendra alors le relais à Vénissieux, accueillant un autre groupe de réfugiés, composé cette fois de 60 personnes.

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