Rudolph Geoffroy : le mec plus ultra

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Tout le monde s’accorde à dire que, pour se lancer dans une course l’été, en plein désert, avec des températures largement supérieures à 40°, il faut être un peu givré. Et même… ultra givré. “J’ai toujours été attiré par le désert : les paysages lunaires, la nature, le sable, la chaleur… », explique sobrement Rudolph Geoffroy (42 ans), responsable technique au groupe hospitalier mutualiste « les Portes du Sud », à Vénissieux. Une passion qui remonte à son enfance : « Tintin et le Crabe aux pinces d’Or », c’était déjà son livre de chevet.

Le sport, Rudolph le découvre d’abord comme handballeur à Feyzin, atteignant un niveau national. Le voilà ensuite mordu de VTT, déjà sur de longues distances : 163 km au Tour du Mont-Blanc en 2001, le Marathon du Roc’Azur un an plus tard, ou les Chemins du Soleil en 2007, 360 km entre Grenoble et Sisteron. Il ne se lance dans la course à pied qu’à partir du moment où ses deux enfants atteignent l’âge de raison : “J’ai dit à Karine, ma femme, que j’allais troquer vélo contre baskets, histoire de m’entretenir… Et de me permettre d’être plus présent à la maison.” Pêle-mêle, notre sportif s’offre le marathon de Lyon, la SaintéLyon, le marathon de Villeneuve-lès-Avignon… Sauf que… “Une fois accro aux courses d’endurance, je n’ai jamais été aussi absent de mon domicile. J’ai la bougeotte. Heureusement, je partage mes aventures en terres étrangères avec ma famille. Tom, mon fils de 16 ans, me prépare mon sac tandis que Chloé, ma fille de 18 ans, plutôt branchée natation, s’intéresse à mes entraînements. Karine m’accompagne, quand elle le peut. Comme pour mon défi américain de juillet dernier.”

En deux ou trois ans, après avoir avalé des 10 km, dont la Foulée vénissiane, des semi-marathons et des marathons, Rudolph s’attaque en 2008 à son premier défi de longue haleine : course à étapes, le Marathon des Sables se déroule en autosuffisance alimentaire dans le Sud marocain. Chaque concurrent porte sur son dos sa nourriture pour une semaine, seule l’eau portée étant fournie. L’itinéraire de quelque 240 km emprunte toutes sortes de terrains : dunes, plateaux caillouteux, pistes, oueds asséchés, palmeraies, petites montagnes, sur cinq à six étapes, dont un marathon de 42 km et une étape non-stop d’environ 80 km, en partie de nuit. Pas mal pour un début. “Bien entraîné, et sans s’affoler, on en vient à bout, commente l’intéressé. Ce marathon est presque à la portée de tous ! On en revient avec son lot de petits bobos, notamment les ampoules. Mais j’ai eu la confirmation que ce type d’épreuve me convenait à merveille. Depuis, j’ai toujours cherché à aller plus loin dans la difficulté.”

C’est ainsi que depuis cinq ans, depuis que ses baskets sont devenues ses compagnes de route, l’ultra-traileur licencié à l’AFA Feyzin-Vénissieux assure un ou deux rendez-vous annuels en terres inconnues, des courses longue distance si possible dans les pays chauds : au Costa Rica, un ultratrail de 200 km ; en Afrique du Sud, 250 km dans le désert Augrabies… Ces deux dernières années, il s’est offert le Treg, course de 177 km dans la région de l’Ennedi, au Tchad, l’Ultima Frontera de 166 km à Loja en Andalousie…
“Mon objectif n’est pas de réaliser un chrono, tempère le quadra, mais d’aller au bout de mon défi. Je recherche le grand air, l’évasion, je veux repousser mes limites physiques et physiologiques. En arrière-plan, j’ai le désir de voyager, d’aller à la rencontre d’autres gens, d’autres cultures. Avec le temps, une solidarité naturelle entre les coureurs nous fait vivre des émotions partagées comparables à aucune autre.” Quand il a pu boucler un budget pour un de ses trails grâce à un apport personnel et à ceux de partenaires, Rudolph s’applique à mettre de côté une petite somme pour qu’elle soit redirigée vers une école, un dispensaire… Son coup de pouce humanitaire.

He had a dream

S’il a accompli trois longues distances en moins de quinze mois, entre 2014 et 2015, c’est pour pouvoir être sélectionné à la Badwater, un ultramarathon de 135 miles dessiné sur le macadam de ce parc national de Californie connu sous le nom de « Death Valley ». En plein cagnard, en juillet, le mois le plus chaud de l’année, plus de 40° en moyenne.
Au fait, pourquoi la Badwater ? “À force de prendre part à des trails un peu partout, on retrouve les mêmes coureurs fanas, savoure notre marathonien. Beaucoup te renseignent, te disent qu’il faut te frotter à tel trail ou telle épreuve. La Badwater fait partie de ces délires. Être sélectionné, c’est déjà un parcours de combattant tant les critères sont draconiens. Première condition, il faut avoir couru trois courses de plus de 100 miles dans les quinze mois précédant l’épreuve. Ensuite, il faut être parrainé par un sportif qui s’est déjà frotté à la Bad. Moi, c’est Gérard Verdenet qui m’a parrainé. Il l’a faite à deux reprises. Troisième condition, il faut avoir sa propre équipe d’assistance, au moins trois personnes. Heureusement que mon épouse, Gérard encore lui, et Fred Rolsello, mon kiné, ont pu se libérer. Enfin, il y a un délai maximum pour finir la course : 48 heures. Cette épopée a nécessité un budget de quelque 10 000 euros.”

Il y a quelques mois, l’ultra-traileur reçoit le mail tant attendu. “Congratulations ! We are pleased to inform you that you have been accepted to compete in the 2015 Badwater 135 Ultramarathon, presented by AdventureCORPS…” Bien sûr, il avait anticipé depuis longtemps sa sélection, mais Rudolph met alors les bouchées doubles pour être au point. “Avec mes amis préparateur et entraîneur de l’AFA, on avait concocté un programme précis, mélange de courses longue distance, de séances physiques, d’ateliers de musculation, de fractionnés… J’ai installé mon home-trainer dans une véranda, profitant de la canicule pour me mettre en condition. Il faisait plus de 50° sous la verrière ! Le top des entraînements. Dans ma tête, j’étais apte.”

En finissant en quelque 39 heures son périple —un raid qui relie le point le plus bas des États-Unis, le bassin de la Badwater (82 m au-dessous du niveau de la mer) au point le plus haut, le Pic du Mont-Whitney (à plus de 4422 m)—, Rudolph a réussi son pari. Cela s’est finalement bien passé pour lui. “Parmi les 70 concurrents qui ont fini la Badwater 2015, j’étais le seul Français, précise-t-il. La chaleur était intenable, parfois j’avais l’impression de mettre ma tête dans un four à pizza. Heureusement, mes accompagnateurs ne se privaient pas de m’asperger d’eau. J’ai vu des compétiteurs tomber comme des mouches, à l’horizontale. Si un médecin de l’organisation t’arrête, s’il t’hydrate, tu es éliminé. C’était ma seule crainte. J’ai réalisé un truc dingue.”

Après un temps de récupération à base d’entraînements légers, Rudolph va s’attaquer à la Foulée vénissiane —“pour être endurant, il faut travailler sa vitesse”—- afin d’être fin prêt dans six mois pour sa sortie internationale de 2016, la Spartathlon. Son défi ? Mettre ses pas dans ceux du messager athénien Philipidès et tenter de couvrir en moins de 36 heures les 245 km reliant Athènes à Sparte. Presque un jeu d’enfant.

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