École du Centre : rendez-vous dans cinquante ans

Projetons-nous le 8 octobre 2061, soit cinquante ans après la célébration du centenaire de l’école du Centre. Alors que les voitures suivent la circulation au-dessus du groupe scolaire (attention, pour le stationnement, la partie droite du ciel vient de passer en zone bleue), le directeur laisse son hologramme finir son cours et emprunte le tapis roulant qui le mène à son bureau. Là, sur une étagère méthylcellulosique ressemblant à du coton, s’enfonce un coffret recouvert de poussière.

Le directeur se saisit d’un de ces anciens tournevis que l’on manie à la main (une chance qu’il en ait retrouvé un !), fait sauter les cachets de cire qui scellent toutes les vis et parvient, non sans mal, à ouvrir l’objet. Il faut dire qu’il n’a pas l’habitude d’utiliser de telles antiquités ! Il vide le contenu du coffret, le regarde d’un air perplexe puis se retourne vers les écrans qui l’entourent et où il sait ses gestes épiés par des milliers de visiospectateurs. Un écran clignote et le visage d’une très jeune femme apparaît. “J’ai 55 ans, annonce-t-elle, et j’étais présente, le 24 avril 2012, quand ce coffret confectionné par M. Vorgeat a été fermé devant de nombreuses personnes dont le directeur, Didier Girard. L’idée en revient à la section Retrouvailles de l’amicale laïque de l’école, à son président Manuel Abilleira et à son vice-président Roger Gauchon.”
Le directeur profite d’un silence pour demander ce que sont “toutes ces choses” qu’il a sous les yeux. “C’était une autre époque, reprend son interlocutrice, où, comment dire, les tablettes numériques n’étaient pas encore en 3D. Montrez-moi ce que vous avez trouvé… Ah oui, je me souviens, c’était encore du papier… Vous avez là une photo des membres du bureau de Retrouvailles, le livre sur notre école rédigé par l’association Viniciacum, des articles de journaux du Progrès et d’Expressions parlant du centenaire de l’école, des dessins d’élèves et celui d’un riverain, le programme et le menu du centenaire, une affichette de la mairie relative à ce même anniversaire, un CD de photos retraçant la fête du centenaire et la collection des numéros d’Expressions parus entre janvier et octobre 2011. Quant à cet objet oblong, il s’agit d’un téléphone portable. Personne n’avait encore une puce greffée dans l’oreille.”
Plusieurs mots résonnent bizarrement aux oreilles du directeur : papier, photo, CD, Expressions, téléphone portable, mairie… Ému de toucher les traces du passé, il se demande ce que lui-même va pouvoir transmettre au futur de la civilisation numérique et holographique à laquelle il appartient.

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