Bouger… Éliminer

Avec son parcours de santé « En mouVement », la Ville de Vénissieux mène la lutte contre le surpoids des enfants de 6 à 11 ans. Objectif ? Donner goût à l’activité physique et sensibiliser les familles à un mode de vie plus sain. Ce programme a été primé par l’Agence pour l’éducation par le sport et le maire va prochainement recevoir le Trophée des collectivités de l’APELS.

Jeudi, 17 heures, au gymnase Pasteur. Anesse, Ilyes, Houssame, Djessim, Zamzam, Eulalie, Haïdati, Inès, Dina, Naila et Nurgul se retrouvent après la classe. Certains sont scolarisés à Pasteur, d’autres viennent des Minguettes. Tous ont été repérés par les infirmières scolaires, en lien avec le médecin scolaire, pour leur surpoids et il a été proposé à leurs parents de les intégrer au parcours de santé « En mouVement » mis en place à Vénissieux dans le cadre de l’atelier santé ville.
Après l’installation des tapis de sol, Mathieu accompagné d’un éducateur sportif du service municipal des sports va donc les faire jouer… et bouger. Mais ici, pas question de faire des tours de gymnase en courant ! On parle en cycles : l’araignée, le lion, l’éléphant (bras et  jambes tendus) et le serpent (on rampe sur le sol). Les enfants ont pour consigne de ne pas s’arrêter et de ne pas se toucher : « Sinon, vous êtes éliminés !» L’échauffement se termine par le loup glacé. Puis c’est le jeu des bonshommes : chacun s’écoute respirer. « Qu’est-ce que ça veut dire si votre respiration est plus forte à la fin qu’au début  ? » « C’est que nous nous sommes bien échauffés ! » répondent en chœur Eulalie et Zamzam. Les deux fillettes sont radieuses. Les jeux se succèdent encore : celui de la tortue, ou encore de la lutte funambule.
« L’objectif est de favoriser la prise en charge du surpoids des écoliers« , raconte Karen Finsterle. Infirmière de santé publique du Service communal hygiène et de santé , Karen est coordinatrice de ce programme que la Ville développe depuis janvier 2011. « On favorise une activité physique régulière tout en sensibilisant les familles à l’adoption d’habitudes de vie saine, tant pour les rythmes de la journée que du point de vue diététique. On demande aux familles d’adhérer à ce parcours et leur engagement doit être total. Il ne s’agit pas de soins à proprement parler mais d’amener les parents et les enfants concernés à une prise de conscience de la surcharge pondérale. Le but n’étant pas de les faire maigrir mais de stabiliser ou d’inverser leur courbe de croissance. »
« Ces enfants sont un peu mis sur la touche dans les clubs sportifs, relève pour sa part Mathieu Audras, animateur APAS (Activités physiques adaptées à la santé). Ils sont parfois victimes de moqueries. Et s’ils ne réussissent pas aussi bien que les autres, ils perdent confiance. Ici, on leur redonne goût à bouger. On leur apprend à gérer l’effort et à découvrir leurs capacités en toute sécurité. Ce programme recherche avant tout le plaisir que l’on éprouve dans la pratique sportive. Ses contenus éducatifs s’articulent autour de plusieurs axes : la gestion de l’effort, la confiance et l’estime de soi, la motivation.»

Accompagner et motiver l’enfant

Le cours passe vite, très vite. Déjà 18 heures. Avant de retrouver leurs parents, les enfants remplissent leur « passeport » comportant une page par activité. Ce passeport va permettre à l’enfant d’échanger avec l’infirmière scolaire sur son ressenti. Il laisse place aussi à la diététique. Car ce parcours de santé doit permettre à l’enfant et à sa famille de se familiariser à l’activité physique et à l’alimentation. « Pour se sentir mieux dans son assiette et mieux dans ses baskets ! » lance Eulalie.
Ce parcours de santé s’étale sur deux ans avec la possibilité pour les familles qui ne veulent -ou ne peuvent- pas s’engager, de participer à une activité préparatoire. Mais pourquoi donc une telle initiative à Vénissieux ? Parce que l’obésité est un vrai problème de santé publique. Déjà en 2007, l’Observatoire régional de santé avait mis en avant des problèmes de surpoids (30% de la population vénissiane) évolutifs vers l’obésité (11% de la population) ; un trouble à l’origine de maladies telles que le diabète ou de pathologies cardiovasculaires, causes de surmortalité prématurée.
Si le phénomène ne concerne pas que les quartiers en difficultés, il y est plus marqué. Les familles en situation de précarité ne se représentent pas toujours leur pathologie et ne réalisent pas forcément la nécessité de la prendre en charge. Dans ce contexte, les dépistages de l’obésité infantile, réalisés en milieu scolaire par les infirmières municipales, restent la plupart du temps sans suite car rares sont les familles qui poursuivent les démarches de soins. C’est la raison pour laquelle la Ville de Vénissieux s’est accordée avec ses partenaires sur l’importance de mettre en place un parcours de santé à l’échelon local.
Le suivi ne s’arrête pas aux rendez-vous dans les gymnases Pasteur ou Alain-Colas, loin de là. Chaque mois, Karen l’infirmière téléphone aux familles pour dresser un bilan de la situation : « Cela les motive et les valorise dans leurs parcours. Ce contact permet aussi de recueillir leurs attentes et de suivre la progression de l’enfant telle qu’elle est perçue par l’entourage. Un courrier est adressé au médecin généraliste qui suit l’enfant pour l’impliquer dans cette prise en charge. » Et deux fois par an, les participants au programme rejoignent des temps forts organisés par la direction départementale de la Jeunesse et des Sports, afin d’apporter une note ludique supplémentaire au projet. Ainsi l’an dernier, enfants et parents ont participé à une soirée bowling ainsi qu’à une « cani-rando ».

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