Le Groupe du Mardi passe à la postérité

25 boîtes de documents pour 18 années d’existence : en décidant de déposer aux archives municipales de la Ville ce fonds, véritable trésor composé de tracts, de carnets de notes, de comptes rendus d’ateliers, d’invitations, de photos, de banderoles, le Groupe du Mardi permet désormais à tout un chacun de se replonger dans la mémoire des Minguettes.

“Nous en étions tous membres”, explique cette dame qui, s’effaçant dans le collectif, refuse que l’on dise son nom. « Le Groupe du Mardi a vraiment été une expérience de démocratie directe. Les gens disponibles venaient et, en 18 ans, il n’y a pas eu un seul mardi manqué, sauf s’il tombait un 1er mai ou un 25 décembre. La porte était ouverte à qui voulait venir.”

Le Groupe du Mardi n’a jamais voulu se doter des statuts d’une association. “Nous ne menions pas une action en faveur des habitants, comme un truc social avec des bénévoles, mais nous étions des habitants, égaux les uns aux autres.” Sa naissance, en 1990, a été impulsée par un double sentiment d’impuissance : “impuissance des habitants à résoudre des problèmes familiaux, individuels, en raison d’une précarité grandissante. Et impuissance des travailleurs sociaux qui ne parvenaient pas à trouver des solutions. Ils ont eu alors l’idée de dire : si on en parlait tous ensemble, avec les habitants ? C’est arrivé comme un “Pourquoi pas ?” Nous n’avons pas révolutionné le monde, les problèmes ont continué mais nous avons mené des actions (NDA : entre autres la bataille pour le chauffage à La Darnaise), nous avons eu des idées, nous avons rencontré d’autres personnes… Le livre que nous avons écrit, présenté à la médiathèque en 2005, et nos archives expriment tout cela.”

Sur beaucoup de documents, on retrouve ce logo particulier : un ovale entouré de huit ronds. “Il symbolise la table et tout le monde autour. À chacune de nos réunions, on mettait sur la table un cahier sur lequel on notait les discussions, les réflexions des gens… On parlait des discriminations, des injustices, des sentiments qui nous animaient. Nous avons gardé trace de tout cela, de cette joie à partager nos cultures différentes. 

“Le livre est né de la réflexion d’un membre : et si on écrivait cette aventure, pour que nos enfants soient fiers de ce qu’on a fait ? L’atelier des écrivains a mis deux ou trois ans. »

Après avoir suscité la création de “réseaux relationnels”, le Groupe du Mardi a cessé ses activités, malgré une “pertinence de plus en plus grande”. Est-ce l’usure ? Ou la façon dont ont évolué les missions des travailleurs sociaux, davantage dirigées vers des catégories sociales : les jeunes, les personnes âgées, les gens surendettés… ?

“Les travailleurs sociaux nous ont toujours aidé à ne pas sentir le poids des responsabilités. Ils ont permis au Groupe du Mardi de tenir. Sans eux, nous n’aurions pas duré aussi longtemps !”

Cette dame qui témoigne aujourd’hui reconnaît : “Je me suis sentie heureuse dans ce groupe. S’autoriser une parole entre nous pouvait changer la vie. Ce qui nous rassemblait n’était pas les idées politiques, pas un projet ni une culture ni une religion ni des convictions. Non, la raison était beaucoup plus simple, le motif minimaliste : nous habitions le même quartier et nous voulions y vivre bien !”


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