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Culture

Cinéma Gérard-Philipe : ouvert, même la nuit

Ça pourrait être comme dans une histoire drôle, à part que ce qui suit n’a pas vraiment de quoi faire sourire. Comme si quelqu’un annonçait : “J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que le cinéma Gérard-Philipe a trouvé sa vitesse de croisière depuis sa réouverture en avril 2009 et il va passer de 40 000 entrées à 80 000 en 2010. La mauvaise, c’est qu’il y a un risque de fermeture.”
Qu’on ne s’affole pas pour autant. Le cinéma était l’objet d’une requête déposée il y a deux ans par le syndicat Uniciné (Pathé, UGC, MK2, soit trois grandes puissances cinématographiques) qui, du haut de ses multiplexes à quinze salles et de son million de spectateurs annuels, jugeait dangereux l’agrandissement d’un cinéma municipal désireux de passer d’une à trois salles… L’argument de “concurrence déloyale” était lancé, sous prétexte que Gérard-Philipe bénéficie de subsides publics. Le tribunal administratif de Lyon n’a pour l’instant pas jugé le fond mais la forme. Expliquons-nous.
L’agrandissement d’un cinéma est voté par une CDEC (commission départementale d’équipement commercial) réunie par la préfecture, où siègent des élus locaux (représentants de la commune d’implantation, de la commune la plus peuplée à proximité de l’implantation, du Conseil général) et des personnalités (chambre de commerce, association de consommateurs, etc.).
Première adjointe déléguée à la Culture, Yolande Peytavin a assisté à la CDEC qui concernait l’agrandissement de Gérard-Philipe : “La préfecture avait demandé qu’un représentant de Vénissieux soit présent. Le tribunal administratif me reproche à présent d’avoir été juge et partie.”
La règle aurait voulu qu’au moment précis du vote, la représentante de la ville concernée se lève et n’y participe pas. Aucun des membres de l’assemblée n’a jugé bon de la prévenir que les choses devaient se passer ainsi.
“Ce qu’il faut aussi dire, ajoute l’élue, c’est que la décision d’accorder l’extension du cinéma a été votée à l’unanimité sans avoir besoin d’argumenter. Cela allait de soi. Personne n’a vu de concurrence déloyale dans le passage d’une salle à trois.”
Aujourd’hui, la CDEC s’est transformée en CDAC, commission départementale d’aménagement commercial. Le cinéma doit donc revoir sa copie, remonter un dossier et repasser en commission.
“Les critères ont changé, explique Gérard Martin, directeur du cinéma Gérard-Philipe. Ceux de concurrence et de commerce ont été remplacés par des critères culturels, urbanistiques et architecturaux.”
En attendant, non seulement le cinéma reste ouvert mais il multiplie les animations.
“Le juge ne nous a pas demandé de le fermer, remarque Yolande Peytavin. Si Uniciné faisait appel et que ça aille plus loin, je suis confiante dans la mobilisation des Vénissians. Elle a fait ses preuves en son temps, avec des milliers de pétitions recueillies pour préserver un cinéma aux Minguettes.
“Sur cet argument de concurrence déloyale, nous ne jouons pas dans la même cour. Mais le fond de ce dossier est évidemment très politique  : s’il n’y avait pas toutes ces salles de villes et de quartiers, la diversité sociale et culturelle n’existerait pas en France. Notre choix, notre démarche est que Gérard-Philipe contribue à l’action sociale, éducative, culturelle à Vénissieux. Une ville qui a une tradition culturelle forte, qui remonte à bien avant l’implantation des multiplexes dans l’agglomération. Ces multiplexes devraient même nous dire merci : ce sont les salles des villes comme la nôtre qui ont maintenu l’engouement pour le cinéma.”

Vivre avec son temps
Non content de poursuivre son activité, Gérard-Philipe va se doter prochainement, sans doute en avril-mai 2011, de projecteurs numériques dans ses trois salles (une seule pour l’instant en possède un) par décision du conseil municipal. Une manière d’être dans le train et non sur le côté à le regarder passer.
“Outre la Ville, reprend Gérard Martin, le CNC et le Conseil régional nous soutiennent et nous attendons la réponse du Conseil général. Le seul grand absent est le Grand Lyon, qui a pourtant autorisé l’implantation de tous les multiplexes qui l’ont demandé.
“Une loi vient d’être votée sur la participation des distributeurs de films au financement de l’extension du numérique. Quand Gérard-Philipe aura une copie numérique en sortie nationale et la gardera deux semaines au moins, le distributeur nous versera une VPF (Virtual Print Fee), une somme d’argent forfaitaire qui peut aller jusqu’à 400 euros. Lorsque l’ensemble du parc cinématographique sera équipé en numérique, cette loi disparaîtra.”

Le numérique, c’est l’avenir du cinéma. “Plusieurs salles du Grac (Groupement régional d’action cinématographique), auquel Vénissieux appartient, ont déjà ou vont s’en doter : Comœdia, Les Alizés à Bron, Le scénario à Saint-Priest, Saint-Martin-en-Haut. La grande exploitation l’a déjà fait. Le groupe UGC était récalcitrant : il a vite changé d’avis en voyant les résultats d’“Avatar” ! Ses multiplexes sont en train d’être équipés.”
Pour Yolande Peytavin, aucun doute : “Le numérique est un progrès apprécié des spectateurs. Depuis la réouverture de Gérard-Philipe, en avril 2009, le cinéma a totalisé 135000 entrées. En 18 mois, il a atteint les objectifs que l’on s’était fixés. Et a gardé sa spécificité, à savoir programmer à la fois des films tout public et pour les enfants et des œuvres d’art & essai qui bénéficient d’accompagnements et de débats.”

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