À Guy Fischer, l’hommage du peuple et de la République

G.Fischer © R.Bert Expressions 030

 

« On m’a souvent demandé comment je concevais mon travail de parlementaire communiste, expliquait Guy Fischer le 26 septembre à Vénissieux, où il avait choisi de faire sa dernière intervention publique. J’ai toujours répondu que j’étais au service de la population du département, de notre ville et des élus locaux. J’ai consacré des milliers d’heures à recevoir les gens : du chômeur en difficultés au syndicat de salariés en lutte, de la mère de famille en recherche de logement au chef d’entreprise. J’en ai tiré une immense richesse. Mes dix-neuf années de mandat n’auraient eu aucun sens sans cet aller-retour entre les grandes questions nationales, les textes de lois et la vie des gens. »

La cérémonie en mémoire de Guy Fischer, vendredi après-midi à Vénissieux, a été à l’image de ce que fut la vie de ce sénateur avide d’échanges et de proximité. Au coude à coude, combien étaient-ils dans la salle Irène-Joliot-Curie, bondée au point que des dizaines de personnes ont dû rester dehors ? Largement plus de mille personnes, venues rendre un dernier hommage à Guy Fischer, et entourer sa famille. Des élus d’aujourd’hui et d’hier, des maires, des conseillers généraux, des députés et des sénateurs (une soixantaine d’entre eux étaient arrivés dans la matinée de Paris)… Mais aussi et peut-être d’abord les habitants : de Vénissieux, de toute l’agglomération, de toutes origines. Jeunes, couples, familles, militants politiques, militants associatifs, militants de la cause palestinienne, On croisait ici un prêtre, là des syndicalistes, des enseignants, des sportifs… Certains avaient fait une longue route pour être présents. Un groupe de personnes malentendantes était accompagné d’une interprète en langue des signes, langue pour la reconnaissance de laquelle le sénateur s’était fortement engagé dans une proposition de loi. Le peuple, dans toute sa diversité.

Symbole fort, c’est avec la berceuse « A vava inouva » (« Mon papa à moi ») du chanteur kabyle Idir, que s’est ouverte la cérémonie. On sait combien Guy Fischer s’était engagé pour l’Algérie, notamment pour la reconnaissance du 19 mars — jour du cessez-le-feu, en 1962 — comme journée nationale du souvenir des victimes de la guerre d’Algérie.

Il revenait d’abord à Michèle Picard, le maire de Vénissieux, de tracer avec émotion le portrait de l’homme qu’elle a connu adolescente, de l’élu qui s’est employé « à relier les hommes comme les territoires ».« Notre ville vient de perdre l’un des siens, un référent et un confident, une figure emblématique des combats d’hier et du temps présent. »

Après la lecture d’un message d’André Gerin, c’est Nicole Borvo, ancienne présidente du groupe communiste républicain et citoyen du Sénat, aux côtés de Robert Bret et Roland Muzeau —« avec qui Guy Fischer formait un trio d’inséparables »— de parler de celui qui, « en devenant sénateur, a fait entrer au parlement le peuple de Vénissieux ». Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et également sénateur, évoquait « un magnifique parcours d’engagement communiste ».

Gérard Larcher, le président du Sénat, qui avait déposé la croix de chevalier de la Légion d’honneur sur le cercueil du défunt, présentait à la famille et aux Vénissians des « condoléances du cœur ». Lui aussi évoquait de nombreux souvenirs partagés avec celui qui fut « un très grand vice-président communiste du Sénat » : « Pendant toutes ces années, il a honoré notre assemblée de son engagement indéfectible aux valeurs républicaines », dit avec force l’élu UMP qui expliquait avoir rejoint les gaullistes sociaux à 17 ans à l’âge où Guy Fischer s’engageait, lui, auprès de la Jeunesse communiste. Et il saluait « l’élu, le militant sincère, l’homme de conviction », avec qui il avait tissé des liens « particulièrement forts ».

Thierry Renard portait ensuite l’au-revoir de Denise Cavallier à son compagnon, « infatigable homme aux semelles de vent ». Puis le poète mêlait sa voix à celles d’Olivier et de Xavier, les fils du sénateur décédé, « pour parler de l’ami, et du père aussi », évoquer l’espérance et la fraternité. La cérémonie se terminait avec la projection d’un film monté par Xavier Fischer pour le 70e anniversaire que leur père avait récemment fêté ; film faisant revivre affectueusement le contexte familial et les engagements de Guy Fischer.

Un défilé s’engageait alors pour un ultime hommage à celui qui laisse « une trace indélébile » à Vénissieux, selon la formule du maire. Bien longtemps après, le cercueil drapé de tricolore quittait la salle Irène-Joliot-Curie, longuement applaudi. Bien longtemps après que le cortège de voitures se fut éloigné, les applaudissements retentissaient encore.

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