Michèle Picard : "Le sérieux et les compétences de notre équipe ont gagné"

portrait PicardAvant la mise en place du nouveau conseil municipal, le maire décrit les priorités du mandat 2014-2020. Elle exprime aussi sa grande inquiétude face à l’abstention, à la montée du Front national et des extrémismes.

Le conseil municipal se réunit le 5 avril pour élire le maire de Vénissieux. Cela ne fait pas de doute, mais cela va mieux en le disant : serez-vous présentée par la nouvelle majorité pour exercer ce mandat 2014-2020 ?
“Jusqu’à samedi, je suis le maire sortant… Et oui, je serai le maire entrant, à partir de samedi !”

Député suppléante, adjointe au maire, maire… Vous exercez des fonctions électives depuis longtemps mais pour la première fois, le suffrage universel vous a choisie vous, Michèle Picard. Cela change-t-il quelque chose ?
– “Bien sûr, ce vote me fait gagner en légitimité puisque certains la contestaient en me taxant “d’héritière”. Mais la vraie légitimité, on la trouve dans la pugnacité qu’un élu met à accomplir le mandat qui lui est confié.
“Je vois donc surtout dans cette élection au suffrage universel la validation du travail que j’ai fait depuis 2009 pour bien connaître la ville, ses dossiers, ses habitants. Elle valide aussi un comportement honnête. Moi, je n’ai pas tout promis.
“Depuis dimanche, beaucoup de personnes me disent : votre élection est méritée. Dans ma tête, je réponds : elle n’est pas mérité, elle est juste. Au-delà de ma personne, c’est le sérieux et les compétences de notre équipe qui ont gagné.

Vous avez déclaré que la campagne s’est déroulée dans un climat délétère et populiste. Mais aussi que ces difficultés avaient soudé votre équipe. De quelle façon ?
“Tous mes colistiers ont été très impliqués dans la campagne. Notre équipe a ainsi commencé à se souder, dans l’amitié entre ses membres et dans la confrontation avec les autres candidats qui ne se sont pas gênés pour avancer des programmes spectaculaires mais nullement financés.
“En tant que capitaine d’équipe, je suis vraiment bien entourée. Si cela n’efface pas les coups que l’on reçoit, cela les amortit, même si le maire reste toujours en première ligne.”

Vous dites qu’après ces élections municipales et le passage de dix villes au FN, la France ne sera plus comme avant. Pourquoi ?
“Parce que notre société est en plein délitement. La casse de l’industrie et de l’emploi ont cassé bien des repères. Des candidats ont oublié toute éthique, ont multiplié calomnies et mensonges. Mais si les politiques tirent vers le bas, ils ne sont pas les seuls. Sur les réseaux sociaux, on a été confrontés à de la diffamation, aux pires rumeurs. Et les media aussi ont leur responsabilité, quand ils cherchent un produit marketing à la place d’un maire sérieux et conséquent.
“Quelque chose s’est cassé. Les ingrédients sont réunis pour que le fascisme s’installe en France. J’imagine que le climat des années 30 était celui-là, avec des forces réactionnaires prêtes à s’allier.
“Il faut redonner des valeurs. On peut avoir des opinions différentes mais la République doit nous unir.”

Votre adversaire de droite, Christophe Girard, a annoncé qu’il déposerait un recours en annulation du scrutin auprès du juge électoral en raison, dit-il, d’irrégularités constatées dans la conduite du scrutin et des Vénissians candidats sur une liste sans l’avoir voulu. Quelle est votre réaction ?
“Je ne dirai jamais assez que les identitaires se combattent au quotidien. C’est ce que je fais au conseil municipal depuis que je suis maire. Quand il y a eu l’affaire du salut hitlérien à la Part-Dieu en 2012, je suis le seul maire à m’être indignée. Mais en cinq ans, je n’ai pas entendu une seule fois M. Girard, le président du principal groupe d’opposition, interpeller M. Benedetti ou s’élever contre les propos qu’il tenait. Qu’il se réveille maintenant, je trouve ça un peu… bizarre. Je le soupçonne même d’avoir des arrières pensées électoralistes.”

La grève des urnes ne fait-elle pas porter une autre ombre dramatique sur les scrutins ?
“Un taux d’abstention à 38% dans une élection de proximité, ce n’est plus un péril, c’est un désastre. Notre démocratie est en danger.
“Beaucoup de gens, des jeunes en particulier, ne sont pas allés voter parce qu’ils sont déçus par la politique nationale. Je comprends qu’ils soient exaspérés parce que nos vies ne changent pas avec Hollande alors qu’on a viré Sarkozy en 2012. Mais pour autant, il ne faut pas oublier ce qu’ont été les années de sa présidence. Il a détruit les digues entre le FN et la droite républicaine. Et ne parlons pas des atteintes portées à la laïcité…
“Il ne faut pas tout confondre. Ce qui me heurte, c’est de voir le revirement des électeurs, qui ont choisi des représentants de Sarkozy à Saint-Priest, Saint-Fons, Pierre-Bénite et dans tant d’autres villes.”

Dans une mairie, cela a encore du sens le clivage gauche-droite ?
“Bien sûr que oui ! Les valeurs qu’on défend ne sont pas les mêmes. Une mairie où se mène une politique de droite et une mairie où se mène une politique de gauche, ce n’est pas pareil pour le quotidien des habitants, pour la solidarité, le vivre ensemble.
“Moi, je ne me suis jamais trompée d’adversaire. Et je ne suis pas anti-socialiste. D’ailleurs, dans mes référents, je cite toujours les progressistes, les antifascistes, le Parti des fusillés (le PCF), le ministre socialiste Roger Salengro, les résistants du groupe Manouchian et, parmi les Vénissians, les frères Amadéo, les maires Ennemond Romand ou Louis Dupic.

– Quel sera votre premier geste de maire ?
“Depuis mardi, les expulsions locatives sont à nouveau autorisées. Tout en travaillant en amont pour les éviter, je vais aller dès cette semaine déposer à la préfecture de nouveaux arrêtés les interdisant à Vénissieux.
“Ensuite, j’ai affirmé dès dimanche que le contrat vénissian 2014-2020 serait appliqué à la virgule près. Aussi, après l’élection du maire et des adjoints, samedi, une autre réunion du conseil municipal est convoquée le 14 avril, notamment pour la mise en place des commissions. Et dès cette semaine, l’équipe municipale est au travail pour avancer sur les sujets prioritaires abordés ces derniers mois : l’emploi, le logement (même si ces thèmes sont loin de relever uniquement d’une politique locale), l’urbanisme, le stationnement, les commerces…”

2 pensées sur “Michèle Picard : "Le sérieux et les compétences de notre équipe ont gagné"

  • 4 avril 2014 à 0 h 22 min
    Permalink

    Bravo à mme Picard pour sa reelection. Elle a essuyé beaucoup de critique mais elle a tenu face à ceux qui la critiquait

  • 4 avril 2014 à 0 h 22 min
    Permalink

    Bravo à mme Picard pour sa reelection. Elle a essuyé beaucoup de critique mais elle a tenu face à ceux qui la critiquait

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