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Entrepreneuriat : les inégalités hommes-femmes s’estompent

À l’heure où les femmes entreprennent presque autant que les hommes, l’Adie, implantée aux Minguettes, encourage le public féminin à se lancer dans la création d’activité.

Axelle Lalung et Yasmina Zaabi sont accompagnées par l’Adie. La première est devenue gestionnaire immobilière. La seconde a créé une entreprise d’audiovisuel, de marketing digital et d’événementiel.

Tous les indicateurs le prouvent : la représentation des femmes dans la création d’entreprise progresse de manière continue depuis 10 ans. Pour l’Adie, le combat continue toutefois. Cette association de micro-crédit et d’accompagnement personnalisé implantée aux Minguettes organisait, du 1er au 5 juin, une semaine de sensibilisation nationale dédiée à l’entrepreneuriat féminin. Un atelier axé sur le budget et une matinée rencontres et partenariats se sont d’ailleurs tenus aux Minguettes et à Parilly.

La démarche de l’Adie semble porter ses fruits. « Alors qu’en France, les créatrices d’entreprise font en général moins appel à un accompagnement, ici elles représentent les deux tiers du public de nos formations », souligne Alice Rosado, directrice générale adjointe de l’association nationale reconnue d’utilité publique.

Les derniers indices de Bpifrance (Banque publique d’investissement) et un récent sondage d’OpinionWay pour France active révèlent des avancées indéniables mais qui peuvent être nuancées. 43 % des chefs d’entreprise sont des femmes. Le taux de pérennité à 5 ans est équivalent à celui des hommes. Il est même supérieur chez les microentrepreneuses (45 %, conte 38 %).

L’autocensure, le principal frein

Toutefois, un obstacle majeur freine cette dynamique d’émancipation : l’autocensure. Les femmes ont tendance à se sentir moins légitimes à soulever des fonds et à solliciter de l’aide. Une femme sur quatre a peur d’échouer (26 %). En comparaison, c’est le cas de seulement deux hommes sur dix (21 %).

« Elles ont un vrai problème de confiance et de légitimité, reconnaît Badja Mezghiche, directrice adjointe Adie Rhône. Elles demandent moins de financement : 3 358 euros en moyenne, contre 4 408 euros pour les hommes. Quant à l’offre d’accompagnement, elle est très fournie. Dans le Rhône, de nombreuses structures sont là sur chaque étape du projet, et même en amont. Dans les quartiers, elles sont moins informées. Alors on essaye de les toucher en organisant des actions terrain. »

Paroles d’entrepreneuses

Yasmina Zaabi (YZone Entertainment, 48 ans) : « Je suis Serbo-Syrienne. Je suis installée à Lyon depuis 2008. J’ai travaillé huit ans pour le ministère de la Justice en tant qu’interprète judiciaire. Malgré mes diplômes de communication à Lyon 2 et de gestion des conflits, médiation et interculturalités à l’Université catholique, j’ai rencontré une difficulté : l’autisme de mon fils. Cela prend du temps. Malheureusement, j’ai développé des pathologies. J’ai la reconnaissance de travailleur handicapé. Je me suis posé des questions. Dans ma situation, à 48 ans et avec mes origines, mon accent, trouver un poste salarié reste difficile. Ma grande passion, c’est la création de vidéos. J’ai souhaité créer une entreprise hybride de production audiovisuelle, de marketing digital et d’événementiel. Je me suis lancée en janvier 2025 avec l’aide de France Travail et de l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées). J’ai adapté mon lieu de travail chez moi. Je vis à côté du Pôle Pixel où je dispose d’un espace de réunion et dont je suis adhérente. Je développe un projet de documentaire de 52 minutes qui sera tourné en septembre dans plusieurs régions.

Houria (1stantpoursoi, 54 ans) : « Je suis coiffeuse à domicile depuis 2017. J’étais salariée dans un salon de coiffure avant d’être licenciée. J’ai très mal vécu la chose. Depuis, je ne veux plus dépendre de quelqu’un. Avec ce statut d’autoentrepreneur, je dépends des clients mais la relation n’est pas la même. Je coiffe beaucoup de personnes âgées. J’interviens à l’hôpital, dans des résidences séniors. En juillet, je devrais intervenir dans le quartier des femmes de la prison de Corbas. Au départ, j’ai été un peu larguée sur le côté administratif. J’ai fait un ou deux jours à la Chambre des métiers. L’Adie m’a aidée, notamment pour obtenir un financement pour l’achat de véhicule et de matériel. Je constate qu’il y a un mal-être dans le salariat. Certains préfèrent se mettre à leur compte et être bien dans leur tête, quitte à gagner un peu moins. Je trouve que beaucoup de femmes hésitent alors que beaucoup de structures existent. »

Meriem Makhloufi (Beyti, 28 ans) : « J’ai suivi un cursus communication avec spécialité informatique. Je suis en phase d’incubation. J’ai deux projets distincts. Le premier, c’est Beyti, une application mobile qui valorise les commerçants, les artisans, les créateurs et les talents. En parallèle, je crée une association : la maison des projets locaux. Je cherche à m’implanter à Vénissieux ou à Lyon 8e. L’objectif est d’avoir un atelier de cuisine réservé aux personnes en insertion professionnelle et qui aimeraient se lancer à moindre coût. Je cherche un organisme de formation qui serait présent sur place. Beaucoup de commerçants vivent leurs difficultés seuls. Se mettre en réseau est forcément intéressant. Quand on se lance, le principal frein est psychologique. En tant que femme, on a tendance à vouloir cocher toutes les cases, tout de suite. Il y a souvent la vie de famille à gérer. Il y a aussi la question de la légitimité qui bloque. Est-ce que le syndrome de l’imposteur touche plus les femmes ? J’en vois certaines qui ne se rendent pas compte de leurs compétences. Les hommes ont certainement moins de gêne et ne s’autocensurent pas. Mais c’est vrai aussi dans le salariat. Si un seul élément de la description du poste ne correspond pas, elles ne postulent pas. »

Axelle Lalung (Horsy, 33 ans) : « Je me suis lancée dans la gestion immobilière en janvier dernier. Avant cela, j’étais rattachée au ministère de la Santé. Je me suis arrêtée et je me suis aperçue que l’immobilier était ce que je voulais vraiment faire. La démarche d’entreprendre est très mentale. On dit souvent que la charge mentale pèse sur les femmes. Pour ma part, j’ai un enfant mais je ne me suis jamais sentie bloquée par mon fils. J’ai repris mes études de licence en Droit. Une femme peut être amenée à plus douter qu’un homme. Moi-même, j’ai eu peur de demander un financement. Je n’avais pas une situation stable. On dit que les femmes préfèrent avoir des projets bien ficelés avant de se lancer. J’ai ce côté perfectionniste mais j’ai appris qu’il faut surtout avancer et passer à l’action. »

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