Ouverture du musée des Confluences : un nuage sur du cristal

Confluences © R.B. Expressions 1001Ouvert au public ce samedi 20 décembre avec un peu de précipitation (sans doute parce que son principal financeur, le Conseil général, cède sa place à la Métropole le 1er janvier), le musée des Confluences de Lyon impose son architecture majestueuse dans un environnement pas tout à fait à la hauteur.

Certes, depuis le musée, la vue sur les berges, le nouveau pont Raymond-Barre et la pointe entre Rhône et Saône est somptueuse mais elle ne peut faire oublier la proximité de l’autoroute ni les bâtiments délabrés alentour. Autre point noir : le musée n’est pour l’instant accessible qu’en tramway. Il est évident que les élus ont décidé de bannir la voiture des villes mais… beaucoup de monde circule encore avec ce moyen de locomotion, à plus forte raison les visiteurs étrangers à Lyon qui seront attirés par le musée. Ceux-là devront donc se débrouiller.
Ce que l’on remarque en premier lieu du musée des Confluences est donc bien son architecture, « un nuage sur du cristal » ainsi que l’ont souligné sa directrice, Hélène Lafont-Couturier, et son architecte, Wolf D. Prix, du cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au. Lors de la présentation à la presse, Wolf Prix déclarait : « Il était clair dès le début que le bâtiment devait être quelque chose d’absolument particulier, un concept nouveau pour une situation géographique remarquable. Les sociétés nouvelles veulent des formes complexes pour résoudre des problèmes complexes. Claude Lévi-Strauss et son « arc-en-ciel des cultures humaines », synonyme de nuage, ont inspiré l’architecture du musée. »
En premier lieu, on appréciera la grandeur du hall en verre et sa clarté. Au-dessus, sur deux étages, les expositions permanentes et temporaires ont pris place. Plus haut encore, un dernier étage est pour l’instant toujours en travaux.

Un lieu dédié à la connaissance et à l’émerveillement

Vice-président du Conseil général et président du conseil d’administration du musée, Jean-Jacques Pignard remonte dans le temps pour évoquer la naissance du projet, il y a dix-huit ans. Après diverses négociations, recherches d’un comité scientifique, de financements et de collections, dépassement de budget, le musée des Confluences voit enfin le jour. Mais Hélène Lafont-Couturier voyage encore un peu plus loin dans le passé en évoquant l’origine des collections, un cabinet des curiosités créé au XVIIe siècle par deux demi-frères lyonnais, Balthasar de Monconys et Gaspard de Liergues. « À la mort des deux frères, les objets sont rachetés par un médecin d’origine vénitienne, Jérôme-Jean Pestalozzi, qui leur amène un esprit scientifique. Ses héritiers cèdent à la Ville de Lyon ce qui deviendra un cabinet d’histoire naturelle. Au début du XIXe siècle, ce fonds va servir de base au muséum qui s’installe au Palais Saint-Pierre, à côté du musée des Beaux-Arts. Les collections augmentent et, très vite, le muséum se retrouve à l’étroit. Il entame alors une cohabitation difficile avec le musée des Beaux-Arts.

« Parallèlement, Lyon voit naître un nouveau musée : sur le boulevard des Belges, Émile Guimet ouvre en 1879 un bâtiment consacré aux religions, qu’il finance entièrement. Et qui ferme trois ans après son ouverture. Guimet part à Paris pour créer un autre musée, place d’Iéna, sur les mêmes plans que celui de Lyon. En 1913, Édouard Herriot, jeune maire de Lyon, rachète le bâtiment du boulevard des Belges et propose à Guimet d’y faire revenir sa collection qui va cohabiter avec celle du muséum. Avec le cabinet des curiosités, le muséum et le musée Guimet, la quatrième racine du musée des Confluences vient des collections du musée colonial créé par Herriot en 1927. Auxquelles s’ajoutent en 1979 celles des Missions catholiques de l’Œuvre et de la Propagation de la Foi. »
Il faudrait encore ajouter à ce palmarès le nom de Michel Côté qui, dès la fermeture du musée Guimet en 2007, conduit pour le musée qui se prépare une politique d’achats ambitieuse, depuis des squelettes de dinosaures jusqu’aux masques africains. En tout, ce sont 2,2 millions d’objets qui sont mis à disposition de « ce lieu dédié à la connaissance et à l’émerveillement ». Et 300000 qui sont exposés.

Confluences © R.B. Expressions 879Des muséographies ambitieuses

Une fois la collection constituée, comment l’ordonner ? C’est là qu’entrent en jeu les scénographes. Trois agences se sont vu confier la mise en scène des collections : Klapisch-Claisse (« Origines, les récits du monde » et « Éternités, visions de l’au-delà »), Zen + dCo (« Espèces, la maille du vivant ») et Du & Ma (« Sociétés, le théâtre des hommes »).
La présentation d’une collection a toujours posé des problèmes : après les grands musées hérités du XIXe siècle où le visiteur n’en pouvait plus d’errer d’une pièce à l’autre en se disant qu’il loupait forcément quelque chose (Le Louvre, le British Museum, les musées du Caire, d’Athènes, etc.), quelques conservateurs s’étaient décidés, au milieu du XXe siècle, à concevoir une autre façon d’apprécier une collection. C’est ainsi qu’en 1959 l’architecte Frank Lloyd Wright inventa l’hélice du Guggenheim Museum de New York, dans laquelle le visiteur n’avait qu’un choix de cheminement possible et pouvait profiter à loisir de l’intégralité des collections.
La muséographie de ces dernières années a suivi d’autres courants. On l’a vu avec le musée des Arts premiers du quai Branly, à Paris. On le voit avec le musée des Confluences aujourd’hui. Osons le mot : pour magnifiques que soient les collections abritées aux Confluences, leur présentation fait un peu « fourre-tout » et l’on peut avoir d’autant plus de mal à étiqueter le musée : ni ethnographique ni d’histoire naturelle ni scientifique ni archéologique ni des arts et métiers mais un peu tout cela. « Nous avons privilégié, confie sa directrice, la philosophie de la rencontre, l’intelligence des regards croisés. »
Quand on questionne l’un des scénographes sur la relation entre le squelette du camarasaurus, charmant dinosaure de 7 m de haut, et le masque amérindien situé juste en face, il répond par un mot : « dialogue ». C’est ainsi que les cocottes-minutes, les grille-pain, un minitel ou un double phaéton Berliet voisinent avec des minéraux ou une statuette baoulé. Que le célèbre mammouth de Choulans — dont les défenses ont d’ailleurs été mises dans le bon sens, alors que, pendant des années, elles avaient été montées à l’envers— jette un œil sur une maquette de Spoutnik et sur une divinité chinoise. Ou que des animaux naturalisés côtoient des masques japonais ou une table de radiologie.

Au visiteur de se montrer aussi intelligent, aussi curieux que ne le sont les mathématiciens, philosophes, anthropologues et autres neurophysiologistes qui constituent le comité scientifique du musée.
Reste, et c’est le plus important, le plaisir de la découverte. Dans chacune des salles, le regard est sans cesse attiré par tel objet archéologique ou artistique émouvant, tel squelette impressionnant, tel animal époustouflant (le crabe-araignée géant). On passe de la naissance de l’humanité à la notion de mort et d’éternité, on chemine dans un musée d’une conception très moderne pour se retrouver, dans une salle, plongé dans nos souvenirs d’enfance du musée Guimet. On a envie de tout voir et l’on sait qu’il faudra y passer du temps. On a envie de revenir avant même d’avoir achevé sa première visite. Le cristal des collections nous laisse quelque peu l’esprit dans les nuages de l’éblouissement. C’est cela, le musée des Confluences.

Musée des Confluences

86, quai Perrache Lyon 2e

Tél. : 04 28 38 11 90.

www.museedesconfluences.fr

Expositions permanentes : Origines, les récits du monde ; Espèces, la maille du vivant ; Sociétés, le théâtre des hommes ; Éternités, visions de l’au-delà.

Expositions temporaires, jusqu’en juillet 2015 : Les trésors d’Émile Guimet ; Dans la chambre des merveilles.

À partir du 1er février : À la conquête du Pôle Sud (jusqu’en juin 2015).