Vénissieux se mobilise contre l'obésité infantile

Alors qu’au niveau national, on constate une légère diminution du nombre d’enfants en surpoids ou obèses, il continue d’augmenter dans les quartiers populaires. À Vénissieux, le taux d’obésité dans les familles précaires est nettement plus élevé que la moyenne. Pour inverser cette tendance, l’équipe municipale vient de mettre en place avec un grand nombre de partenaires un “Atelier santé ville”. Son premier objectif : prévenir le surpoids et l’obésité chez les moins de 25 ans.

À 7 ans, Driss mesurait 1,18 m et pesait 29 kg. Quasiment dix kilos de trop. “Je ne m’inquiétais pas, raconte Samira, sa maman. Dans ma famille, tout le monde me disait qu’il était beau, bien potelé !” C’est l’année dernière, à l’occasion de la visite médicale d’entrée en CP, qu’elle a pris conscience du poids de son petit garçon. “L’infirmière scolaire municipale m’a dit qu’il fallait faire quelque chose pour Driss. Mon gamin grossissait, mais je m’en apercevais pas.” Depuis, Driss est suivi par un médecin généraliste appartenant au REPOP, le Réseau pour la prise en charge et la prévention de l’obésité de l’enfant. “Il m’a demandé non seulement de changer sa manière de manger mais également de bouger.”
En quelques mois, Samira a radicalement changé le mode de vie de ses trois enfants qu’elle élève seule. “Désormais, à la maison, le grignotage entre les repas est interdit de même que les plateaux devant la télévision. Tous les jeudis, j’achète des fruits et des légumes au marché des Minguettes. Pour les repas, j’arrête la télé et nous nous mettons à table. J’achète moins de biscuits. Et les sodas, seulement pour les anniversaires ! Au goûter, le Nutella a été remplacé par un fruit, du pain et une barre de chocolat.”
“Les heures devant la console de jeux et la télé le week-end, c’est fini”, insiste Samira. Tous les dimanches Driss, son frère, sa sœur et sa maman, descendent du quartier Amstrong à pied jusqu’au parc Dupic : “Ils font du vélo, de la patinette. Le mercredi, nous allons à pied à la médiathèque. Résultat : le temps passé devant la télévision a diminué de moitié.”
Tous les efforts de cette maman ont été récompensés puisqu’à sa dernière visite chez le généraliste, Driss avait pris trois centimètres et pas un seul gramme.

Expliquer, accompagner
On aurait pu imaginer que le Programme national nutrition santé (PNSS) instauré en 2001 par le ministère de la Santé et ses recommandations (manger, bouger..) porterait tout seul ses fruits. Ce fut le cas, mais seulement dans les familles favorisées. Vaincre l’obésité des enfants chez les familles en difficultés nécessite un véritable accompagnement, toutes les études le prouvent.
Ainsi, celle menée en 2005-2006 par la Drees, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques des ministères sanitaires et sociaux. Elle montre que le pourcentage d’enfants en surcharge pondérale est passé en quatre ans de 14,4% à 12,1 % ; quant au pourcentage des enfants obèses, il est descendu de 3,4 % à 3,1 %. Mais ces données globales cachent d’importantes disparités. L’enquête ObEpi, dont les résultats sont publiés tous les trois ans depuis 1997, relève que la fréquence de l’obésité est inversement proportionnelle au niveau d’instruction et aux revenus du foyer. En 2009, le taux de surpoids et d’obésité était ainsi de 22 % (soit 7 points au-dessus de la moyenne nationale) dans le groupe de population où le revenu du foyer est inférieur à 900 euros mensuels. À l’inverse, au-delà de 5 300 euros mensuels, le taux d’obésité plafonne à 6 %.

Dur de casser les habitudes !

Depuis plusieurs années, les infirmières scolaires de Vénissieux s’inquiétaient de voir beaucoup d’écoliers apporter pour la récré viennoiseries, biscuits sucrés ou biscuits apéritifs, chips et autres… Des goûters trop importants, en volume comme en calories. Ce constat, corroboré par les examens médicaux des enfants, a conduit l’équipe municipale à demander à l’Observatoire régional de santé d’établir un diagnostic santé sur son territoire.
L’étude réalisée à partir de 2007 a montré que les parents ne manquent pas forcément d’information. Les liens entre alimentation, surpoids et risques pour la santé sont évoqués avec eux par les médecins généralistes, par les professionnels de PMI et les infirmières scolaires municipales. Ils semblent pourtant avoir peu conscience des effets néfastes d’une alimentation déséquilibrée sur la santé de leurs enfants, en dehors des excès de poids visibles.
De même, il s’avère qu’instaurer des pratiques alimentaires plus adaptées aux besoins des enfants n’est pas chose aisée. Comme dans tous les domaines, modifier des habitudes très anciennes est difficile. Un seul exemple : préférer l’eau aux boissons sucrées. Certains parents ont déclaré ne boire que des sodas, pour étancher leur soif. Du coup, ils n’imaginaient pas en priver leurs enfants. Pourtant, il est utile et même indispensable que toute la famille change son mode alimentaire en même temps, même si un seul enfant souffre de surpoids. Faute de quoi, le risque est grand de stigmatiser cet enfant. L’absence de rituels familiaux autour du repas a également été soulignée par certains professionnels comme un facteur favorisant les mauvais comportements alimentaires. Beaucoup d’enfants ne dînent pas en compagnie de leurs parents, mais avant eux, et souvent devant la télévision.
De ce diagnostic santé, il est ressorti trois thèmes, que l’équipe municipale de Vénissieux a décidé de traiter en priorité : la prévention de l’obésité, l’accès aux soins et la santé mentale. L’Atelier santé ville, récemment mis en place, ouvre la première étape du processus. Objectif : prévenir le surpoids et l’obésité chez les moins de 25 ans.

Prévention et soin
Dalith Meram, médecin responsable du service communal d’hygiène et de santé, explique : “Avec nos nombreux partenaires, nous avons défini un micro-site sur les Minguettes, autour du centre social Eugénie-Cotton : il concerne les quartiers Edouard-Herriot, Monmousseau et Louis-Pergaud, où des actions concrètes sont d’ores et déjà menées.”
Quatre groupes ont été formés. Le premier, constitué par des professionnels du centre social, de la Régie de restauration scolaire et sociale, des maisons de l’enfance et des infirmières scolaires,  s’intéresse aux enfants. “Nous nous sommes rapprochés de l’association lyonnaise ABC diététique : elle est à l’origine d’un projet intitulé “L’école des papilles”, dont l’objectif est d’amener les petits à découvrir le monde des aliments, à éveiller leurs sens, à voir, toucher, goûter”, précisent Hélène Raffier, coordinatrice de l’ASV, et Karen Fernsterle, infirmière de santé publique. “Cette action débute dans les groupes scolaires Jean-Moulin, Louis-Pergaud, Charles-Perrault et Paul-Langevin, elle s’étendra sur deux ans. Les animateurs d’ABC diététique y interviennent auprès de 250 élèves dans les classes de CE2, CM1et CM2 avec les infirmières scolaires. Les projets qu’ils construisent, sur un mode très interactif, seront déclinés dans les années qui viennent sur l’ensemble de la ville.”

Le second groupe de l’ASV s’intéresse aux adolescents et aux jeunes : collégiens, lycéens… La mission du troisième groupe – auquel participent aussi la Mutualité française du Rhône, le CCAS, les associations vénissianes de solidarité, le jardin de l’envol et les infirmières scolaires – consiste à aider les familles à prendre conscience des enjeux de santé. Condition sine qua non pour que le travail soit pleinement efficace. Enfin le dernier projet dépasse la prévention : il s’agit de monter un parcours de soins en direction des familles précaires dont les enfants ont été repérés en surpoids ou obèses.

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