Mehdi et Nico, artistes en résistance et fils rouges de Fêtes escales

Fils rouges de Fêtes escales 2012, Nico Tico (de XLR Project) et Mehdi Benachour (alias Lee Harvey Asphalte) vont créer un office du tourisme dans le parc Louis-Dupic, avec l’aide des Vénissians qui ont participé à leurs ateliers. Inauguration demain, mercredi 11 juillet, à 21h30. Puis, trois soirs durant, ils utiliseront aussi la poésie pour commenter l’actualité à leur manière, en slam et en images.

Ils s’étaient croisés ici ou là mais c’est la première fois que Nico Tico et Mehdi Benachour travaillent ensemble sur «un projet réfléchi». Le premier, fondateur de XLR Project, est un plasticien dont la palette utilise la vidéo et le numérique. Le second s’est fait connaître sur la scène slam sous le nom de Lee Harvey Asphalte. Réunis par Michel Jacques, le directeur des Fêtes escales, tous deux ont proposé le projet O.T.U., pour Office du tourisme underground.
Originaire d’Orléans, Nico s’est installé à Lyon depuis dix-sept ans. Passionné de peinture «depuis tout petit», il l’a pratiquée, ainsi que la sculpture. «En m’intéressant à la lumière, je suis arrivé aux films. Je projetais des images pendant les concerts, ce qu’on appelle aujourd’hui le VJing. Je fais partie des premiers en France à avoir tenté ces performances virtuelles. À 23 ans, je parcourais le pays le vendredi et le samedi, pour installer des écrans là où il n’y en avait pas. C’était le début de la musique électro dans le milieu underground… J’ai très vite travaillé avec des danseurs. Je me suis également inscrit aux Beaux-Arts et aux Arts appliqués. J’ai ensuite été repéré par des institutions et moi qui arrivais avec une étiquette «underground», j’ai travaillé sur la Biennale de la danse, sur la Biennale du design de Saint-Étienne ou encore avec l’Opéra de Lyon. En 1999, j’ai créé XLR Project, un laboratoire multimédia et de vidéos artistiques.»
Cherchant toujours à être «à la pointe de la technologie», Nico est fier d’avoir été choisi pour créer la patinoire interactive de Yokohama, au Japon, ce qui a fait connaître XLR au niveau international. «C’était une demande du musée d’art contemporain de Yokohama pour une patinoire en plein air, explique-t-il. J’ai placé des capteurs dans la glace. La vidéo était générée par les patineurs, comme une peinture numérique. On appelle cela Ice Painting, la peinture sur glace.»
Son parcours, Nico le résume ainsi : «Je suis plasticien, artiste numérique. Je fais de la mise en espace…». Mehdi intervient : «mise au gynie… mise en thropie…». Nico, qui a l’habitude, poursuit : «J’ai toujours créé mes outils grâce aux programmes informatiques. La technologie est sophistiquée mais au final, l’important est que le public regarde et s’amuse. Je veux être au plus près du vivant, des habitants. Pour les ateliers des Fêtes escales que nous avons menés avec les Vénissians, je leur ai donné mes propres processus de travail : le travelling, la macro, le stop motion (animation image par image)…»
Tous deux s’accordent pour dire que l’O.T.U., «c’est faire de la poésie avec des textes et des images».

« L’idée de l’engagement, voilà ce qui importe »

Mehdi, dont la grand-mère vit à Vénissieux, se présente comme «un Afro-Lyonnais» : «Ma mère est Allemande et mon père Algérien. Je me suis trouvé très tôt dans une logique de métissage et de rencontres. J’ai fait des études d’arts appliqués et d’histoire de l’art. Je pratiquais le graff puis je me suis intéressé à l’écriture. Prof d’arts plastiques, j’écrivais pour moi.
« Au début des années deux mille, j’ai organisé une première soirée slam avec des amis. Elle a attiré une trentaine de personnes. Pour la deuxième, on était 200… après, on refusait du monde. Pendant deux-trois ans, on a fait de telles soirées aux Subsistances, à Lyon.»
Depuis, celui qui est devenu pour la scène Lee Harvey Asphalte (après avoir hésité avec Dolce Guevara) a donné de nombreux spectacles (slam, chanson urbaine et chic) en France, a joué pour l’Unesco au Liban en 2006, s’est produit en Algérie. Il fera cet été plusieurs fois la première partie du groupe Zebda.
Mehdi aime mettre les arts en relation entre eux et il cite en exemple ces étonnantes passerelles qu’il érige entre «un auteur du XIXe siècle et un rappeur new-yorkais». Ou entre Le Caravage et le hip-hop. Lui-même n’a-t-il pas joué dans les squats et coécrit un spectacle pour l’Opéra de Lyon ? Ce qui importe, c’est «l’idée de l’engagement».
« Il y a cinquante ou soixante ans, les poètes étaient engagés : Aragon, René Char, etc. Je voudrais revenir à un engagement au sens large, sans être encarté. Avoir un rapport instantané avec les gens équivaut à revenir au cœur de l’agora. Je veux travailler la poésie orale, la poésie du lieu et tant pis si certains qualifient cet art de ringard. Dans cette même démarche, je fais aussi des ateliers en prison, dans des établissements psychiatriques. Certaines choses peuvent être exprimées en poèmes et pas autrement.»
Depuis que des musiciens mettent ses textes en musique, Mehdi dit vouloir réconcilier poésie et modernité. Il se tait un moment et puis… «Ça fait prétentieux, non ?»

Donner des émotions pures en utilisant les nouvelles technologies

Le jeune homme a une expression pour définir ce qu’il veut faire, «la technique du pas de côté». Tandis que son ami plasticien revendique «le changement de regard des gens sur les choses». Mais revenons à leurs prestations pour Fêtes escales. Outre l’inauguration du fameux Office du tourisme underground mercredi 11 juillet à partir de 21h30, ils vont les 12, 13 et 14 juillet autour de 22 heures, s’enfermer dans une structure pour «donner des émotions pures en utilisant les nouvelles technologies». Baptisé «Unformation», ce spectacle sera «le pendant d’O.T.U.». Ils l’affirment, avec O.T.U., les Vénissians créeront leur propre office du tourisme : «Vénissieux est un puzzle de 60 000 pièces. On essaie d’en rassembler le plus possible pour avoir une vue d’ensemble.»
Pour «Unformation», ils vont donc se retrouver sous une forme en lycra, proche du minéral (ils parlent de quartz), à travers laquelle on verra leurs silhouettes. «Il faut que l’imaginaire travaille et que le spectacle soit pluriel. On va tester un mapping rétro-projeté, chose qui n’existe pas encore. Ce sera une création et c’est une chance qu’on nous offre.»
À partir de sujets d’actualité plus ou moins proches, Mehdi slamera et Nico projettera des images, pendant une trentaine de minutes. Chaque soirée sera différente, ce qui est loin d’effrayer nos deux amis, eux qui sont des habitués de la performance.

site : http://otu-project.net/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *