Claire Diterzi, un cœur qui bat

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Si nous étions en 1806… Les gens iraient écouter sur scène les artistes qu’ils ont envie de voir parce qu’ils en ont entendu dire du bien. Ou à l’inverse, parce qu’on leur en a dit du mal et qu’il veulent s’assurer qu’ils sont réellement nazes. En 2015, on se déplace souvent parce que le chanteur est venu à la télé ou sur les radios faire la promo de son nouvel album et annoncer la tournée qui l’accompagne. Le problème, avec Claire Diterzi, c’est qu’elle ne passe jamais à la télé. Et pas souvent sur les ondes, fussent-elles micro.

Il faut donc parler de Claire Diterzi pour donner envie de voir « 69 battements par minute », tout à la fois résultat de son électrocardiogramme mais aussi titre de son album et de son spectacle. Il faut aussi faire parler, Claire, qui se décrit comme « une chanteuse un peu fêlée ». Elle l’écrit même dans son « Journal d’une création », publié chez Je garde le chien, sa société.

« On est dans une période très marchande, qui me gêne, répond-elle dès qu’on lui demande si la chanson, et plus généralement l’art, est politique. Une période qui étouffe les gens sortant des sentiers battus. »

À lire son « Journal », on comprend que Claire ressemble à une petite fille qui a emprunté le chemin des écoliers cher à Marcel Aymé. Une route buissonnière que l’écrivain situe dans le 18e arrondissement de Paris, celui-là même où vit Claire Diterzi. Elle parle d’aujourd’hui et d’hier, de ses souvenirs d’enfance et de ses pulsions d’adulte, de son désir de pouvoir chanter ce dont elle a envie. Ces fameuses idées qu’on dit couchées sur du papier quand Claire préfère les brandir telles des poings.

Ça brasse !

Cette pascalienne en diable, qui aime citer l’infiniment petit et l’infiniment grand du philosophe, rapproche le premier de « l’intimisme du ukulélé » et recherche le second « dans le registre plus pop-rock, avec la Gibson ». Car Claire Diterzi est une guitariste électrique elle qui, enfant, désirait être « guitare-héroïne façon Angus Young » parce qu’elle avait fondu sur un morceau d’AC/DC.

Ne nous y trompons par pour autant : Claire n’est pas QUE chanteuse ou musicienne. «Mes projets se confrontent à toutes les disciplines. « 69 bpm » est écrit à partir des textes de Rodrigo Garcia, auteur argentin qui dirige le centre dramatique de Montpellier. Je veux faire bouger, décongestionner la vision du public et des professionnels sur ce qu’est la chanson. Plus particulièrement avec « 69 bpm ». Quand l’économie va mal et que les subventions baissent, les gens ont peur et s’appuient sur les valeurs sûres. L’époque n’est pas encline à prendre des risques et c’est pourtant ce qu’il faut. » 

Alors Claire revendique hautement ses envies : que ça frotte et que ça gratte. Pour cela, elle veut « contrôler absolument tout et mélanger images, textes, musiques… Ce n’est pas de la chanson du tout mais des textes qui vont avec les musiques ! Ce n’est ni poli ni lisse. » Le résumé de sa démarche se trouve en couverture d’un de ces « petits livres bleus » signés Rodrigo Garcia, découverts par hasard et qu’elle affectionne tant. Le titre dudit bouquin ? « C’est comme ça et me faites pas chier ».

Le premier livre de Garcia qui a attiré son attention s’intitule : « Je préfère que ce soit Goya qui m’empêche de fermer l’œil plutôt que n’importe quel enfoiré ». « J’ai lu ensuite toutes ses pièces, vu « After Sun »… J’ai adoré ! Je suis devenue fanatique de son travail qui est cru, philosophique, poétique, avec un sens de l’image, du spectacle, du texte. Il a accepté que je mélange mes textes aux siens. »

Tout est parti de cette première lecture, y compris le « Journal de création », commande d’un producteur de concert — Olivier Poubelle : « J’y parle de la gestation d’une création, de l’enfance, de la sexualité, du rapport au couple, de l’état d’artiste… » Ce qu’elle résume par : « Qu’est-ce que c’est, être chanteuse ? »

Ne la lancez pas sur le sujet, elle va dire des choses qu’elle ne souhaitera pas voir imprimées ensuite. Gardons toutefois sa définition de cet art : « Un potentiel sous-exploité et stéréotypé, galvaudé par la télé, la Star Ac et compagnie ! » Et celle de son spectacle : « Du gros rock avec des textes de Rodrigo Garcia qui peuvent faire mourir de rire. Il y a aussi des clips et une mise en scène. Ce n’est pas du consensuel et personne ne sort déçu. On est quatre sur scène, deux guitares, un batteur et un bassiste, et on s’éclate. C’est une formule dynamique, violente, stimulante. Les gens rigolent, pleurent et se cramponnent aux fauteuils. Ça brasse ! Je parle de ce qui est sous le tapis et quand on le sort avec une équipe de oufs, ça fait du bien. »

Pour cette artiste « qui cherche ailleurs depuis longtemps », la Villa Médicis, où elle est accueillie en 2010 (sujet de bien des polémiques qu’elle conclut par l’album « Salon des Refusées ») a été « un voyage dans le temps » avec, pour premiers sons imaginés là-bas, « la musique baroque et la viole de gambe », un instrument qu’elle utilise justement pour « Salon des Refusées ». Le titre est bien sûr aussi un rappel de l’exposition marginale de 1863 qui accueillit tous les peintres refusés au Salon officiel du Palais de l’Industrie, parmi lesquels Pissaro, Manet, Whistler, Fantin-Latour…

N’attendons donc pas qu’elle soit où on l’attend, Claire. Ni qu’elle reprenne sur scène ses anciens titres. N’écrit-elle pas dans son « Journal » : « De toutes façons je n’aime pas les habits et les chaussures neufs. J’aime bien les vêtements qui ont déjà été portés, les objets qui ont déjà été utilisés, les hommes qui ont déjà servi, les maisons dans lesquelles on a déjà vécu, mais je n’aime pas le vin qui a déjà été bu et j’ai envie de tout casser quand je tombe sur une allumette déjà cramée remise dans sa boîte d’origine. » Et aussi : « Pour ce projet, j’essaie de m’éloigner des stéréotypes et de la formule “Tour de chant” composée des nouvelles chansons formatées pour un disque, agrémenté d’anciennes chanson du répertoire, parce que j’en ai un peu marre de mes anciennes chansons, on n’est plus en 1806. Je dis ça mais il y en a quand même deux-trois qui collent bien au propos et que j’aimerais remixer dans ce contexte… j’y réfléchirai plus tard. »

69 battements par minute, ça n’est pas beaucoup diront les cardiologues mais nous, public, on a hâte de les entendre et de battre à l’unisson.

 

Claire Diterzi au Théâtre de Vénissieux le 13 novembre à 20h30.
Tarifs : De 11 à 18 euros.
Réservations : 04 72 90 86 68.

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