La langue française, passeport pour l’intégration

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Vecteur principal d’insertion dans la société, l’apprentissage de la langue française connaît un réel essor sur le territoire vénissian. Les nombreux organismes spécialisés croulent sous les demandes, mais moins de la moitié d’entre elles sont satisfaites, faute de moyens.

C’est la condition sine qua non à l’intégration. Elle autorise l’accès à l’emploi, à la formation, aux actes administratifs, à la culture et à tous ces actes quotidiens qui nous semblent, à nous qui maîtrisons le français, si évidents. Faire ses courses, écouter la radio, demander son chemin… Autant d’actes simples en apparence, mais qui deviennent rapidement insurmontables à qui pratique peu, mal ou pas du tout la langue de Molière.
“Pour les nouvelles populations qui arrivent sur le territoire, la maîtrise de la langue est un vecteur indispensable de citoyenneté, observe Idir Boumertit, 4e adjoint au maire, en charge du Grand projet de Ville, de l’insertion et de la formation. Maîtriser le français, c’est ce qui va leur permettre de sortir de l’isolement, de vivre pleinement la vie de la cité.” Et de préciser que 300 offres de formations linguistiques sont disponibles sur le territoire pour les Vénissians, dont 200 dans les centres sociaux, et que le budget global consacré à cette problématique par la Ville, l’État et la Métropole avoisine les 120 000 euros.

Une grande partie des demandes de formation passe par la plateforme linguistique mise en place par l’antenne locale du CIDFF (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles) pour le compte de la Ville. “La plateforme est née pour accueillir les personnes, évaluer leur niveau et les orienter vers les bonnes formations. Elle est financée à hauteur de 60 000 euros par la Ville, la Région et la Métropole”, explique Julie Tachon, coordonnatrice des actions de formation et d’insertion à la Maison du projet.

C’est que les acteurs ne manquent pas. “Sept associations, en plus du CIDFF, proposent des actions linguistiques sur le territoire vénissian. Certaines portent sur l’oral et la socialisation, d’autres sur la lecture et l’écriture, d’autres encore sont plus orientées sur la recherche d’emploi. Les durées aussi sont différentes : quelques jours, plusieurs mois, voire un ou deux ans”, détaille Julie Tachon.

L’Association service social familial migrants (ASSFAM), propose ainsi une formation de 6 mois à deux ans vers le Diplôme initial de langue française (DILF). “Il s’agit d’un atelier sociolinguistique de deux fois 2 h 30 par semaine, avec 15 places en entrées-sorties permanentes, explique la responsable, Saïda Choug. Ce sont des cours de français à visée sociale, qui permettent aux stagiaires de mieux appréhender les codes sociaux en vigueur dans les administrations.”

Autres besoins, autre contenu. De son côté, le centre de formation Élantiel anime tous les ans un module de Français langue étrangère (FLE) orienté vers le monde professionnel. D’une durée de 108 heures, il comporte douze places. “Il s’agit de faire découvrir le vocabulaire du monde professionnel aux stagiaires, en se basant notamment sur des fiches métiers. Nous traitons aussi les problématiques liées à l’informatique, aux déplacements, à la manière de se présenter, ou encore à la réalisation d’un CV”, expose Élise Boivin, référente socioprofessionnelle.

Une demande sur deux satisfaite

L’offre en matière de cours de français peut donc sembler pléthorique. Mais la demande reste largement supérieure à l’offre, par manque de financement. “En 2014, pour 1041 demandes d’entrée en formation sur le territoire de Vénissieux, toutes structures et tous prescripteurs confondus, nous avons eu connaissance de 461 entrées en formation, constate Mohamed Afrouk, responsable de la plateforme linguistique. Et encore, la moitié de ces formations sont bien trop courtes par rapport aux besoins constatés.”

Du côté des autres organismes de formation que nous avons contactés, même son de cloche. “Pour notre formation FLE en quatre mois, nous avons reçu 75 candidatures pour 15 places disponibles. La sélection s’est révélée compliquée, d’autant que nous n’avons pas eu le droit de la faire sur le niveau. Nous avons donc favorisé des gens qui n’avaient jamais bénéficié de formation, rapporte Chloé Deglaire, formatrice au Centre régional des techniques avancées (CERTA). Pour vraiment répondre à la demande, il faudrait que nous puissions proposer, non pas deux formations FLE par an, mais au moins quatre.” Les besoins sont donc nombreux, urgents parfois également. “La plupart des gens qui viennent établir un diagnostic souhaitent avant tout acquérir de l’autonomie. Ce sont principalement des femmes. Certaines ont perdu leur mari, et doivent acquérir des connaissances de base rapidement pour la vie de tous les jours, les formalités administratives… D’autres ont besoin du français pour suivre leurs enfants à l’école. Quant aux hommes, ils sont plus souvent employés à l’extérieur de chez eux. Ils ont appris par eux-mêmes, se contentent de ce qu’ils savent, et sont plus difficiles à mobiliser”, relate Mohamed Afrouk.

Reste aussi le problème de l’illettrisme, qui concerne environ 10 % de la population. “Il est très difficile de repérer ces personnes, et encore plus de leur proposer des solutions. Elles ont tendance à développer des stratégies de contournement, de peur d’avouer qu’elles ne savent pas lire et écrire, confie Mohamed Afrouk. Mais il n’existe pas vraiment de dispositif adapté. Pour elles, encore plus que pour les autres, nous aurions besoin de temps et de moyens.”


Adresses utiles

Plateforme linguistique du CIDFF 13, Avenue Maurice-Thorez. Tél.: 0472892627.
Centres sociaux des Minguettes site Roger-Vailland 5, rue Aristide Bruant. Tél.: 0472215080.
Centre social de Parilly 27 bis, avenue Jules-Guesde. Tél.: 0478764148.
Centre social du Moulin-à-Vent 47, rue du Professeur-Roux. Tél.: 0478744291.

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