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L’incompréhensible abandon du Certa

Imaginez que l’on vous prive de deux tiers de vos revenus. C’est ce qui arrive au Certa, le centre de formation historique des Minguettes. La décision, qui émane de la Région, est d’autant plus violente qu’elle paraît totalement injustifiée. Explications.

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Dans le jargon administratif, on parle d’ “attributions de marché de formation longue qualifiante”. Des lignes budgétaires allouées (ou pas) aux organismes qui se sont porté candidats. Le 30 janvier dernier, la commission permanente du Conseil régional, compétent en la matière, a rendu ses arbitrages pour la période 2015-2017. Un véritable coup de massue pour le Certa. Sur les dix marchés espérés, aucun n’a été obtenu. L’Afpa et le Greta se sont taillé la part du lion.

Le manque à gagner s’élève à près d’un million d’euros sur un budget global annuel de 1,5 million ! Autant dire un assassinat en règle du centre de formation historique des Minguettes. Et de nombreuses victimes collatérales : les 27 salariés bien sûr, mais aussi les quelque 600 stagiaires qui fréquentent chaque année les locaux de la rue de la Démocratie. Pas n’importe quels stagiaires. Ce sont majoritairement des jeunes provenant des missions locales de l’est lyonnais, avec une forte proportion de Vénissians, de Vaudais et de Lyonnais des 7e et 8e arrondissements. Un public issu des quartiers populaires et souffrant généralement d’un éloignement du marché de l’emploi.

Pour justifier ses choix, la commission permanente du Conseil régional pointe “une offre de qualité médiocre, une valeur pédagogique insuffisante, une faible organisation de la période d’application en milieu professionnel, une mauvaise qualité des partenaires, un engagement citoyen insuffisant.”
Sauf que tous les éléments tangibles disent l’inverse. À commencer par les taux de réussite aux examens qui oscillent entre 75 % et 100 %. Les partenaires visés sont l’UIMM (l’Organisation patronale des métiers de la métallurgie, autrement dit les chefs d’entreprise) pour les métiers liés à la mécanique ou à la maintenance industrielle, ou encore les bailleurs sociaux pour la formation au métier de gardien d’immeuble. Peut-on trouver meilleur partenaire pour former ou insérer des jeunes dans ces domaines d’activité ? Et ces partenaires se déclarent très satisfaits de leur collaboration avec le Certa. Quant à l’engagement citoyen, à l’heure où l’on mesure avec gravité l’urgence d’une meilleure intégration des jeunes des quartiers populaires, comment peut-on en douter ?

“On a habillé notre élimination sous un discours pseudo-pédagogique”

Comment expliquer alors cette mise à mort du Certa ? “On a habillé notre élimination sous un discours pseudo-pédagogique, considère Marc Plotton, vice-président du centre de formation. La réalité, c’est que l’État s’est complètement désengagé de la formation professionnelle des jeunes. Ce sont les régions qui ont pris le relais, dans un contexte financier contraint comme chacun sait. Pour financer les grands organismes de formation comme l’AFPA, qui autrefois dépendaient intégralement de l’État, il a fallu trouver de l’argent ailleurs. C’est nous qui payons !”

Le long mouvement social qu’a traversé le Certa l’an passé a peut-être également joué en sa défaveur. “En tout cas on nous l’a fait comprendre, souligne le directeur, Wilfried Aubert. Si c’était vrai, ce serait terriblement injuste car les résultats de nos stagiaires aux derniers examens prouvent que le mouvement social n’a pas nui au bon fonctionnement de l’établissement.”
Pour Henri Thivillier, ancien adjoint au maire de Vénissieux, aujourd’hui membre du conseil d’administration, “la décision de la commission permanente du Conseil régional est un irrespect fondamental pour tout ce qui a été fait ici depuis plus de 30 ans”.

L’équipe du Certa, administrateurs et personnel confondu, entend se battre pour sauver son outil. Des courriers ont été adressés à la secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville, Myriam El Khomri, à la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, et à de nombreux décideurs politiques locaux. “Une solution serait d’obtenir que l’Afpa et le Greta nous sous-traitent des marchés de formation”, avance Marc Plotton.

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