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De la Grèce antique à Vénissieux, via le Mexique

La dramaturge Ximena Escalante

 

À l’occasion de la mise en scène par Sylvie Mongin-Algan de quatre de ses textes (dont “Phèdre et autres Grecques” au Théâtre de Vénissieux), la dramaturge mexicaine Ximena Escalante est venue dans notre ville rencontrer le public à l’issue de la représentation du 3 février. On lui a aussitôt demandé si l’adaptation scénique qu’elle venait de voir était différente de celles montées au Mexique. “Je ne peux pas qualifier le regard d’européen ou de mexicain, a-t-elle répondu. Il est plus important de parler de regard intelligent qui puisse comprendre les différents niveaux de récits. À côté de l’histoire romantique et mélodramatique de Phèdre, il fallait montrer sa vie intérieure et ce qui se passe dans ses rêves. La mythologie intervient alors à l’intérieur des rêves.”
“Phèdre et autres Grecques” a été montée successivement au Mexique, au Chili, à New York et Paris, il y a plusieurs années. “Tous ces spectacles, reprend Ximena Escalante, sont partis d’un point de vue humoristique, avec toujours une lutte entre les aspects tragiques et humoristiques. Les versions mexicaines et chiliennes étaient plus tragiques, celles de New York et Paris plus divertissantes.”
Il existe dans cette “Phèdre”, comme dans les autres textes de Ximena basés sur une héroïne de l’Antiquité (Andromaque, Électre et Salomé), une façon de traiter les personnages, quelque part entre le mélo et la distanciation, qui peut s’apparenter aux fameuses telenovelas sud-américaines. “J’écris aussi quelques-unes de ces séries télévisées et j’aime beaucoup le mélodrame. Je crois d’ailleurs que notre société est davantage dans le mélodrame que dans le tragique. L’histoire des mythes est mélodramatique !”
Quand on lui fait remarquer que sa version de la mythologie est beaucoup plus sexuelle, en tout cas sexuellement plus crue que celle présentée par Racine, Ximena répond que “le théâtre classique est conservateur”. “Racine parle aussi de sexe et de nécessité physique. Lui-même, à son époque, était déjà dans les limites. Il fallait encore aller plus loin. Je me suis demandé pourquoi le personnage de Phèdre était celui qui avait été le plus repris, réécrit. C’est qu’il présente une contradiction profonde : Phèdre souffre d’une blessure ouverte. Elle fait preuve en même temps d’une intelligence brillante, de lucidité et d’une sensibilité développée et érotique. On assiste en permanence à un dialogue entre son intelligence et sa sensibilité.”
Ximena cite alors une phrase de son texte qui, pour elle, représente le mieux Phèdre. Lorsqu’elle s’adresse à sa nourrice, Phèdre fait remarquer qu’elle a toujours récupéré les vieux vêtements de sa sœur aînée, ses vieilles chaussures… Pourquoi ne pourrait-elle pas récupérer aussi son fiancé ?
Car, plutôt que de se concentrer, à la manière de Racine, sur l’amour impossible entre Phèdre et Hippolyte, qui est le fils que son mari Thésée a eu avec la reine des Amazones, Ximena s’attarde également sur la liaison entre Thésée et Ariane, la sœur de Phèdre, et comment Phèdre réussit à récupérer dans ses bras (et son lit) son beau-frère.
Sylvie Mongin-Algan se tire formidablement bien de ces va-et-vient entre la mythologie et l’aspect contemporain du récit, entre la réalité et ces rêves dans lesquels interviennent le Minotaure, Bacchus ou des sirènes mais aussi Pasiphaé, la mère décédée de Phèdre, d’Ariane… et du Minotaure. Sylvie place une grande partie de l’action sur un bateau pendant une croisière. Comme le revendique Ximena, l’ensemble oscille entre une version humoristique de “La croisière s’amuse” et la profondeur de ces courants mythologiques qui peuvent retentir jusqu’à aujourd’hui. S’il fallait trouver un mot pour qualifier sa mise en scène, ce serait “richesse” : celle de l’évocation, du regard multiple sur un sujet foisonnant, des images qu’elle nous propose. Richesse aussi de la confusion et du doute, grâce à l’emploi des mêmes comédiens dans des rôles différents : le devin aveugle Tirésias, présenté ici comme un sympathique clodo, peut devenir la nourrice, la petite fille collante une sirène, le Minotaure un coureur de filles dans la nuit mexicaine, etc. Tout ceci pourrait laisser croire que “Phèdre et autres Grecques” porte davantage sur l’humour que la tragédie. Laissez alors s’exprimer Phèdre dans son monologue douloureux, comme un strip-tease moral, et vous verrez que vous, spectateur, allez longtemps être accompagné par cette tirade qui vous prend aux tripes.

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