Amel Majri : son avenir se dessine avec les Bleues

Majri
Amel a récemment rendu visite à l’école de foot de l’AS Minguettes

Amel a fêté ses 22 printemps ce 25 janvier. En l’espace de quelques saisons seulement, elle s’est affirmée comme une footballeuse talentueuse et reconnue, avec l’OL et depuis peu aussi avec l’équipe de France. Au point qu’elle a de bonnes chances d’être sélectionnée pour disputer la coupe du Monde au Canada, cet été.

“Je n’aime pas les interviews… lâche d’abord Amel Majri. Mais pour la presse écrite, je peux faire un effort. Et puis vous, je vous connais quand même. Alors d’accord, on se voit après un entraînement.”
Et Amel tint parole, juste après une des six séances physiques ou techniques à laquelle elle participe chaque semaine du côté de la plaine de Gerland, fief de l’Olympique Lyonnais. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. On est fin 2014 et ce dernier entraînement a visiblement été difficile… Amel est exténuée. Malgré tout, elle arrive à l’heure à « Expressions », sans même avoir lâché les chevaux de sa petite citadine, voiture prêtée à chacune des footballeuses évoluant en élite par un concessionnaire partenaire de l’OL. Les cheveux encore humides, devant un thé qui la réchauffe, elle s’étonne qu’on la sollicite. “Vous savez, je n’ai rien d’exceptionnel à étaler.”

Et pourtant… En l’espace de quelques mois, la Vénissiane de 22 ans a tapé dans l’œil de Patrick Laire et de Gérard Précheur, les deux derniers entraîneurs de l’OL, qui en ont fait une titulaire indiscutée. Et en février 2014, Philippe Bergeroo, le sélectionneur de l’équipe de France des Bleues, a décidé de l’intégrer dans un effectif pourtant déjà bien fourni. Comme une reconnaissance pour ses qualités bien au-dessus de la moyenne.

Amel Majri et le ballon rond, cela ne pouvait que tourner rond… Comment pouvait-il en être autrement ? Hyper active comme sa sœur jumelle Rachida, Amel n’a jamais tenu en place. Née à Monastir en 1993, elle a découvert les Minguettes et les tours du plateau bien avant ses 5 ans, et les terrains de jeux assez rapidement. Notamment un équipement sportif de proximité baptisé le “City”, au pied de sa tour à la Pyramide. Rapide, adroite, infatigable, Amel passe le plus clair de ses loisirs à taper le ballon avec Rachida, le plus souvent avec des garçons plus âgés, surpris de ne plus régner en maîtres face à cette surdouée du ballon rond et de l’athlétisme. “Maman nous conseillait quand même de ne pas trop jouer avec eux, s’amuse encore la jeune fille. Elle a été notre première supportrice, notre première critique, elle nous a toujours accompagnées. Si j’en suis là, c’est bien évidemment grâce à elle.”

Un peu plus tard, au collège Jules-Michelet où elle se contente du minimum vital en cours (“Elève appliquée, peu mieux faire”), Amel est irrésistible en éducation physique et sportive. Lors des cross du collège, personne ne peut la devancer. Au point qu’elle détient encore un des records du tour dessiné sur 1350 mètres autour de l’établissement : une boucle qu’elle a réalisée en 5’08 alors qu’elle était en 4e ou en 3e. Sportive complète, Amel reçoit les conseils avisés d’Aurélia Ogier, professeur de matsh et fille d’un conseiller technique régional en foot. Prof d’EPS, Alain Bozon a également tout fait pour que cette sportive s’épanouisse en sport co’, et bien évidemment en football. Bien lui en a pris ! En 2007, l’équipe féminine UNSS du collège ira jusqu’en finale du championnat de France, un authentique exploit. “Amel étant le leader du groupe, on s’appuyait sur elle, raconte Alain Bozon. J’ai des souvenirs amusés de cette fille nature, qui croque dans la vie sans se prendre la tête. Lors de la finale en UNSS, il fallait s’y prendre à plusieurs et plusieurs fois pour la tirer de son lit. C’est dire si elle vivait ce moment important en toute sérénité ! Elle a toujours été une technicienne du ballon, une perle qu’il fallait tout simplement polir.” Déjà une leader en foot ? Il faut dire que depuis la saison 2005-2006, sous les couleurs de l’AS Minguettes, Amel s’en donne à cœur joie avec l’équipe des moins de 13 ans garçons (à cet âge, la Fédération autorise les filles à évoluer dans les équipes garçons). Alors, tout naturellement, l’OL invite cet espoir dans ses équipes de jeunes…

Le début de la grande aventure

Amel a 14 ans lorsqu’elle arrive à l’Olympique Lyonnais, où l’on reprend aussitôt pour elle le slogan publicitaire d’une marque automobile : “Elle a tout d’une grande”. Sept ans après, l’analyse s’est vérifiée. Amel Majri est l’une des révélations du football féminin français. Presque naturellement, sans brûler les étapes, elle a d’abord fait ses classes en U19 à l’OL, avant d’être intégrée dans l’effectif du double champion d’Europe pendant la saison 2010-2011. Devenue titulaire indiscutable au sein de l’OL, cette latérale gauchère sait vraiment tout faire. N’a-t-elle pas démarré le football comme attaquante chez les jeunes, puis milieu offensive ou latérale gauche ?

Après s’être imposée au sein d’une équipe lyonnaise en progression constante (huit fois consécutives championnes de France entre 2006 et 2014, mieux que l’équipe masculine élite, et deux titres de championnes d’Europe en 2011 et 2012), Amel a connu un sacré temps fort dans sa jeune carrière professionnelle quand, en février 2014, le sélectionneur de l’équipe de France Philippe Bergeroo la convoque pour le tournoi de Chypre. D’abord comme remplaçante pour se familiariser avec le groupe. Si elle n’est pas même entrée en jeu, Amel a eu un aperçu sur ce qui l’attendait : hymne national, concentration extrême avant et pendant les matches… Reconnaissance de son talent, la Vénissiane a aussi joué pour l’équipe nationale de Tunisie, en jeunes. Son statut d’espoir du foot français lui a permis d’obtenir la nationalité française en quelques mois.

Jusqu’où peut aller la perle polie des Minguettes ? “Elle est polyvalente, très technique, attentive, elle a une marge de progression que l’on ne connaît même pas”, assure le Vénissian Tony Reale, agent de joueurs, son conseiller. Patrice Lair, qui l’entraînait encore à Lyon en janvier dernier, ne cessait de lui rappeler qu’elle devait être constante dans ses efforts, rester concentrée et démarrer à fond tous les matches. Sans difficultés, Amel a fait sienne ces recommandations. “J’ai toujours fonctionné comme ça, confirme-t-elle. Pour moi, c’est même naturel de vouloir faire le maximum à chaque rencontre, officielle ou amicale, puis de faire mieux la fois d’après. Tant que je suis sur un terrain, que je joue, je ne me casse pas trop la tête.”
La suite ? Appelée le 7 mai 2014 pour un match amical face à la Hongrie, remplaçant en cours de rencontre sa partenaire de club Elodie Thomis, elle arrose sa première cape en inscrivant son premier but. L’aventure est en marche. La coupe du Monde au Canada, c’est pour cet été, les Bleues débuteront l’épreuve le 9 juin, face à l’Angleterre. Amel a toutes les chances d’en être.

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