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"Lorenzaccio" : Musset chez Scorsese

Si Musset avait vécu aujourd’hui, dans quel milieu aurait-il installé ses personnages ? Où pourraient bien se nicher le romantisme exacerbé d’un Lorenzaccio et la noirceur de son âme ? Michel Belletante, qui met en scène ce drame au Théâtre de Vénissieux le 15 mars, a une réponse : les derniers romantiques sont devenus des gangsters. Remisés au placard, les jabots d’Alfred et son beau langage retrouvent de la verdeur chez des truands tout droit sortis d’un film de Martin Scorsese ou d’Abel Ferrara. Les accroche-cœur ont cédé leur place à la gomina, les rapières ont disparu, remplacées par des flingues. Et ce n’est pas le hasard qui fait que le spectacle s’ouvre sur un générique, comme dans tout bon polar qui se respecte.
Reprenons dans l’ordre. Musset décrit l’atmosphère délétère de la Florence du XVIe siècle, que le duc Alexandre de Médicis a placée sous sa coupe. À ses côtés, Lorenzo, que le peuple accable du surnom péjoratif de Lorenzaccio, est l’âme damnée du duc. Ça, c’est pour la façade car, au fond de lui, le jeune homme veut venger sa ville, ses concitoyens et son honneur de la honte dont le méchant duc a englué les murs ocres de Florence.
Belletante costume son duc du XVIe en parrain de Brooklyn et pirate à son profit l’iconographie qui va avec : hommes de main armés et poules délurées, orchestre électrique, sorties en boîtes de nuit et orgies déguisées (Alexandre a choisi de revêtir l’habit d’une nonne). Mais le discours reste de la plume de Musset, de la même manière que Baz Luhrmann, quand il avait transformé Leonardo Di Caprio en un Roméo du XXe siècle (dans « Roméo + Juliette », en 1996), avait conservé les dialogues de Shakespeare.
Du coup, cette relecture séduisante force le spectateur à mettre au rencard l’idée qu’il se faisait du héros de Musset. Lequel a définitivement les traits de Gérard Philipe, dont on garde en mémoire les images en Lorenzaccio et en Perdican d' »On ne badine pas avec l’amour », autre pièce de Musset immortalisée par le grand comédien. Bien sûr, on n’a pas vu Philipe sur scène et son souvenir s’estompe mais, malgré tout, Lorenzaccio conserve son visage. Celui de Thomas Di Genova est tout aussi juvénile, tout aussi tourmenté par le doute et forcément plus moderne. On pouvait pardonner à Gérard Philipe la veulerie de Lorenzaccio parce qu’il était tout à la fois le Cid, Julien Sorel et Fabrice Del Dongo dans l’esprit des spectateurs. On passera moins de choses à Thomas Di Genova, pas plus ses évanouissements devant une arme que sa duplicité à l’égard des convoitises amoureuses du duc de Florence : ce pitoyable héros qui ne rêve que de meurtre n’en a finalement que plus de force. Di Genova ne tire jamais le personnage vers le haut et lui confère au contraire une noirceur idéale. Face à lui, Philippe Nesme est un inquiétant duc Alexandre, tordu à souhait. Et les autres comédiens sont tout à l’avenant.
En choisissant de se placer directement dans l’œil du cyclone, Lorenzaccio ne se rend pas compte qu’il va être aspiré comme tout le reste. Et la solution politique (le remplacement du tyran par un tyran, tous deux joués par le même comédien) n’en est que plus implacable. Un fort cynisme baigne la pièce et, en signe de résistance, Michel Belletante fait porter à l’un de ses comédiens (que l’on retrouve sur l’affiche du spectacle) le masque des Anonymous. Lorenzaccio est lui aussi un anonymous qui veut pirater le système de l’intérieur. C’est là toute la force de la pièce de Musset, relue par Belletante : vaut-il mieux avancer masqué ou à visage découvert pour reconquérir la liberté ? La réponse ce 15 mars au Théâtre de Vénissieux.

« Lorenzaccio » : le 15 mars à 20 heures. Tarifs : de 8 à 18 euros.
Présenté dans le cadre « En scènes ! », le spectacle sera suivi par une rencontre en bord de scène avec l’équipe artistique.
Réservations : 04 72 90 86 68.

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