Sillia VL : la direction confiante, les salariés inquiets

Sillia, panneaux photovoltaïques

Industrie – C’était il y a un peu plus de dix-huit mois. Le 16 juin 2014, le groupe Bosch cédait ses activités de construction de panneaux solaires au groupe breton Sillia Énergie. En reprenant l’exploitation des deux lignes de montage vénissianes, en plus de son unité de Lannion (Côtes-d’Armor), Sillia Énergie devenait Sillia VL. Elle conservait finalement 135 salariés sur les 240 présents sur le site, tandis que les autres bénéficiaient d’un plan de départ volontaire à la retraite*.

Mais de l’aveu même de la direction du site, les débuts se sont avérés bien plus compliqués que prévu : carnet de commandes en berne, recours au chômage technique, pannes à répétition, climat social tendu. « Le démarrage s’est avéré assez compliqué, convient le directeur, Michel Jouan. À notre arrivée, nous avons trouvé un outil de production merveilleux. Mais il était à l’arrêt depuis de nombreux mois, et encore en rodage. Il a fallu le remettre à niveau, obtenir les validations et les certifications nécessaires. Nous avons donc consommé beaucoup d’énergie et de cash, alors que le marché n’était pas encore mûr. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. »

Car la direction affiche son optimisme. Michel Jouan annonce « des volumes en croissance forte pour 2 017 », et parle d’un carnet de commandes assurant quatre mois de visibilité à ce jour, ainsi que plusieurs projets à moyen terme. Il met en avant un marché plus important, dopé par le développement des fermes solaires et les demandes croissantes des gros producteurs d’énergie. L’industriel évoque aussi la mise au point par Sillia VL d’un produit « innovant », un module photovoltaïque qui se fixe directement sur les tuiles. « Ce nouveau produit va nous permettre de mettre du beurre dans les épinards », estime Franck Fontimpe, délégué CGT.

Une ombre au tableau, cependant : depuis le début de l’année, les fournisseurs chinois et taïwanais en cellules photovoltaïques sont en rupture de stock, ce qui a obligé l’entreprise à recourir au chômage partiel du 15 au 26 janvier. Si ce n’est pas la première fois, ce ne sera probablement pas la dernière. « Il y aura sans doute des spasmes périodiques conjoncturels, au moins au premier trimestre. Nous serons alors peut-être obligés de recourir de nouveau au chômage technique », prévoit Michel Jouan. Qui assure toutefois « aller dans le sens de l’apaisement » au niveau social.

Du côté des salariés, on reste pourtant inquiet. « La première année d’activité avec Sillia VL a été catastrophique. Les 9,4 millions d’euros laissés par Bosch pour passer les trois premières années ont fondu comme neige au soleil. L’activité est toujours en dents de scie, au coup par coup, avec un horizon à deux mois », s’inquiète Franck Fontimpe. Le délégué juge même que l’entreprise pourrait déposer le bilan si elle ne trouve pas 5 millions d’euros pour se recapitaliser avant la fin de l’année. Et de pointer la responsabilité de Bosch, qu’il accuse d’avoir « abandonné » le site et ses salariés. « Depuis le début, il y a eu un mensonge sur la reprise. Bosch aurait pu rapatrier une partie de sa production sur le site de Vénissieux, mais il ne l’a pas fait […] Nous sommes les dindons de la farce, mais nous resterons vigilants. »

* Sur les 135 personnes transférées, seules 128 ont été mises à l’emploi par Sillia VL. Les sept autres ont bénéficié d’un plan de départ volontaire.

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