Michèle Picard trace la route du mandat

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– Votre équipe a été réélue fin mars mais on dirait qu’on n’en a pas fini avec la campagne électorale, version 2015. Elle a encore déteint sur le conseil municipal du 13 avril. Sera-t-il possible d’y débattre un jour sereinement ?

Michèle Picard : – « Il s’agit sans doute des scories de cette campagne, marquée par la défaite du camp de la droite. Ayant obtenu l’annulation du scrutin, leurs élus étaient persuadés de « faire tomber la ville », comme ils disent. Leur comportement est à la hauteur de leur déception… et du problème de leadership qu’ils ont à régler au sein de leur nouveau groupe. Mais ce qui m’inquiète surtout, c’est l’image qu’ils donnent, qui n’a rien de républicain. Se lever, taper du poing sur la table, comme certains l’ont fait, est totalement irrespectueux. L’ambiance était tellement électrique que le public s’est cru autorisé à s’en mêler. Alors qu’il ne l’est évidemment pas. C’est d’autant plus dommage que l’opposition pourrait mener un travail pugnace et pertinent sur le fond des dossiers, au lieu d’en rester à la polémique. Mais si ces élus pensent ainsi m’empêcher de travailler, ou me mettre en difficultés, ils se trompent. Je préside cette assemblée, j’en assure les pouvoirs de police. Ces comportements ne me déstabilisent pas. »

– Au lendemain de l’élection, vous avez affirmé que votre équipe allait mettre les bouchées doubles. Quelles ont donc été ces premières bouchées ?

M.P. : – « Le contrat vénissian 2014-2020 avait commencé d’être appliqué, il s’agit de le remettre en dynamique. On a relancé le travail sur la programmation sociale des quartiers et la « politique de la Ville ». Maintenant que le conseil municipal a élu les membres de la commission d’appels d’offres, ces deux gros chantiers d’investissement que sont le nouveau groupe scolaire du centre-ville et la cuisine centrale vont pouvoir avancer. Pareil pour le Centre nautique, puisque les délégués de la Ville au syndicat intercommunal ont été désignés. Notre mandat s’était arrêté au moment où nous allions signer une charte de coopération avec une vingtaine d’entreprises de Vénissieux ; nous nous efforçons qu’elle soit ratifiée, si possible avant l’été, et portons l’objectif de l’élargir. Cette charte doit déboucher sur des stages et de l’emploi pour des jeunes Vénissians. Dans un autre domaine, je m’interroge sur une dérive qui participe au délitement du lien social : les addictions. Bien sûr, je pense aux trafics et consommations de stupéfiants mais au-delà, aux addictions comportementales. Notamment aux jeux ou à l’internet. J’ai demandé à une fonctionnaire municipale de me faire des propositions afin qu’on mène en 2016 une initiative forte dans ce domaine où se rejoignent sécurité, prévention, santé, éducation, jeunesse… »

– Allez-vous réinstaller la Mission d’information et d’évaluation de l’amiante dans les groupes scolaires, que l’ancien conseil municipal avait créée à la mi-décembre ?

M.P.« Sur ce sujet comme sur les autres, la Ville est totalement transparente. On ne cache rien, le travail est mené avec sérieux par les services municipaux. Alors, si les conditions légales sont réunies, bien sûr qu’on la recréera. Mais il ne vous a pas échappé que l’on a beaucoup de choses à mettre ou remettre en route. Comme la commission laïcité, par exemple. »

– À ce propos… Dans votre discours d’installation du conseil municipal, il y avait cette phrase : « L’avenir de Vénissieux est en République, une et indivisible, il est dans la tolérance, donc dans le cadre d’une laïcité qui ne se négocie pas. » Quel va donc être le rôle de cette commission ?

M.P.« Je vais d’abord dire ce qu’elle ne sera pas ! Elle ne sera pas un tribunal, devant qui chacun irait poser les problèmes afin de les lui faire trancher. La laïcité est définie en France, on n’en fait pas ce qu’on veut. Il faut repartir de ces bases historiques, qui placent les religions dans la sphère privée, et travailler à partir de cela. Le rôle de cette commission, consultative, sera d’aider les élus dans leur réflexion. C’est dans cet esprit que j’ai demandé à mon adjoint Djil Ben Mabrouk d’en être le pilote. Je souhaite qu’elle réunisse toutes les composantes de la société : enseignants, parents, représentants des cultes, délégués de l’Education nationale, sportifs… J’ai bien conscience que le sujet est compliqué mais il faut qu’on avance. »

– Votre majorité a choisi de ne pas augmenter les impôts locaux. Est-ce que vous ne vous liez pas les mains ?

M.P.« D’abord, je n’ai pas dit que nous n’augmenterions pas les taux de tout le mandat. Mais soyons bien conscients que jamais ces augmentations ne pourront compenser la baisse des dotations que subissent les collectivités. Et quand on étouffe les communes, on étouffe la République. C’est pour ça que la priorité est de se battre contre l’austérité. De l’argent, on peut en trouver si l’on considère que les richesses doivent être redistribuées pour servir l’intérêt général. On nous reproche des charges de fonctionnement trop élevées, à Vénissieux. Nous avons a engagé des efforts pour les réduire. Mais la seule question qui vaille, c’est : quelle société on veut ? On ne fleurit plus la ville ? On fait payer les entrées au festival Fêtes escales ? Notre service public, nous le construisons en fonction des besoins de la population : 3e âge, soins infirmiers, cantines… ou encore la culture dont je ne ferai jamais une variable d’ajustement. Dans les manifestations du 11 janvier, j’ai vu des gens qui revendiquaient une République debout. Et une République debout, ce sont des services publics, des élus républicains qui se battent pour une certaine idée de la France. Je ne laisserai jamais ces sujets aux Le Pen et au Front national. C’est aussi pour cela que malgré ce contexte difficile, je n’abandonne pas le projet de Maison des mémoires. Par respect pour les résistants, pour les fonds qui nous sont légués, pour l’histoire de Vénissieux. J’envisage de le confier à une Fondation. »

– Concernant le secteur du Puisoz, vous avez dit que l’enquête publique était prête à être lancée, avant la parenthèse électorale. Où en est ce projet qui relève de la Métropole ?

M.P. – « Le travail a été mené sur les flux de circulation, l’accessibilité, les aménagements des carrefours. Des réunions techniques se sont poursuivies en notre absence et on devrait avoir bientôt un pilotage politique. Rien n’empêche plus de lancer la concertation avec les habitants. »

– Avez-vous revu le président Gérard Collomb, récemment ?

M.P. – « Non, pas récemment. Mais après ma réélection, il m’a adressé une lettre de félicitations. »

 

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